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Amour ne rime pas avec famille

Un lien familial
Photo courtoisie Un lien familial, Nadine Bismuth, Boréal, 319 pages

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Famille et amour sont-ils compatibles ? Le roman Un lien familial en offre une amère réponse.

Ses fans attendaient depuis longtemps, neuf ans en fait, un nouveau livre de Nadine Bismuth, après deux formidables recueils de nouvelles et le roman Scrapbook parus dans la première décennie de ce nouveau siècle.

On avait alors découvert une auteure au regard incisif qui savait mettre en scène les rapports entre les hommes et les femmes avec juste ce qu’il faut de malice et d’ironie. On souriait en grimaçant.

Avec Un lien familial, Nadine Bismuth poursuit dans la même veine, mais en ajoutant les enfants aux vies de couple de ses quadragénaires. Et cette fois, on ne sourit plus beaucoup. L’époque est au grincement de dents.

Le roman s’ouvre sur un ultimatum : Sophie écrit à son amant Mathieu. Il a jusqu’à Noël pour se brancher entre elle ou sa femme.

La femme, c’est Magalie. C’est elle dorénavant qu’on va suivre, en alternance avec Guillaume. Lui, c’est le fils du tout nouvel amoureux de la mère de Magalie, veuve depuis quelques années. Magalie et Guillaume seront les narrateurs de leur partie de l’histoire.

Magalie, mère d’une petite Charlotte, sait que le papa Mathieu la trompe ; plutôt que de le confronter, elle le trompe à son tour avec son collègue Olivier, lui-même conjoint d’Isabelle, leur associée. De son côté, Guillaume, séparé d’une Karine et père de Julianne, trouve Magalie de son goût. Pour la revoir, il entreprend de refaire sa cuisine, puisque Magalie est designer dans ce domaine...

Bref, on est plongés dans un chassé-croisé où chacun cherche l’autre qui au fond le fuit, sur fond de vie moderne où la conduite des parents – des mamans en fait – doit viser­­­ la perfection. À cet égard, Karine est d’une indescriptible intransigeance.

Le travail de Magalie offre le cadre idéal pour mettre en scène les exigences contemporaines. La cuisine est le lieu où doivent se concocter les mets santé à servir impérativement à son rejeton ! Lieu d’apparence aussi, avec tous les coûteux gadgets qui sont dorénavant le lot des cuisines modernes.

Désenchantement

Nathalie Bismuth nous fait donc circuler entre les amours et les maisonnées avec son style alerte et son sens aigu de l’observation. Mais cette fois, il faut oublier la cynique légèreté de ses romans de jeunesse : la vie avec des enfants est une succession de contraintes – y compris les escargots de la classe qu’il faut garder pendant le congé des Fêtes ! – et même les plaisirs de l’adultère se font lourds.

Quant à Magalie, elle est d’une mollesse qui tranche avec l’habituelle figure de battante des héroïnes de la fiction contemporaine. Sans ressort face à Mathieu, pourtant odieux à son égard, sans ressort non plus quand les choses vont se compliquer pour elle au travail, s’accrochant à sa fille pour l’avenir.

Nadine Bismuth signe ici le roman du désenchantement amoureux. C’est efficace, mais impitoyable ! Triste reflet de la réalité ?