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Le ministre de l'Éducation mise sur le parascolaire pour «réparer le réseau public»

Le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en entrevue avec Le Journal à la Bibliothèque Saint-Charles de Québec.
Photo Simon Clark Le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en entrevue avec Le Journal à la Bibliothèque Saint-Charles de Québec.

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Le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, mise sur l’augmentation des activités parascolaires au secondaire pour redorer le blason des classes ordinaires, souvent délaissées au profit des programmes particuliers ou de l’école privée.

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec a promis d’ajouter une heure d’activité parascolaire supplémentaire par jour dans les écoles secondaires, une mesure évaluée à 124 millions $ par année d’ici quatre ans.

Cet ajout d’activités sportives, artistiques ou scientifiques pourrait permettre aux écoles publiques régulières de connaître un regain de popularité et de contrer l’écrémage du privé et des programmes particuliers au public, affirme le ministre.

Le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en entrevue avec Le Journal à la Bibliothèque Saint-Charles de Québec.
Photo Simon Clark

«On pense qu’en offrant du parascolaire, il y a beaucoup de jeunes qui sont dans le réseau privé ou dans des programmes de concentrations qui auraient fait un choix différent s’ils avaient eu cette offre d’activités gratuites», a affirmé M. Roberge au cours d’une entrevue avec Le Journal.

Plus grande mixité sociale

«Je suis convaincu que ça va amener des gens dans ce qu’on appelle des classes ordinaires au secondaire et ça va ramener une meilleure mixité sociale, a-t-il ajouté. Ça va être très important, j’y crois beaucoup.»

Selon un rapport du Conseil supérieur de l’Éducation, le système d’éducation québécois est le plus inégalitaire au pays. Les écoles privées et les programmes particuliers sélectifs dans les écoles publiques ont entraîné un système «à plusieurs vitesses» qui désavantage les élèves les plus faibles, concentrés dans les classes ordinaires.

M. Roberge a souvent dénoncé la situation, alors qu’il était dans l’opposition.

Le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en entrevue avec Le Journal à la Bibliothèque Saint-Charles de Québec.
Photo Simon Clark

Le ministre veut maintenant «réparer le réseau public», sans toutefois «s’attaquer au réseau des écoles privées». «Je ne pense pas que le réseau privé soit un problème dans le paysage québécois», affirme-t-il.

Redorer le blason de la profession

En plus de redorer le blason de l’école publique régulière, le ministre Roberge veut aussi redonner du lustre à la profession d’enseignants. La hausse du salaire d’entrée des nouveaux enseignants sera accompagnée par des possibilités d’avancement pour les profs d’expérience, avec la création de postes d’enseignants experts ou émérites. «On a un plan de match intéressant, autant pour les jeunes enseignants que les enseignants d’expérience», affirme-t-il.

Ces mesures seront au cœur de la prochaine négociation de la convention collective des enseignants, qui viendra à échéance en mars 2020. Le ministre Roberge veut aussi instaurer de la formation continue obligatoire, dont le contenu sera déterminé par les enseignants.

Le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en entrevue avec Le Journal à la Bibliothèque Saint-Charles de Québec.
Photo Simon Clark

Le premier geste qui sera fait pour revaloriser la profession sera toutefois la mise en place d’un programme de mentorat pour les nouveaux enseignants, qui se mettra en branle dès la rentrée 2019, affirme-t-il.

Les priorités du ministre de l’Éducation

  • Revoir la façon dont on agrandit, rénove et construit les écoles pour agir plus rapidement
  • Établir un solide plan de match concernant l’implantation des maternelles 4 ans
  • Poser rapidement des gestes pour valoriser la profession enseignante, à commencer par un programme de mentorat pour accompagner les nouveaux enseignants

Le ministre veut mieux financer les cégeps en région

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur Jean-François Roberge veut augmenter le financement des cégeps en région.

M. Roberge veut poursuivre la réforme de financement du réseau collégial mise en branle par le précédent gouvernement, qui est toutefois loin d’être avancée.

«Ce que je veux, c’est m’assurer d’un meilleur financement des cégeps en région et de petites tailles. C’est important. L’offre de formation à la grandeur du Québec pour le collégial, c’est quelque chose auquel je tiens comme la prunelle de mes yeux. Il faut que la formule de financement permette et garantisse ça», a-t-il affirmé.

Le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en entrevue avec Le Journal à la Bibliothèque Saint-Charles de Québec.
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En campagne électorale, la Coalition avenir Québec avait été peu loquace sur les enjeux entourant l’enseignement supérieur.

Ajustement au financement des universités

En entrevue au Journal, M. Roberge a indiqué que des ajustements à la réforme de financement des universités instaurée par le gouvernement Couillard font aussi partie de ses priorités.

«Il n’est pas question de repartir de zéro. Ça va dans la bonne direction, mais il y a des ajustements à apporter. Il y a des enjeux par rapport aux universités en région et aux universités francophones», a-t-il affirmé, sans s’avancer davantage pour l’instant.

M. Roberge n’a par ailleurs pas voulu s’engager à augmenter les services pour les étudiants à besoins particuliers au cégep et à l’université. Au cours des dernières années, le nombre d’ étudiants qui ont des troubles d’apprentissage ou des déficits d’attention a considérablement augmenté, alors que le financement pour des services n’a pas suivi le même rythme.

«J’ai besoin de voir l’étendue des besoins et des coûts avant de voir dans quelle mesure on pourra leur répondre», a-t-il indiqué.

Le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en entrevue avec Le Journal à la Bibliothèque Saint-Charles de Québec.
Photo Simon Clark

Manipulation de notes : une consultation à venir

Au cours de la dernière année, des enseignants ont affirmé subir des pressions pour gonfler les notes de leurs élèves.

Jean-François Roberge, qui a maintes fois réclamé une commission parlementaire sur le sujet alors qu’il était dans l’opposition, travaille maintenant à «une forme de consultation» sur la manipulation des résultats scolaires.

«La question de l’évaluation, c’est quelque chose qui me préoccupe, mais je veux entendre les acteurs sur le terrain» avant de s’avancer davantage, a-t-il indiqué.

Gratuité scolaire : le flou sera dissipé à la prochaine rentrée

Après avoir maintes fois dénoncé le «fouillis» causé par l’ancien gouvernement dans le dossier des frais facturés aux parents, le ministre Roberge s’engage à clarifier la situation pour la prochaine rentrée.

«La maison n’est pas en ordre. On aura clarifié la situation pour septembre 2019», a-t-il affirmé, tout en étant bien conscient que «le temps presse».

Selon la Fédération des commissions scolaires, il s’agit d’une «urgence».

Les commissions scolaires attendent un mot d’ordre afin de savoir ce qui sera permis ou non de facturer aux parents concernant les coûts reliés aux programmes particuliers offerts dans les écoles secondaires, notamment.


Trois questions à Jean-François Roberge

Le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en entrevue avec Le Journal à la Bibliothèque Saint-Charles de Québec.
Photo Simon Clark

Dans votre essai Et si on réinventait l’école, vous vous présentez comme un prof idéaliste. Quel type de ministre voulez-vous être?

«C’est certain que je vais être un ministre idéaliste aussi. Il faut viser l’idéal, on n’a pas le choix. Il faut être idéaliste dans nos ambitions, mais réaliste et respectueux dans nos moyens.»


Est-ce que vous allez avoir les moyens de vos ambitions?

«J’en suis convaincu. Je suis appuyé par le premier ministre comme aucun ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur ne l’a été depuis quelques décennies. À tous ceux qui disent que nos plans sont trop ambitieux, j’ai une pensée pour Paul-Gérin Lajoie qui disait “si on peut le rêver, on peut le faire”. Je suis certain qu’au moment où M. Gérin Lajoie a mis en chantier le réseau cégeps et de l’Université du Québec, on lui a dit que c’était irréaliste et qu’il était trop ambitieux. Mais il était appuyé par un gouvernement qui faisait de l’éducation une priorité. Je ne me compare pas à Paul Gérin-Lajoie, mais nous aussi en 2018, on a le droit de rêver et de voir grand pour nos jeunes, comme les parents des années 60.»


Est-ce que vous allez vraiment réussir à augmenter les services aux élèves, le nombre de classes spécialisées, le salaire des enseignants et le nombre de classes de maternelle 4 ans avec une hausse du budget en éducation de 3,5 % qui couvre à peine l’augmentation des «coûts de système»?

«On a mis 3,5 % dans notre cadre financier, c’est un peu au-dessus des coûts de système (qui représente l’augmentation des coûts déjà prévus dans le réseau avec l’inflation et les augmentations salariales). C’est la pincée de sel qui fait la différence dans la recette. Je pense que c’est possible d’y arriver, d’autant plus qu’on pense être capable de couper dans la bureaucratie et de réinvestir 100 % des gains dans le réseau (la CAQ prévoir abolir les élections scolaires et transformer les commissions scolaires en centres de services). Cet argent-là ira dans les écoles pour des services directs aux élèves.»