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Si on avait vraiment voulu changer le cours des choses...

Dévoilement du pacte pour l'environnement.
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI Dévoilement du pacte pour la transition à Montréal, Québec, Canada. Le mercredi 7 novembre 2018. Sur cette photo: Dominic Champagne MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

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J'ai signé le pacte. Toutefois, quelques trucs me chicotent. Dans le désordre, voici...

Artistes et environnementalistes ont joint leurs forces, notamment celle de l’attention médiatique que peut générer le fait que nombre d’entre eux parlent d’une seule voix, afin de rallier le plus de gens possible derrière une déclaration commune en appui à une transition énergétique, un engagement collectif à changer nos habitudes afin de réduire notre empreinte écologique.

Noble initiative. Essentielle surtout. J’y crois, sincèrement. Et j’ai signé le pacte après avoir pris connaissance du texte. Je ne signe rien sans savoir dans quoi je m’embarque. Une sorte de principe de précaution.

Jouissant de leurs nombreuses tribunes, cette initiative reçoit une forte couverture médiatique. C’est nécessaire si l’on veut que le plus de gens possible signent le pacte. Une pétition en quelque sorte. On peut signer et ne rien changer. On doit quand même l’admettre.

Mais j’ai des doutes. Des trucs me chicotent comme on dit.

Les artistes, environnementalistes et autres figures publiques au Québec ont une énorme capacité de rassemblement, un capital de sympathie indéniable. Quand ceux-ci unissent leurs voix, ils sont entendus. Ça frappe. C’est puissant.

Ils étaient où ces gens-là il y a quelques semaines quand le Québec se trouvait à ce moment précis où il avait une part de son destin collectif entre les mains? On vote aux quatre ans pour choisir ceux qui nous gouverneront, c’est un moment crucial.

Pourquoi ne pas avoir frappé fort à ce moment-là?

Il y avait deux partis politiques qui proposaient des programmes plus qu’intéressants en matière d’environnement et un autre qui n’en faisait même pas mention. Quant au Parti libéral, on admettra que la trame de fond était, sans conteste, son remplacement. QUI pour le faire?

Tous les éléments qui sont dans le pacte, on les connaissait déjà à ce moment-là. Si on avait voulu influencer le cours des choses de manière plus tangible, on aurait tout fait pour bloquer le pouvoir au parti qui ne mentionnait même pas la préoccupation environnementale dans son programme de gouvernance...

Mais ce n’est pas ce que ces gens ont fait.

Pourtant, on pourra bien signer tous les pactes du monde, aucun impact si l’on continue à porter au pouvoir ceux qui « parlent-parlent-jasent-jasent » afin de se faire une belle image en matière d’environnement –quelques égoportraits au passage pour la cause - mais qui ensuite se plient aux diktats de la puissante industrie pétrolière du pays.

Au point de pousser l’odieux à acheter un oléoduc au nom de la population entière dudit pétro-État quand les risques deviennent insupportables pour l’industrie. Faut jamais négliger la main qui nous nourrit.

Il y en a des artistes qui ont appelé à appuyer l’actuel PM du Canada afin de « sortir le méchant Harper », notamment au nom  d’une gouvernance environnementale plus clémente. Résultat? Le « nouveau » PM continue de faire cheminer les projets de la sacro-sainte industrie pétrolière, sourires, selfies et phrases creuses en prime.

Gageons que si le parti de ce PM réussit à s’adjoindre la candidature de l’une des figures de proue du mouvement environnemental au Québec, certains trouveront matière, encore, à essayer de nous entrainer dans ce théâtre de mauvais gout.

Depuis l’élection de François Legault et de la CAQ, il s’en trouve, encore (même cette semaine, une autre lettre ouverte) de ces environnementalistes pour essayer d’incliner l’oreille du nouveau PM afin que celui-ci se ranger derrière leurs doléances.

Je ne veux pas être casseux de party mais François Legault ne sera pas le PM de la transition environnementale radicale (dans le sens de « racines », son étymologie) qu’il nous faut opérer. No way José.

C’est la CAQ qui est au pouvoir, doit-on le rappeler? Le jour même où la  nouvelle ministre de l’Environnement faisait sa première tournée des médias pour décliner les messages très généraux de son parti (et sauver la face sur ce sujet); son collègue des Transports, un ténor du parti, promettait d’agir très rapidement pour le 3e lien à Québec.

Doit-on oublier qui sont ceux qui soutiennent ce parti depuis le début? Doit-on passer sous silence qu’il y ait dans ce parti un ancien de l’IÉDM très proche des lobbys pétroliers, ou encore un chef de cabinet très bien placé, lui aussi un inconditionnel du pétrole...

Si on avait vraiment voulu influencer le cours des choses, on aurait bloqué la voie à la CAQ. Les 500 qui ont fait leur show hier, ils l’auraient fait pendant la campagne électorale pour influencer le vote, pour susciter une réflexion qui aurait souligné à grands traits la grave carence environnementale du programme caquiste.

Mais cela aurait eu un cout. Notamment sur le capital de sympathie de certains artistes, dont le pain et le beurre, c’est leur capacité de vendre des billets de shows, de se trouver la faveur du public au petit écran et lors des galas...

Il aurait aussi fallu que les 500 d’hier brassent la cage de ce Québec sclérosé. On en a tellement besoin pourtant. Il aurait fallu qu’ils fassent pression sur les deux partis qui présentaient chacun de leur côté des beaux programmes environnementaux afin que ceux-ci cessent de se quereller et unissent leurs forces.

Il aurait fallu qu’ils rappellent au Parti québécois, à ceux qui y sont encore, que de signer un pacte comme celui-ci sans répudier des décisions catastrophiques comme celle de la cimenterie en Gaspésie ou encore ce préjugé favorable au pétrole une fois au pouvoir, voilà qui est vecteur de cynisme.

Il aurait fallu que certains artistes dont on connaît les accointances Qsistes, prennent parole afin de favoriser un rapprochement entre progressistes, dont nombreux sont au PQ. Cela n’aurait pas nui.

Si quelques-uns ont pris position, il n’y a pas eu de mouvement. On a attendu après les élections.

Le résultat c’est que la droite est au pouvoir. Ce n’est pas la catastrophe Ford en Ontario, je le concède – du moins pas pour le moment. Car on notera que François Legault louvoie beaucoup en ce début de mandat. On ne sait pas encore ce qui nous pend au bout du nez collectivement. On pourrait être surpris. On pourrait aussi être franchement déçus, voire découragés...

Dominic Champagne, dans l’excellente entrevue qu’il accordait à Médium large à la radio de Radio-Canada ce matin insistait sur un très court horizon de deux ans pour agir, pour maximiser l’impact du pacte et de ceux qui l’endossent.

Les citoyens peuvent bien agir et on le souhaite, mais si nous n’influençons pas de manière plus tangible non seulement ceux qui nous gouvernent, mais aussi QUI sont ceux à qui nous tendons le gouvernail, notre impact sera limité.

Vous avez vu la une du Maclean’s de décembre? « La résistance »? Ces PM provinciaux au Canada qui, eux, s’organisent, pour influencer le cours des choses au nom des intérêts de ce Canada pétrolier...

Ils n’ont pas peur de prendre position ceux-là, et de mobiliser leur base.

Vous le savez, mon combat public est avant tout celui pour l'indépendance de ma nation. Mais tant qu'à mettre de côté, du moins maintenant, cette tâche qui n'est pas sans lien avec le combat dont il est question ici, pourquoi ne pas l'avoir fait au nom de l'intérêt supérieur de l'environnement...

Vraiment, je crois que nous avons manqué une chance d’influencer le cours des choses... Voilà ce qui me chicote pas mal dans tout ça.