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Tant qu’à tout remettre en question

Gilles Duceppe
Photo Chantal Poirier Mario Beaulieu

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Mardi, invité à LCN pour témoigner de la contribution de Bernard Landry, Lucien Bouchard a eu une vive réaction en entendant les mots Bloc québécois. Il ne veut même plus en parler. Sous-entendu : le fondateur a honte de ce que ce parti est devenu.

Le Bloc québécois vient de lancer une grande opération de refondation. Tout est sur la table : le nom du parti, le programme, la structure, le logo. Quel terrible aveu d’échec camouflé sous le prétexte d’une ouverture d’esprit face à toutes les suggestions !

Une question plus fondamentale se pose. Si l’on est prêt à tout remettre en question, on devrait se poser la vraie question : le Bloc a-t-il encore une pertinence dans la prochaine élection fédérale ?

Désorganisé, sans leadership et sans programme clair, le Bloc s’en va tout simplement à l’abattoir. Rien ne permet de croire qu’il en résultera autre chose qu’une catastrophe pire que celle que le Bloc a vécu lors des deux derniers scrutins.

Échecs répétés

Dois-je rappeler que le Bloc a récolté 4 sièges en 2011 et 10 en 2015 ? Dans les deux cas, le chef du parti a été défait dans sa propre circonscription. Dans les deux cas, le parti n’a pas eu le nombre suffisant de sièges pour être reconnu comme groupe parlementaire à la Chambre des communes.

Il faut dire que les souverainistes sont sonnés après la récente réduction du PQ au rang de tiers parti. Un peu comme un boxeur qui essaie de se relever et qui sent le plafond de l’aréna tourner. Hier, l’enfant prodigue Jean-Martin Aussant en était rendu à suggérer aussi que le PQ soit refondé et change de nom.

Utiles ?

Ceux qui ont voté Bloc en 2015 sont en droit de s’interroger aujourd’hui sur le travail que leur parti a livré. Le parti s’est retrouvé nettement plus souvent dans l’actualité concernant ses troubles internes que dans une quelconque défense des intérêts du Québec. Vraiment utile ?

L’engagement politique de chaque individu requiert d’abord que celui-ci ait la conviction d’être utile. La politique exige des sacrifices personnels. J’ose espérer qu’on ne s’y investit pas seulement pour la paye et la pension. Avant de se lancer dans une opération douteuse de « refondation », les députés du Bloc devraient se demander si leur action dans ce parti sert encore le Québec.

Ce qui s’applique aux actions individuelles s’applique aussi aux actions collectives de ce parti. Le Bloc est-il encore vraiment utile au Québec. L’idée d’avoir un parti souverainiste qui fait élire des députés à Ottawa avait été rejetée par les souverainistes durant toute l’époque de René Lévesque. C’est après l’échec de l’Accord du lac Meech que ce projet a abouti.

Le Bloc ne devait durer qu’un mandat. L’aventure s’est prolongée et maintenant elle prend des airs d’agonie.

Quand le poste de chef d’un parti est vacant depuis des mois sans que personne se montre intéressé ni même laisse circuler son nom, il faut y voir un signe...