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Lacher-prise 101

Lacher-prise 101
Illustration Nathalie Samson

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Le week-end dernier, je suis allé à Charlotte en Caroline du Nord pour courir une dernière course cette année et me faire un voyage seul avec ma petite tête. Pourquoi Charlotte ? De un, je voulais courir une dernière fois en short et t-shirt et, vous l’avez deviné, il y avait du football et du hockey dans mon horaire.

Tous les jours pendant les deux semaines avant mon départ, l’envie n’y était pas. Si je n’avais pas déjà acheté mon billet d’avion, j’aurais changé d’idée. Je sais pas pourquoi, j’avais un drôle de feeling et je ne le sentais pas du tout.

Comme de fait, mon instinct avait raison. En partant vendredi matin, mon vol a eu une heure de retard, ce qui veut dire que j’ai manqué ma connexion à Toronto. Avec une belle humeur de marde, j’ai réussi à me pogner avec le service à la clientèle de la ligne aérienne avec qui je volais. J’ai perdu six heures dans l’aéroport de Toronto. Pendant que j’attendais l’avion pour Charlotte, j’ai vu le gars des bagages lancer ma valise dans l’avion... et la voir tomber à terre avant qu’il la ramasse.

Une des pires journées

Je suis arrivé à Charlotte à 20 h au lieu de 11 h le matin. Ma journée pourrie a continué avec d’autres anecdotes que je vous épargne. Sans exagérer, c’était une des pires journées de ma vie. Avec aucune envie de courir le demi-marathon le samedi matin, je me suis couché le plus vite possible, car j’avais peur de ce qui allait arriver si je restais réveillé.

La dernière chose que je me suis dit avant de m’endormir, c’est : « Sérieux dude, lâche prise et essaye de rire de tout », mais j’y croyais pas vraiment.

Je me suis réveillé le lendemain à 5 h 30 pour aller déjeuner dans un petit diner à côté de l’hôtel. Du coup, une jeune serveuse noire avec le plus beau des sourires me raconte qu’elle est déménagée à Charlotte après l’ouragan Katrina qui a dévasté la Louisiane il y a 10 ans... Ça remet les choses en perspective.

Marathon

J’arrive au départ du marathon, le soleil n’est pas encore levé et j’ai devant moi une des plus belles vues d’un centre-ville en lumière.

Au départ, c’est l’hymne national américain chanté par un joueur de blues. C’est tellement intense que je ne sais plus si on va courir ou si on part en guerre.

Évidemment, en plus de leur patriotisme, les gens du sud des États-Unis sont reconnus pour être aussi très religieux.

Pendant la course, j’ai eu la chance d’entendre des spectateurs dire : « Profitez de la course pour vous repentir comme Dieu le veut », « courez pour Jésus qui lui est mort pour vos pêchés ». La Vierge Marie et le Saint-Esprit ont aussi été mentionnés, car je pense qu’ils cherchaient quelque chose à faire ce samedi matin.

Extraordinaire

À ma grande surprise, je cours à travers une ville extraordinaire.

Les quartiers que je traverse sont hallucinants. Je décide de fermer ma montre juste pour profiter de la vue. Les derniers moments de la course sont passés à convertir les pancartes qui m’indiquent les miles en kilomètres. Rien de mieux que de faire des maths en courant pour oublier la douleur des derniers kilomètres.

En traversant le fil d’arrivée, je me suis retrouvé la tête légère, sourire au visage et surtout, ma journée de merde de la veille avait disparu.

Ce que je ne savais pas, c’est que c’était simplement le début d’un week-end magique...