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Bernard Landry était serein, assure son biographe

Bernard Landry
Photo d'archives Bernard Landry

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Malgré une fin de carrière abrupte et une œuvre politique inachevée, Bernard Landry n’était pas amer, confie un ami et biographe qui a consacré les derniers mois à consigner les mémoires de l’ex-premier ministre.

« Il m’a demandé au mois de juin de m’atteler à sa biographie », raconte Jean-Yves Duthel, ami et collaborateur de Bernard Landry depuis près de 40 ans. L’ouvrage, dont le titre de travail est L’héritage d’un patriote, doit paraître au printemps prochain chez Libre Expression.

Âgé de 81 ans, Bernard Landry est demeuré vif d’esprit jusqu’à la dernière minute, malgré une fibrose pulmonaire diagnostiquée il y a une douzaine d’années et qui l’affligeait plus gravement depuis un an. « Il ne souffrait pas et il avait encore toute sa tête, souligne son ami. Une mémoire phénoménale qu’il n’a pas perdue. Encore hier soir, il m’a corrigé sur une date. »

Optimiste

Épaulé par sa conjointe Chantale Renaud, il a vécu ses derniers jours sereinement, assure Jean-Yves Duthel. « Il avait intégré l’idée de la mort depuis quelques semaines, totalement, il en parlait lui-même, dit-il. Son épouse s’est occupée de lui avec amour. Si elle n’avait pas été là, il n’aurait pas pu rester chez lui, à cause des bouteilles d’oxygène dont il avait besoin. »

Une autre proche, son ancienne attachée de presse Annick Bélanger, ajoute qu’au cours des dernières semaines « beaucoup de gens venaient le voir » dans sa maison de Verchères sur la berge du fleuve Saint-Laurent. L’homme politique demeurait optimiste face à la maladie et espérait même « retourner donner ses cours en janvier ».

Fin de parcours

Même s’il regrettait d’avoir démissionné en 2005 de son poste de chef du Parti québécois après un vote de confiance qu’il jugeait insatisfaisant, Bernard Landry n’en gardait aucune rancœur, assure Jean-Yves Duthel. « Ce n’est pas un gars qui vivait d’amertume, même au sujet de son départ du Parti québécois. Ce n’est pas un gars rancunier non plus », dit-il au sujet des « quelques personnes qui lui ont fait un mauvais coup ».

Malgré tout, l’indépendance du Québec demeurait « un rêve inachevé », confie Annick Bélanger. « Mais pour lui, c’est inévitable, le destin du Québec passe par l’indépendance et ça arrivera. Il en était convaincu jusqu’à la fin », dit-elle.

« Monsieur Landry a été militant jeune, alors, pour lui, tant qu’il y a une jeunesse, il y a de l’espoir », dit Annick Bélanger pour expliquer cette confiance inébranlable.

« Il faut rebâtir »

Son optimisme s’est encore exprimé le 1er octobre dernier. « Désespéré » par le résultat du Parti québécois le soir des élections, l’ex-chef péquiste appelait encore son entourage à redoubler d’ardeur.

« J’étais avec lui le soir des élections et il m’a dit : Jean-Yves, à partir de ce soir il faut rebâtir », confie son biographe.

En quittant son ami lundi soir, Jean-Yves Duthel ne se doutait pas que l’homme politique allait pousser son dernier souffle quelque douze heures plus tard. « Mais ce matin, ça m’a frappé, relate-t-il. Quand je partais, il disait toujours “Jean-Yves, amitié éternelle”. Et hier soir, il m’a dit “amitié éternelle, par-delà la mort”. Il devait sentir qu’il n’avait plus la force. »