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Savoir d’où l’on vient...

Savoir d’où l’on vient...
Photo d'archives, Alain Lesieur

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Avec le décès de Bernard Landry à l’âge de 81 ans, les rangs des grands bâtisseurs du Québec moderne et des artisans du projet souverainiste se déciment de plus en plus. Des politiciens, mais aussi des penseurs, des poètes, des créateurs.

Plus de trois ans, déjà, ont également passé depuis la mort de Jacques Parizeau, ce grand parmi les grands.

Au fil du temps, sont aussi partis les René Lévesque, Camille Laurin, Denis Lazure, Denise Leblanc, Pierre Bourgault, François Aquin, André D’Allemagne, Gaston Miron, Jean Garon, Robert Burns, Gérald Godin, Pierre Falardeau, Michel Chartrand, Pauline Julien, Marcel Léger, Lise Payette et tant d’autres.

Faut croire qu’aussi pacifique soit-il, le combat pour la souveraineté est usant à force de ne pas voir le pays naître.

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Au fil des décennies, j’ai eu l'extrême privilège de rencontrer la plupart de ces êtres hors normes. Avec certains, d'avoir aussi de longues conversations.

C’est pourquoi, indépendamment de leurs allégeances sur la question dite nationale, je plains sincèrement ceux et celles pour qui ces noms sont soient inconnus, soient associés à une «vieille garde» déphasée.  

Je les plains parce qu'un peuple qui ignore la richesse intellectuelle et de cœur de ses grands bâtisseurs est un peuple qui s’ignore lui-même.

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Ces hommes et ces femmes étaient des êtres d’exception. Brillants, cultivés, travaillants comme ça se peut pas, dévoués et intègres tout en aimant la vie, l'amour et les bonnes tables.

Des êtres profondément enracinés dans la vie.

Le dire haut et fort, ce n’est pas de la nostalgie. C’est un fait. Tout simplement.

Des êtres d’idées, de passion, de rêves immenses et de réalisations bien réelles.

Des êtres parfaitement imparfaits, mais capables d’exploits qu’on n’ose même plus imaginer. Ni dans le présent, ni au nom de l’avenir.

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Mais combien, au Québec, le savent vraiment?

Ayant moi-même enseigné l’histoire à l’université dans ma jeune trentaine, j’ai pu mesurer depuis le vide abyssal qui, peu à peu, s’est installé dans notre système d’éducation en matière d'histoire du Québec et du Canada, même récente.

C’est à se demander comment feront les générations à venir, toutes origines confondues, quand nos pouvoirs publics auront fini de les décerveler en les privant d’une connaissance aussi essentielle à l’exercice éclairé de la citoyenneté en démocratie.

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L’espoir reste toutefois et il est double.

De un, qu’un gouvernement, celui-ci ou un prochain, redonne enfin ses lettres de noblesse à l’enseignement de l’histoire nationale.

Les relations internationales, c'est très important, mais il est impossible de penser pouvoir connaître le monde si l'on refuse d'y ancrer en même temps sa propre histoire nationale.

Il faut bien savoir d’où l’on vient si l’on veut savoir un jour où l’on veut aller...

De deux, que ces êtres d’exception déjà partis dans un autre monde soient néanmoins suivis par d’autres femmes et d’hommes qui, elles et eux aussi, sauront se donner cœur et âme à leur société.

Il y en a d'ailleurs quelques uns et quelques unes à l'Assemblée nationale et dans d'autres champs d'activités ailleurs au Québec.

La mobilisation qui monte au Québec pour sauver l'environnement en est d'ailleurs un autre magnifique exemple.

L'important n'est surtout pas de les comparer à ces êtres d'exception qui les ont précédés.

L'important est que ceux qui les suivront puisent tout au moins chez ces êtres d'exception l'inspiration dont ils auront grand besoin pour tenir la route.