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Bernard Landry (1937-2018): un libre-échangiste et un interventionniste

Sa façon de voir l’économie a teinté son parcours dans l’arène politique et au-delà

En 2012, Bernard Landry et le PDG d’Ubisoft Canada, Yannis Mallat, lors d’une rencontre à Montréal pour souligner les 15 ans du géant français du jeu vidéo au Québec.
Photo courtoisie, Ubisoft En 2012, Bernard Landry et le PDG d’Ubisoft Canada, Yannis Mallat, lors d’une rencontre à Montréal pour souligner les 15 ans du géant français du jeu vidéo au Québec.

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Diplômé en économie et en finance, Bernard Landry se disait profondément libre-échangiste tout en prônant une intervention ciblée de l’État.

Cette vision de l’économie aura ainsi teinté son parcours politique durant plus de 50 ans et même après, alors qu’il enseignait aux jeunes étudiants de l’UQAM.

Ministre d’État au Développement économique sous le gouvernement Lévesque à la fin des années 70, Bernard Landry aura contribué, avec Jacques Parizeau, à mettre en place les fondations du Québec Inc.

«Autant il croyait aux forces libres du marché, autant il croyait que l’État pouvait intervenir et aider les entrepreneurs québécois à faire leur place sur la scène internationale», résume le président de Montréal International, Hubert Bolduc, qui a travaillé comme attaché de presse pour Bernard Landry durant plusieurs années.

Selon ce dernier, le Québec (et le Canada) lui doit son militantisme en faveur de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui a été signé avec les États-Unis et le Mexique au début des années 90.

Obsédé par les statistiques économiques, Bernard Landry était d’ailleurs aux commandes du ministère des Finances lorsque le Québec a atteint pour la première fois le déficit zéro.

Sa bonne amie Francine La Haye, du Cabinet National, se rappelle que Bernard Landry vouait une véritable obsession aux données mensuelles sur le chômage.

«Il était obsédé par cela. Il voulait que le taux de chômage soit le plus bas possible, et ce, dans toutes les régions du Québec», dit-elle.

 

L’aide au multimédia

C’est également à Bernard Landry que l’on doit l’émergence de l’industrie du jeu vidéo et du multimédia au Québec.

En 1996, alors ministre des Finances, il a mis au monde le crédit d’impôt de 37,5 % sur le salaire des employés dans le secteur du multimédia.

«C’est dans le cadre de cette réflexion, et d’une visite faite aux frères Guillemot, les patrons d’Ubisoft en France, que Bernard Landry avait compris l’intérêt du Québec à investir dans l’industrie du jeu vidéo», fait valoir le consultant indépendant en stratégie de communication numérique, Bruno Guglielminetti.

Partie de rien, l’industrie du jeu vidéo emploie aujourd’hui plus de 10 000 travailleurs répartis dans près de 200 entreprises au Québec, dont les géants mondiaux Ubisoft, Electronic Arts, Warner Bros. et autres.

Il a propulsé l’industrie du multimédia

Il lance en 1996 un crédit d’impôt sur le salaire des employés des entreprises qui s’installent dans la Cité du Multimédia tant à Québec qu’à Montréal.

Selon Bruno Guglielminetti, un expert dans ce secteur, Bernard Landry avait la volonté de diversifier l’économie du Québec. «Il voulait s’assurer que le Québec se dirigerait vers des secteurs à haute valeur ajoutée, comme celle des nouvelles technologies.»

En 1997, il va réussir à attirer au Québec Ubisoft, qui aujourd’hui emploie plus de 3500 travailleurs. Cette aide, qui sera ensuite offerte aux entreprises de chez nous qui désiraient s’installer dans les pôles du multimédia, financera en partie la formation de la main-d’œuvre du secteur.

En faveur de l’ALENA

En 1988, il fait campagne au Québec pour la promotion de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Il croit que le libre-échange est bon pour l’économie du Québec, qui exporte près de la moitié de son PIB.

«On ne peut pas être protectionniste avec huit millions de personnes. Nous avons encore tout intérêt à être ouverts et avoir de grands marchés pour nos entreprises», dira Bernard Landry en 2016 sur les bienfaits du libre-échange avec les États-Unis et le Mexique, au journal Prince Arthur Herald.

Il disait également que le Québec doit respecter les accords commerciaux qu’il signe. Toutefois, lorsque ceux-ci permettent des clauses de contenu local, il est alors primordial de permettre à nos manufacturiers de démontrer leur savoir-faire.

Un grand bâtisseur

«Le Québec doit se souvenir de Bernard Landry comme d’un bâtisseur ayant grandement participé à l’édification du Québec moderne et qui a contribué à faire avancer l’économie de la province.»

– Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du CPQ


«Très peu de politiciens ont dirigé autant de ministères économiques et stratégiques pour l’État québécois. Ses réalisations [...] ont fortement contribué à forger le Québec que l’on connaît aujourd’hui.»

– Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain


«Il aura consacré ses dernières années à l’enseignement tout en profitant de chaque occasion pour promouvoir le savoir-faire des Québécoises et Québécois, tout en exprimant son espoir de voir un jour le Québec devenir un pays.»

– Serge Cadieux, secrétaire général de la FTQ