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À hauteur de patriote

Tous les hommes et les femmes de cette nation encore en devenir doivent beaucoup à Bernard Landry.
Photo d'archives, Agence QMI Tous les hommes et les femmes de cette nation encore en devenir doivent beaucoup à Bernard Landry.

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Mon très cher Bernard, finalement, cette indépendance si précieuse à tes yeux, tu ne l’auras jamais vue de ton vivant. Tu as pourtant bataillé fort et longtemps pour elle. Tu lui as tout donné de toi et de ta passion. Tu étais de cette magnifique cohorte de femmes et d’hommes qui, pour tenter de la réaliser, ont choisi l’arène politique.

Démocrates, érudits, amoureux de culture, grands voyageurs et souvent polyglottes, ils savaient rêver grand et bâtir pour le bien commun. L’ouverture sur le monde dont les plus jeunes se targuent d’avoir le monopole, toi et tes compagnons d’armes l’aviez pratiquée bien avant eux.

Le Québec, tu le connaissais comme personne. Pédagogue, tu as su le faire aimer à tes étudiants, tes électeurs et partout à l’étranger. Ils seront nombreux à parler aussi de ta grande contribution à son développement économique.

Pour ma part, j’ai eu le bonheur de voir également le bon vivant. Dans tes moments de détente, ton rire si unique résonnait. Dans les moments plus tendus, tes colères résonnaient encore plus. Légendaires, elles pouvaient foudroyer les plus coriaces, dont moi.

Lorsque tu es devenu premier ministre, tu m’as invitée à me joindre à ton cabinet comme « conseillère spéciale ». C’est là que, discrètement, j’ai pu assister à la naissance de la très grande complicité que tu partagerais avec Chantal jusqu’à ton dernier souffle.

Légendaires

Au bureau du premier ministre, ta lecture assidue des journaux du matin était tout un spectacle. Tu en sortais soit joyeux, soit en beau fusil. Tu te souviens quand je t’ai dit que tes photos officielles ressemblaient à de vieilles images soviétiques tellement elles étaient froides et loin de l’homme que tu étais ?

J’ai craint le pire comme réaction, mais non, tu m’as simplement demandé de m’en occuper. Les prochaines ont donc été prises à Verchères, autour de ta maison bien aimée. Résultat : on t’y voyait vrai et heureux.

Notre amitié, comme tu le sais, a néanmoins connu ses tempêtes. Mon séjour au bunker s’étant terminé dans la trombe, on s’est brouillé pendant plusieurs années. Puis, un jour, le téléphone sonne. C’est toi. Choc et stupeur.

Eh bien, non, tu ne m’appelais pas pour me « chicaner ». Au contraire, tu voulais t’excuser et prendre la responsabilité pour la manière dont notre amitié s’était brisée. Ta grandeur d’âme m’a profondément touchée.

Ton appel m’a libérée d’un lourd fardeau et nos contacts sont redevenus chaleureux comme avant. La dernière fois que je t’ai vu ce printemps, j’ai osé t’embrasser sur le front. Tu as souri. Notre réconciliation était scellée.

Mon cher premier ministre, les Québécois te doivent beaucoup. Que ton âme repose en paix. Toutes mes condoléances à ton épouse Chantal, tes enfants, petits-enfants, amis et collègues.

Ton amie et ex-conseillère spéciale, Josée.