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Vieux-Québec: Urgent de préserver l’ancienne fortification de Québec

Les vestiges archéologiques découverts doivent être déplacés avant le gel

Une bâche a été installée pour protéger les fortifications qui ont été dégagées du sol.
Photo Simon Clark Une bâche a été installée pour protéger les fortifications qui ont été dégagées du sol.

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Le temps presse pour l’ancienne fortification qui a été découverte dans le Vieux-Québec : c’est une question d’heures pour assurer sa préservation.

Les archéologues et restaurateurs du ministère de la Culture ont présenté mardi la très importante découverte archéologique qui a été faite il y a deux semaines dans le Vieux-Québec.

Des fouilles archéologiques ont permis de révéler la présence de la deuxième fortification de Québec construite en 1693.
Photo courtoisie
Des fouilles archéologiques ont permis de révéler la présence de la deuxième fortification de Québec construite en 1693.

En creusant pour construire une résidence privée, on a découvert les deuxièmes fortifications de Québec, datant de 1693, dans un état de conservation remarquable.

Mardi, le premier ministre, François Legault, s’était déplacé au Musée de la civilisation pour l’occasion. Il était accompagné du maire de Québec, Régis Labeaume, et de deux ministres.

« Découverte majeure »

« C’est une découverte majeure pour Québec et pour l’ensemble du Québec », a-t-il lancé.

« C’est émouvant. Ça renforce notre statut de ville du patrimoine mondial », a ajouté M. Labeaume, qui promet de collaborer pour que les vestiges soient plus tard rendus accessibles au public.

Cette fortification, appelée enceinte de Beaucours, était le deuxième ouvrage défensif construit dans la Vieille Capitale. Il s’agit d’un ouvrage unique en Amérique du Nord et peut-être même en Europe, selon les experts du Ministère et de la firme d’archéologues Ruralys.

Divers artéfacts ont été découverts à côté du mur de fortification.
Photo Jean-François Desgagnés
Divers artéfacts ont été découverts à côté du mur de fortification.

« C’est quelque chose d’unique qu’on a », s’est réjoui l’archéologue Vincent Lambert. « Il ne semble pas exister de comparatif archéologique connu. C’est vraiment un vestige exceptionnel. »

Maintenant, il faut le protéger, et le temps presse. « Il est vraiment minuit moins une. Notre objectif est de finir avant la fin novembre », a ajouté Isabelle Lemieux, directrice de l’archéologie du Ministère.

Parce qu’après 325 ans dans des conditions qui ont favorisé sa conservation, dans un sol argileux, les pièces de bois sont maintenant exposées à l’oxygène, ce qui accélère rapidement leur dégradation, comme l’a expliqué André Bergeron, restaurateur du Centre de conservation du Québec.

« On ne peut pas se permettre d’attendre des années. Même pas des mois, même pas des semaines. Ça se calcule en heures », a-t-il ajouté.

Divers artéfacts ont été découverts à côté du mur de fortification.
Photo Jean-François Desgagnés
Divers artéfacts ont été découverts à côté du mur de fortification.

Les yeux sur la météo

M. Bergeron surveille attentivement les conditions météo, « aux cinq minutes », parce qu’il faudra agir avant le gel ou sinon protéger les fondations du froid à l’aide d’un abri.

Il faudra retirer les pièces une à une. Le très fragile segment de palissade de 6,4 mètres sera rapidement transporté dans un local sécurisé pour éviter sa détérioration. « C’est tout un défi », convient Mme Lemieux.

Les archéologues sont conscients de la « chance » qu’ils ont de découvrir un tel vestige dans un « excellent » état de conservation.

« J’étais très surpris. Je n’y croyais quasiment pas », s’est enthousiasmé M. Bergeron, qui a expliqué qu’aucun bois ne peut être préservé dans un sol habituel.

Le propriétaire du terrain, le promoteur Cromwell, n’a pas voulu commenter. Mais le Ministère a indiqué qu’il collabore et que des discussions sont en cours pour qu’il cède gratuitement les vestiges à l’État.

Rempart palissadé de Beaucours

  • Situé sur la rue Sainte-Ursule
  • Érigé selon les plans de l’ingénieur militaire français Josué Dubois Berthelot de Beaucours en 1693.
  • Consistait en un mur de terre renforcé de bois de 1,20 m d’épaisseur et de 4 m de hauteur.
  • Recouvert à l’extérieur d’une palissade de bois et appuyé sur une banquette de terre de 7,5 m de profondeur.
  • Remplaçait l’ancienne palissade temporaire de 1690
  • Destiné à se défendre contre les tirs d’artillerie des Britanniques
  • Fortification abandonnée en 1740
  • Vestige mesurant 20 mètres de long, dont 6,4 mètres seront conservés

► Ce qui a été fait

  • Fouille archéologique et dégagement complet du vestige
  • Relevé d’arpentage
  • Numérisation 3D pour conserver l’information sur son emplacement

► Ce qui reste à faire

  • Prélèvement d’une section de 6,4 mètres
  • Transport pièce par pièce dans un local de traitement
  • Séchage contrôlé des pièces pendant deux ans
  • Analyses sur le terrain

Des réactions

« Ça m’inspire. Ça vient confirmer que nos ancêtres ont travaillé fort dans des conditions difficiles. On a réussi à préserver cette nation qui parle français. Je suis fier, comme chef de la nation québécoise, de m’assurer qu’on préserve cette histoire. »

— François Legault, premier ministre du Québec

« C’est émouvant. On aime tellement cette ville-là qu’on veut s’assurer qu’il n’y ait plus de secrets. La palissade faisait partie des quelques secrets qui restaient à éclaircir. »

— Régis Labeaume, maire de Québec

« Le but ultime, c’est de le remettre en valeur, ce vestige, et de permettre à tous d’avoir accès à ce témoin privilégié de notre histoire. »

— Nathalie Roy, ministre de la Culture

Oubliez le tombeau de Champlain

Plus personne ne cherche le tombeau de Champlain, et le maire de Québec rêve en couleurs s’il espère qu’on le trouvera un jour.

« La fameuse histoire du tombeau de Champlain, c’est un gag entre nous », a confié aux journalistes l’archéologue Jean-Yves Pintal.

Secret resté entier

Mardi, pourtant, le maire Régis Labeaume lui a lancé à la blague qu’il devait s’atteler à la tâche rapidement.

« Il en reste un gros [secret] et c’est le tombeau de Champlain. Et M. Pintal se donne un an pour le trouver, ce qui est une bonne idée parce que quand on aura trouvé le tombeau de Champlain, on pourra lâcher prise. »

N’en déplaise au maire, dit M. Pintal, personne ne fait de recherches archéologiques dans ce but actuellement. On ne se mettra pas à « transformer la ville en gruyère » pour trouver le lieu de sépulture du fondateur de Québec, Samuel de Champlain. « C’est inutile. » 

M. Pintal a rappelé le travail de l’archéologue amateur René Lévesque, qui, pendant des années, en a fait son cheval de bataille. « Il avait quelques hypothèses de localisation, mais il s’est trompé à de nombreuses reprises. »

Aucun indice

Les archéologues savent que le célèbre personnage, lorsqu’il est mort, en 1635, a été enterré dans la chapelle de Notre-Dame-de-Recouvrance.

Mais M. Pintal explique qu’il est très difficile de déterminer si le tombeau s’y trouve encore puisque le lieu a subi une construction intense au fil des années.

De plus, il est possible que les ossements aient été déplacés à un moment ou à un autre.

« On n’a aucun indice. [...] Les chances de retrouver Champlain sont minimes et les chances que son nom soit écrit sur son squelette sont encore plus minimes. Il n’y a rien qui nous dirait que c’est bien lui. »