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L’urgence d’agir

L’urgence d’agir
Courtoisie

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Je n’ai jamais entendu parler de David Leroux jusqu’à ce que je découvre cet ouvrage au titre intriguant : Anesthésie générale.

Non, il ne s’agit pas d’un ouvrage médical, ou si, peut-être un peu. Mais lorsque j’ai lu la préface de Robert Laplante, je me suis retrouvé lorsqu’il parle de cette « tentation toujours présente de démissionner, de renoncer à poursuivre notre singulière aventure ». Combien de fois n’ai-je pas avoué qu’il est difficile de toujours vivre en minorité dans ses choix de société, combien on se sent isolé et découragé dans la « nébuleuse du multiculturalisme et du narcissisme diversitaire » canadien.

David Leroux
Courtoisie
David Leroux

Dans son plaidoyer pour redonner un nouveau souffle au combat pour la souveraineté du Québec, l’auteur y va d’une charge à fond de train contre la pensée festive qui a envahi toutes les sphères de nos activités, affadissant nos revendications légitimes, les rendant même obsolètes : pourquoi craindre pour la survie de langue française si nous avons accès à tous les biens immédiatement, se disaient sans doute les centaines de consommateurs attendant l’ouverture de la boutique Adidas, rue Sainte-Catherine Ouest à Montréal ? L’universel est partout, abolissons les frontières, militons pour la libération du Tibet, c’est plus noble et réjouissant que la libération du Québec. Ce que l’auteur appelle l’empire du bien et de la fête. Avec la légalisation de la marijuana, cela ne peut que s’amplifier.

Illusions politiques

Pourquoi est-il plus emballant pour la jeunesse de militer pour un parti politique qui ne prendra jamais le pouvoir « ni demain, ni après-demain », se demande Leroux, dans une évidente allusion à Québec solidaire ? Il avance une réponse pleine de bon sens : « Ce genre de prise de position est confortable et donne l’illusion d’une grande implication sociale et d’un militantisme passionné et actif. Il s’agit en fait d’un évitement du véritable engagement politique. » On s’imagine changer le monde un petit combat à la fois, au son d’une musique exotique, place Émilie-Gamelin.

Il s’en prend aussi aux velléités de changement de notre système électoral. Toutes les opinions, toutes les volontés politiques devraient être représentées, clame une certaine gauche éclairée. Il faut rendre le système électoral le plus proportionnel possible « afin que davantage d’opinions politiques minoritaires soient représentées au gouvernement. Or il existe, pour huit millions de citoyens, autant d’opinions différentes d’une société bonne, juste et souhaitable. » Comment gouverner dans une telle perspective idéaliste ? Cela traduit, dit-il, notre désir de consommer des biens sur mesure, tel que l’ont pensé les spécialistes du marketing. Il faut s’ouvrir au monde, quitte à oublier nos aspirations nationales et notre enracinement culturel. C’est ce que l’auteur appelle un état d’anesthésie générale.

Religiosité étouffante

Là où je ne suis plus d’accord avec Leroux, c’est lorsqu’il affirme, comme de nombreux historiens avant lui, que nous devons notre survivance au « conservatisme clérico-nationaliste », à un « certain hermétisme politique et religieux » bénéfique. Je pense au contraire que le peuple québécois – et non l’élite ! – a toujours cultivé son esprit rebelle, antireligieux, irrévérencieux et libertaire. Cela se manifeste par sa haine bien sentie des curés et des soutanes. Nos chansons et notre folklore sont remplis de ces exemples de « mauvais comportements » aux yeux de l’église.

Même si nous avons été élevés, ceux de ma génération et ceux d’avant, dans une religiosité étouffante, nous avons tous en dedans de nous un vieux fond d’anticléricalisme, nous nous sommes tous sentis étouffés par ce clergé qui a voulu coloniser nos idées, nos projets de vie, notre avenir et même notre sexualité. Il faut revisiter cette interprétation de notre histoire récente qui fait de l’éducation religieuse classique le grand vecteur de la Révolution tranquille.

Ceci dit, ce court essai est une petite bombe intellectuelle. Leroux propose diverses solutions pour redonner vie et sens à notre combat pour l’indépendance. Il faut l’écouter et agir dans l’urgence que commande l’état d’apathie générale.