/news/currentevents
Navigation

Enquête J.E.: «je me suis réveillée et quelqu'un m’étranglait très fort»

Coup d'oeil sur cet article

Même si 18 années se sont écoulées, il n'y a pas un jour qui passe sans que la victime d'un dangereux prédateur qui l'a battue, étranglée et violée ne pense à lui. Elle croit toujours que les autorités vont arrêter ce meurtrier qui a fait au moins une autre victime. 

«Je me suis réveillée au cours de la nuit. Quelqu’un m’étranglait très fortement. Je sais que j’ai perdu connaissance. J’ai dû cesser de respirer.»  

La vie de Marie (nom fictif) a basculé dans la nuit du 3 juillet 2000, dans un appartement près de l’Université Laval à Québec, alors qu’un inconnu l’a attaquée dans son lit. Elle avait 20 ans. Depuis ce jour, elle s’est juré qu’elle contribuerait à retrouver le coupable. 

Elle a perdu connaissance, cette nuit-là, mais est revenue à elle et a trouvé la force d’appeler du secours. C’est sur un lit d’hôpital qu’elle s’est réveillée.   

Complètement désorientée, elle a graduellement compris ce qui s’était passé. Puis, un policier muni d’une trousse médico-légale lui a expliqué qu’on devait vérifier si elle avait été agressée sexuellement. 

Un mois après les événements, elle a appris qu’elle n’était pas la seule: une autre jeune étudiante avait été attaquée sur un autre campus dans les mêmes circonstances. 

Guylaine Potvin, 19 ans, n’avait pas eu sa chance: elle a été assassinée quelques mois plus tôt, le 28 avril 2000, rue Panet, près du Cégep de Jonquière.  

Même profil de victimes et circonstances en tous points similaires: les policiers de Jonquière et de Sainte-Foy (maintenant Saguenay et Québec) allaient voir leurs doutes se confirmer lorsqu’il y a eu concordance entre les échantillons d’ADN prélevés sur les deux scènes.  

C’était bel et bien le même individu qui était à l’origine de ces deux attaques sauvages au cours desquelles des victimes vulnérables avaient été attaquées en plein sommeil, étranglées, frappées avec une extrême violence au visage et agressées sexuellement. 

«Officiellement par les liens d’ADN, on est deux. On est peut-être 20. C’est le même fardeau depuis 18 ans: il est en liberté et quelqu’un sait quelque chose, mais personne ne parle.» 

Depuis le premier jour, la volonté de Marie n’a jamais défailli: elle veut retrouver celui qui lui a fait vivre l’enfer.  

Elle s’est manifestée à nous à plusieurs reprises au cours des dernières années, toujours dans un même but: raviver les mémoires à propos de ces agressions et aider à relancer l’enquête, coordonnée par la Sûreté du Québec depuis 2003.  

«C’est 18 ans de prison ferme. C’est moi qui purge sa peine. C’est moi qui, depuis 18 ans, ai à vivre avec toutes les conséquences de ce qu’il a fait et lui il n’a rien.»  

Pourquoi n’a-t-il jamais été repéré depuis tout ce temps? Marie n’en sait rien. Mais elle veut s’assurer qu’aucune autre jeune femme ne tombe entre ses griffes.  

«C’est certain qu’il n’est pas resté assis dans son sous-sol. Il a fait d’autres victimes. Cet individu-là a un pattern très particulier. Il m’a étranglé assez fort et assez longtemps pour penser que j’étais morte avant de m’agresser. Ça s’appelle de la nécrophilie.» 

Les parents de Guylaine Potvin ne la connaissent pas, mais ils sont conscients que le destin de Marie et celui de leur fille sont intimement liés.  

 «C’est un miracle qu’elle ait pu s’en sortir, dit Jeannine Caouette, la mère de Guylaine. On la trouve courageuse. On pense souvent à elle. Il ne faut pas qu’elle lâche. Il y a de la lumière au bout de ça. On aimerait la rencontrer quand elle sera prête.»   

Marie pense aussi à Guylaine tous les jours. «Étrangement, de savoir qu’il y a d’autres personnes impliquées, ça donne la force de se battre.»  

En apparences, elle mène une vie normale. Elle a fondé une famille et ne vit plus dans la région de Québec. Mis à part son conjoint, à peu près personne ne connaît son terrible secret. Elle doit cacher sa peine, sa détresse et communiquer en cachette avec les enquêteurs.  

Mais elle n’a pas peur du suspect et ne se considère pas comme une victime. «Me considérer comme une victime, c’est de lui donner raison. J’avais juste 20 ans», conclut Marie, la gorge nouée par l’émotion. Les pistes:  

Concordance d’ADN entre les deux scènes 

Des «trophées» que le suspect aurait gardés

- Bague de finissante de Guylaine Potvin 

- Appareil photo 

- Petit coffre contenant de l’argent 

- Petite bourse 

- Bracelet  

Si vous avez de l'information, contactez la Sûreté du Québec au 1 800 659-4264.