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Décès de Bernard Landry: RESPECT

Bernard Landry
Photo d'archives Bernard Landry

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Bernard Landry est décédé hier à l’âge de 81 ans. De ses fidèles compagnons de route en passant par ses adversaires politiques, tous ont reconnu son immense contribution à la "cause" du Québec.  Ce qui me frappe le plus quand un homme ou une femme politique décède, c’est le respect que tous lui portent, malgré la famille politique à laquelle il ou elle appartient.

50 ans au service des Québécois-e-s, ce n’est pas rien. C’est une vie adulte entière que M. Landry a consacré au Québec. Tout comme d’autres qui nous ont quittés, ces personnages politiques ont occupé l’imaginaire de toute une génération (et plus même) de jeunes et moins jeunes d’entre nous.

Qu’ils soient péquistes ou libéraux, on se rappelle de leurs bons coups, on excuse leurs faux-pas mais on s’entend toutes et tous pour dire qu’ils méritent notre respect.

Se sacrifier pour la cause

S’engager en politique, c’est un peu, beaucoup pour certains, s’oublier. M. Landry avait une phrase toute faite pour exprimer cela : «Le parti avant les hommes, et la patrie avant le parti». 

Ces femmes et ces hommes politiques à qui on rend hommage suite à leur décès le méritent parce que non seulement elles et ils se sont oubliés, ont mis de côté leur vie familiale et personnelle pendant des années, mais aussi parce qu’elles et ils se sont sacrifiés pour « la » cause (leur cause en fait).

Bernard Landry en a été la preuve. Rappelons-nous seulement sa démission en 2005 comme chef du Parti québécois (PQ) parce qu’il jugeait qu’un vote de confiance de 76% des membres de son parti était insuffisant à ses yeux.

«Je suis un homme de cause, je ne suis pas un individualiste et je pense en mon âme et conscience que je ne pourrais pas servir la société comme je voudrais le faire avec ce niveau d'appui», avait-t-il dit pour expliquer sa décision.

Cohérence pour l’indépendance

On a souvent reproché aux anciens chefs de partis politiques, surtout à ceux du PQ, de jouer les « belles-mères », c’est-à-dire de continuer de commenter l’actualité après leur départ de la vie politique active.

Mais a-t-on vraiment raison de leur reprocher cela, alors que leur contribution est parfois sollicitée, voire même appréciée (même si parfois critiquée par d’autres)?

L’expérience ne s’achète pas. Ailleurs dans le monde, la sagesse des « anciens » est même vénérée. Pourquoi s’en passerait-on d’ailleurs?

Bernard Landy ne s’est pas gêné pour participer activement aux débats politiques, même jusqu’à tout récemment. Fait à noter : il est un des rares ex-chefs du PQ à qui à peu près personne n’a reproché de jouer à la «belle-mère».

Mais contrairement à d’autres ex-politiciens, il n’a jamais changé d’idée. Il est un exemple de ténacité et de cohérence. Tout au long de sa vie, contre vents et marées, il a défendu l’indépendance du Québec, répétant constamment que c’est «normal» pour un peuple d’aspirer à se gouverner, à décider pour lui-même, bref d’être libre.

Flatté quand même...

En terminant, j’ose un bémol à saveur personnel : à la fin des années 1980, début 1990, quand je militais dans le mouvement étudiant, j’aurais aimé que M. Landry affiche la même cohérence. Qu’il soit encore d’accord avec l’idée qu’un-e étudiant-e est «un jeune travailleur intellectuel» qui mérite une forme de rémunération, comme il le défendait dans les années 1960 alors qu’il militait à l’Union générale des étudiants du Québec (UGEQ).

Peut-être alors aurait-il réussi à me convaincre, quand il m’a abordé au sortir d’une rencontre d’associations étudiantes, de m’impliquer avec le PQ. À ce moment, la «cause» étudiante m’habitait pas mal plus que l’indépendance. Et le bilan du PQ des années 1980, avant qu’il ne perde le pouvoir à Robert Bourassa, n’était guère reluisant.

Non merci lui ai-je répondu, un peu flatté quand même qu’un tel homme vienne me parler.

Mais peu importe, hier est décédé un grand homme politique québécois. Comme tous ceux avant lui, Bernard Landry mérite notre respect, le même d’ailleurs que nous devrions consacrer aux hommes et aux femmes qui ont fait du Québec ce qu’il est aujourd’hui.