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Steven Guilbeault, l’écolo à gogo

Steven Guilbeault, l’écolo à gogo
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Je tiens à mettre en garde les fans inconditionnels du prétendu écologiste Steven Guilbeault, car cette chronique va leur déplaire. Selon moi, Steven Guilbeault est un passe-partout et je me demande pourquoi des journalistes et des politiciens le voient dans leur bouillabaisse. Très normal que les gens d’affaires et certains partis politiques l’aiment. Quant aux autres, je crois qu’ils se fient trop aux apparences. Je vais faire la lumière sur cet écologiste, ce qui va peut-être déplaire à certains, mais dans un esprit constructif et fraternel. Aucunement péjoratif.

Notre homme se recycle dans les relations publiques

« Départ de Steven Guilbeault d’Équiterre. L’environnementaliste ne ferme pas la porte à une carrière en politique fédérale » (Le Journal de Montréal, 13 octobre 2018). L’écologiste avenant s’en va donc travailler chez Copticom, une firme privée de relations publiques spécialisée, qu’il dit, en économie verte et sociale. À l’écouter parler, cette firme de communications et de lobbyistes est une sorte d’organisme humanitaire à but non lucratif. En relations publiques, on ne peut douter des compétences de monsieur Guilbeault. « Économie verte » et « sociale », des clichés et des slogans pour appâter des innocents.

En plus, notre ami Steven Guilbeault va se joindre au fonds d’investissement Cycle capital management, une autre belle entité spécialisée, selon lui, dans les technologies « propres ». Il a dit qu’il était déjà un conseiller « stratégique ». Pourtant, n’était-il pas à temps plein chez Équiterre? Avait-il d’autres « sidelines » comme ça? La meilleure c’est le titre de l’article de Radio-Canada publié le 12 octobre 2018. Le voici : « Steven Guilbeault quitte Équiterre pour poursuivre autrement son combat ». Mais de quel « combat » parle-t-on? Si je comprends bien, il va poursuivre son « combat » autrement dans une firme privée de relations publiques et dans un fonds d’investissement spéculatif privé? Question de même à mes amis de Radio-Canada : Steven Guilbeault va-t-il jouir d’une totale liberté afin de mener son « combat » environnemental même si cela va à l’encontre des « combats » idéologiques menés par ses employeurs privés?

Steven chez Deloitte

« Steven Guilbeault chez Deloitte » (La Presse, 20 septembre 2007). Oui, en 2007 Steven Guilbeault a joint les rangs du gros cabinet d’experts-comptables international Deloitte à titre « d’expert-conseil » afin « d’aider les clients de cette firme à pousser plus loin leurs stratégies liées à l’environnement et aux changements climatiques ». Il avait alors dit : « je ne m’en vais pas là pour faire des relations publiques ». Mais Steven Guilbeault a changé d’idée depuis, car il vient de se joindre à une firme de relations publiques, pour faire quoi au juste si ce n’est pas du « public-relations »? Deloitte, une autre firme très verte, je suppose, qui est experte dans les planifications fiscales agressives afin que leurs clients fortunés paient moins d’impôts sur le revenu et qui dirige les économies vers plus de mesures environnementales saines et vertes? Ils appellent ça de l’écofiscalité, beau principe fiscal, dont Steven Guibeault est un partisan, qui consiste à appliquer le modèle de l’utilisateur-payeur aux simples citoyens comme introduire les péages sur les autoroutes (privées si possible), tarifier leurs poubelles et leurs déchets, taxer davantage le prix de l’essence tout en détaxant et en subventionnant les pétrolières, même celles présentes en Alberta dans les sables bitumineux. Chez Deloitte, voilà une autre façon originale et courageuse qu’avait trouvé Steven Guilbeault afin de mener autrement son combat.

Ah ben, vous ne me dites pas! Steven Guilbault a dit qu’il avait été approché par plusieurs partis politiques : « M. Guilbeault a admis avoir des affinités avec trois des quatre partis représentés à la Chambre des communes, qu’il a été vu avec François Legault et qu’il a été sollicité par le Parti libéral du Canada ». Ben oui, le PLC, fervent partisan de l’exploitation du pétrole sale de l’Alberta et qui a acheté, avec des fonds publics, au coût de 4.5 milliards $, le pipeline TransMountain de l’américaine Kinder Morgan. Voilà un modèle de parti politique « full » écologique comme Steven Guilbeault les aime.

Ben oui, Steven Guilbeault a bien raison, une fois de plus, le Parti libéral du Québec, qui a autorisé l’exploitation de pétrole et de gaz même dans nos lacs et rivières; qui a permis aux papetières de s’adonner à des coupes à blanc partout même jusqu’à l’extinction du caribou forestier; qui avait donné son accord pour la construction d’un gros port de mer à Cacouna, au mépris de la survie fragile du béluga; qui avait autorisé la construction d’un gros projet immobilier, même s’il savait que cela mettait en péril la survie d’une espèce de grenouille menacée, la rainette faux-grillon; qu’il avait donné son accord pour la destruction de plusieurs milieux humides et j’en passe. Mais, pour M. Guilbeault, le PLQ est un parti très porté sur le vert et un adepte des « vraies » affaires environnementales avec qui il sent qu’il a des affinités.

Ah oui, en 2009, l’ex-ministre libérale des ressources naturelles, l’écolo Nathalie Normandeau, avait embauché le combattant écologiste : « Développement des énergies vertes. Québec (PLQ) recrute Steven Guilbeault à titre de conseiller » (Le Devoir, 29 août 2009). Et ce n’est qu’un début puisqu’en 2007, Steven Guilbeault avait eu l’immense honneur d’être invité à prononcer une conférence au conseil général de l’ADQ, l’ancêtre de la CAQ, deux partis axés sur l’environnement : « Mario Dumont se drape de vert » (La Presse, 30 septembre 2007).

Steven Guilbeault, je le dis en toute camaraderie, est une personne qui mange à tous les râteliers. Le Petit Robert définit ainsi cette expression courante qui lui sied bien : « Tirer profit de tous les aspects d’une situation, même en servant des intérêts opposés. Jouer sur tous les tableaux ». Guilbeault mentionne qu’il a été approché par plusieurs partis politiques. À moins que tous ces partis soient identiques sur le plan idéologique, ça veut dire qu’il est une personne souple, flexible et interchangeable. Moi je ne trouve pas que c’est une qualité. Je trouve ça plutôt suspect les gens qui plaisent à tout le monde.

Équiterre financée par le privé

Équiterre, un organisme que monsieur Guilbault a cofondé en 1994, a comme partenaire et commanditaire de belles grosses entreprises vertes comme Bell Canada, Gaz Métro ou Énergir (présent dans l’éolien privé que Guilbeault a « vertement » défendu), Telus, Hydro-Québec (qu’il ne critique jamais), Lowe’s (compagnie américaine qui a acheté Rona et qui vient de se délester de plusieurs magasins au Québec), Métro, Desjardins, etc.

Tout ça fait un peu beaucoup d’Équiterre un leurre et même une farce écologique. Avez-vous déjà entendu Steven Guilbeault et Équiterre prendre des positions contre des politiques mises en place par les libéraux du Québec et du Canada et par le Conseil patronal de l’environnement du Québec (CPEQ)?

Équiterre ressemble à un autre organisme idéologique au service du patronat comme le sont la Chaire en énergie des HEC dirigée par le professeur Pierre-Olivier Pineau et financée par des firmes comme Boralex, Valero, Gaz Métro, la Banque de Montréal, le cabinet international de comptables Price Waterhouse, Enbridge, etc., et aussi la Commission de l’écofiscalité du Canada, dont les chercheurs se font appeler « commissaires » pour mieux tromper le monde, et financée par des firmes comme la pétrolière Suncor, active dans les sables bitumineux, et la Banque Toronto-Dominion (TD). Il y a aussi la Chaire en fiscalité de l’Université de Sherbrooke dont le titulaire est le professeur Luc Godbout qui a toujours pensé et pensera toujours exactement comme le patronat, ainsi soit-il.

Encore d’autres organismes placés sous l’égide du patronat, qui ont toujours des noms pompeux comme Équiterre, Comission de l’écofiscalité, Fédération canadienne des contribuables, l’Institut du Nouveau Monde, etc., qui jouissent toujours d’une grande couverture de presse et que les journalistes appellent leurs membres des « experts » et des « spécialistes » au service de groupes de « réflexion » indépendants. Après, ne vous demandez pas pourquoi la population fait preuve d’autant de cynisme envers le patronat, les politiciens, les journalistes et les « experts » comme... Maintenant, Steven Guilbeault, on a hâte de lire ton premier communiqué!