/opinion/blogs/columnists
Navigation

Adieu monsieur Landry

Adieu monsieur Landry
Photo Archives

Coup d'oeil sur cet article

Adieu monsieur Landry, je n’étais pas votre ami et je ne vous ai pas assez bien aimé, car je n’ai pas osé sortir de la neutralité publique que je m’étais imposé comme leader syndical. Vous l’auriez pourtant mérité avec votre grand cœur rêvant de notre émancipation et du pays à naître pour que le fleurdelisé flotte au vent devant l’édifice des Nations Unies à New-York.

Les hasards de la vie ont tout de même multiplié les occasions de rencontres et d’échanges chaleureux sur le projet indépendantiste. Je ne vous ai jamais vu fléchir sur l’objectif malgré les déconvenues et, au contraire, vous profitiez de toutes les occasions pour réaffirmer votre ferveur. J’ai particulièrement souvenir de cette rencontre, au lendemain de la défaite électorale du PQ en 2003, avec vous et Denis Lazure en compagnie de Pierre Dubuc, rédacteur en chef de l’Aut’Journal, où vous aviez ouvert rapidement la porte à la création de clubs politiques au sein de votre parti. Comme le prétend l’ex-première ministre Pauline Marois, vous saviez faire preuve d’ouverture aux nouvelles idées.

De cette rencontre avec Dubuc est né le SPQ Libre et vous aviez dessein de contribuer à la création d’autres clubs politiques reflétant différentes tendances et préoccupations sociales ou économiques. L’idée s’inspirait du fonctionnement de grands partis et de fédérations syndicales françaises. Comme René Lévesque, vous compreniez que l’indépendance ne pouvait reposer que sur une large coalition des différents groupes d’intérêt convergeant vers des objectifs communs. À la différence de votre prédécesseur, vous formalisiez un fonctionnement cohérent de l’expression de ces tendances au sein même du parti. Vous étiez à votre manière un révolutionnaire tranquille!

Malheureusement, une déconvenue au congrès du PQ avec un vote de confiance jugé insuffisant vous a amené à démissionner de votre poste et à laisser en plan vos intentions de rénovation du parti. Cette démission impulsive constitue l’une de mes plus grandes déceptions politiques des deux dernières décennies. Je n’ai jamais compté le nombre de fois où je vous ai manifesté cette déception et je m’excuse de n’avoir jamais raté une occasion de vous le rappeler. Bon joueur, vous me concédiez que ce fut une erreur et une opportunité manquée de revigorer le projet indépendantiste en faisant preuve d’ouverture aux différents courants de pensée. Vous étiez peut-être l’un des seuls à cette époque au sein du parti, avec votre intelligence vive et votre expérience politique, à être en mesure de ne pas être dominé par un apparatchik préoccupé de préserver ses privilèges.

Nous connaissons la suite avec un parti qui n’a cessé de s’embrouiller dans le choix de ses chefs et qui a peu à peu fermé la porte à toutes voix discordantes. C’est madame Marois, sous l’impulsion de sa cheffe de cabinet, Nicole Stafford, qui a statutairement mis fin à l’existence du SPQ Libre. Il en aurait été ainsi pour tout comité qui se montrait critique ou trop entreprenant selon les affirmations de quelques anciens députés péquistes. Sans vous, mon cher monsieur Landry, le PQ s’est vidé peu à peu de sa substance avec des « jobbers » plus enclin à s’inquiéter de leur sort que de celui du pays.

Adieu Bernard Landry, je ne vous en veux pas malgré tout, parce que je sais que vous avez tout de même continué à semer les graines de l’indépendance et que des jeunes inspirés par vous surgiront pour redonner à l’idée d’indépendance son lustre d’antan.