/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Denise Bombardier: la femme pressée

Coup d'oeil sur cet article

L’autre jour, je vous parlais de ces jeunes qui écrivaient l’histoire de leur vie avant même d’en avoir vécu une.

J’aurais un conseil pour d’autres vedettes qui ont l’intention de raconter dans le menu détail leur parcours : lisez d’abord les 457 pages de l’autobiographie de Denise Bombardier, Une vie sans peur et sans regret.

Puis, posez-vous trois questions : 1 - est-ce que j’ai mené un combat comme elle ; 2 - posé des gestes qui ont « fait une différence » comme elle ou... 3 - analysé la société comme elle ?

Après ça, on s’en reparlera.

NOIR SUR BLANC

C’est un hasard, mais j’ai fini hier midi la biographie de Denise­­­ Bombardier, une heure avant qu’on apprenne le décès de Bernard Landry.

Je venais, grâce à la plume alerte de mon amie Denise, de revivre tous les grands soubresauts qui ont marqué le Québec des 60 dernières années : Révolution tranquille, crise d’octobre 1970 (« l’année où le Québec a perdu à la fois de son innocence et de sa candeur »), référendum de 1980 et de 1995.

Une chose m’a frappée : monsieur Landry et Denise Bombardier aimaient tous deux profondément le Québec et avaient pour lui de grands rêves, comme un parent qui est parfois plus ambitieux que sa progéniture.

Dans le cas de Denise, ce qui frappe le plus, c’est à quel point cette femme, que certains considèrent encore comme snob et élitiste, était au contraire fière de ses origines plus que modestes.

Denise Bombardier aime profondément le Québec, parce qu’elle connaît le Québec profond.

Et on sent, en la lisant, à quel point elle a voulu se distancier de son père, être grossier, vulgaire. À quel point elle a été blessée par le fait qu’il détestait son coin de pays, qu’il appelait avec mépris « le Culbec » !

C’est quand même fou : alors qu’une petite clique québécoise lève le nez sur Denise Bombardier et ridiculise ses succès­­­ et sa reconnaissance en France, Denise n’avait de cesse, à Paris, d’expliquer le Québec aux Français et de faire aimer la culture québécoise par les Français.

Et si vous voulez vous moquer de Denise et son accent pointu, sachez que sa mère s’est serré la ceinture et l’a inscrite, toute jeune, aux cours de diction de madame Audet pour que, justement, sa fille s’extirpe d’un milieu social sans horizon.

Tout le livre de Denise est un hommage à l’éducation qui nous tire vers le haut, aux livres, aux rencontres qui nous sortent de notre zone de confort, qui nous amènent à nous dépasser, à devenir plus éveillés, plus curieux, plus ouverts.

C’est une déclaration d’amour aux choses de l’esprit, à la vie intellectuelle.

C’est d’ailleurs assez renversant de la lire raconter l’époque où, à Radio-Canada, elle interviewait avec enthousiasme Raymond Aron, Simone Signoret ou Marguerite Yourcenar... à des heures de grande écoute.

À BOULETS ROUGES

Denise Bombardier revient sur ses nombreuses polémiques, dont son combat courageux contre les pédophiles. À un éditeur qui lui conseillait de mettre la pédale douce, Denise a un jour répondu : « J’aurai honte de moi si je me tais ».

Il me semble que cette phrase, qui résume bien la carrière de Denise, aurait pu être le titre de son livre.