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Le clergé vert

Dominic Champagne
Photo Agence QMI, Simon Clark Dominic Champagne

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Il y a quelque chose que je trouve extrêmement désagréable dans le fameux « pacte de transition écologique » proposé par les artistes, cette semaine.

Demander au gouvernement d’adopter des lois et de poser des gestes concrets pour lutter contre les changements climatiques ? Oui, bien sûr.

Mais m’engager publiquement à « poser les gestes qui s’imposent pour protéger le monde » ?

Apposer ma signature en bas d’un contrat moral ?

Monter sur une scène pour montrer à tout le monde à quel point je suis « responsable, moi » ?

Désolé, mais non.

Entre moi et moi

Comme tous les Québécois, je suis sensibilisé au problème des changements climatiques, et, comme tous les Québécois, je fais mon possible pour moins polluer.

Je ne conduis pas un gros VUS.

Je ne possède pas deux maisons.

Je ne fais pas tourner un avion au-dessus d’un champ toute la journée pour que des gens sautent en parachute.

Je ne possède pas de motomarine.

Je n’ai pas acheté une île privée.

Et je ne suis jamais allé dans l’espace.

Mais mes efforts, je les fais discrètement. Loin des projecteurs.

Cet engagement, je le prends entre moi et moi. Tous les jours de ma vie.

Je ne ressens pas le besoin d’organiser une conférence de presse ou de publier un communiqué chaque fois que je sors mon bac de recyclage ou que je composte mes pelures de patates.

Pour moi, ça tombe sous le sens.

Je ne ressens pas le besoin de transformer mes « vertus » en spectacle, ni de me faire photographier en train de prendre l’autobus pour prouver à la province entière à quel point je suis une « bonne » personne.

Un ange dans mon cahier

Je n’aime ni les clergés ni les confessionnaux.

Qu’ils soient religieux ou laïcs.

Je ne supporte pas les papes, ni celui du Vatican, ni celui du Plateau-Mont-Royal.

Il fut un temps où les « bonnes actions » se faisaient en toute discrétion.

Aujourd’hui, c’est tout juste si on ne se prend pas en selfie quand on donne un « deux dollars » à un sans-abri, afin de faire monter notre cote de popularité et de collectionner les likes.

Désolé, mais je revendique la pudeur.

Pas besoin de dire à tout le monde que je fais un effort.

Je le fais et je ferme ma gueule.

Mes dons, je les fais en secret, pas dans des téléthons diffusés aux heures de grande écoute.

Je suis peut-être vieux jeu, mais j’ai toujours pensé que les gens qui ne cessent d’étaler leurs vertus et leurs bons sentiments en public sont ceux qui ont le plus de péchés à se faire pardonner.

Je n’ai plus 6 ans.

Je ne ressens pas le besoin irrépressible de présenter mon cahier de devoirs à mon prof (ou à Dominic Champagne) pour qu’il colle un ange dans la marge.

Je suis capable de me juger — et de m’encourager — moi-même.

Le syndrome Tony Clément

Pas besoin de m’en remettre à une « instance morale supérieure » qui me donnera ma bénédiction ou me demandera de dire trois Notre Père.

Le sens des devoirs et des responsabilités, c’est comme un pénis.

Pas besoin de le montrer à tout le monde.