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Ses voisins lui ont fait vivre l’enfer

Ils devront payer plus de 100 000 $ à la propriétaire d’un gîte de Mont-Tremblant pour 20 ans de harcèlement

Claudette Blais
Photo Martin Alarie Claudette Blais

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Un juge vient de condamner deux hommes de Mont-Tremblant à verser plus de 100 000 $ à leur voisine à qui ils ont fait vivre « un véritable enfer » pendant 20 ans, n’hésitant pas à comparer cette cause à celle ayant opposé l’animateur de radio Jeff Fillion à Sophie Chiasson.

Insultes, injures, menaces, roches lancées sur sa voiture, caméra de surveillance vandalisée, appels en pleine nuit : Claudette Blais en a vu de toutes les couleurs depuis qu’elle a acheté sa résidence de la rue du Couvent, en 1996, pour en faire un gîte touristique.

« Quand vos voisins se transforment en geôliers et que vous devenez prisonnière de votre propre maison, tout ce que vous souhaitez, c’est de mettre fin au cauchemar », a décrit le juge de la Cour supérieure Pierre Nollet dans sa décision, la semaine dernière.

Dans un jugement accablant, le magistrat ordonne à Maurice Matte et à son fils Stéphane de cesser tout comportement harcelant envers Mme Blais et d’arrêter d’intimider leur voisine et les clients de celle-ci.

Harcèlement à répétition

Les deux hommes des Laurentides, respectivement âgés de 72 et 51 ans, devront également lui verser 107 023 $ en dommages matériels, punitifs et exemplaires, et en remboursement de frais d’avocats.

Mme Blais, 61 ans, a dû s’adresser à la justice pour faire cesser la « longue période de harcèlement » qu’elle et son conjoint Pierre Chartré subissent depuis deux décennies.

La relation entre le couple et ses voisins s’est particulièrement envenimée depuis 2009. Les policiers sont intervenus à plus d’une centaine de reprises.

Grâce à des caméras de surveillance et à des vidéos filmées avec sa tablette iPad, Mme Blais a amassé des « preuves éloquentes des agissements de messieurs Matte », souligne le jugement.

Dans l’une des vidéos déposées au procès, que Le Journal a pu visionner, on entend le père et le fils hurler des insultes comme « grosse christ de vache », à répétition, en direction de la maison de Mme Blais.

En plus de sa qualité de vie, Mme Blais a perdu des clients en raison du comportement de ses voisins.

Affaire Jeff Fillion

« Tout comme dans l’affaire Chiasson, Mme Blais a été victime d’un harcèlement systématique, caractérisé par une longue campagne de dénigrement à base de moqueries sur son apparence. La seule distinction, si l’on peut dire, c’est que [cela n’a] pas fait l’objet de la même diffusion... », a illustré le magistrat.

Dans cette cause remontant à 2005, l’animateur de radio Jeff Fillion, alors à l’emploi de Radio X, a été condamné à payer plusieurs centaines de milliers de dollars à la présentatrice météo Sophie Chiasson, pour avoir tenu des propos « sexistes, haineux, malicieux, non fondés, blessants et injurieux » en ondes.

Le juge Nollet a cru en la sincérité de Mme Blais, la décrivant comme « une femme détruite par l’acharnement de ses voisins ». Quant aux Matte, ils ont « nié des évidences », a noté le magistrat.

Mme Blais est très satisfaite du jugement.

« J’espère qu’une dénonciation comme la mienne va encourager d’autres gens », a-t-elle indiqué.

Maurice Matte compte interjeter appel de la décision, affirmant être accusé à tort et ne pas avoir été cru par le juge, envers lequel il a tenu des propos peu élogieux.

– Avec la collaboration de Christian Plouffe et de Francis Halin


♦ Stéphane Matte a été condamné à la prison pour avoir commis un méfait sur la voiture de Claudette Blais.

 

Extraits du jugement

Dans sa décision, le juge Pierre Nollet est loin d’être tendre à l’endroit des défendeurs.

« Messieurs Matte ont créé un véritable enfer pour Mme Blais. Ils ont nui à son entreprise, à sa vie de couple, à son intégrité, au respect de sa personne et à la pleine jouissance de sa propriété. »

« Mme Blais s’est sentie impuissante, vulnérable, attaquée, emprisonnée, par les paroles méprisantes et les comportements vulgaires et misogynes de ses voisins. Elle a, avec raison, eu une réaction de peur au point où elle s’endormait avec un bâton de baseball lorsque son conjoint était absent. »

« Dans leur défense, les Matte déclarent avoir toujours agi en respectant les règles du savoir-vivre et du bon voisinage. À l’audition des vidéos dans lesquels [sic] ils traitent à répétition Mme [Blais] de “grosse vache” et de bien d’autres épithètes que la décence empêche de rapporter ici, on peine à s’imaginer ce que serait leur comportement s’ils ne respectaient pas les règles du savoir-vivre et du bon voisinage. »

 

Quand le voisinage dérape

Une haie à 120 000 $

Claudette Blais
Photo d'archives, Roger Gagnon

À Saguenay, deux voisins ont englouti plus de 120 000 $ en frais d’avocats pour une haie de cèdres. Tout a commencé en 2004 quand un premier voisin a coupé leur cime pour avoir la vue sur le Saguenay et les monts Valin, ce qui a irrité les gens habitant derrière et qui ont la haie sur leur terrain. Après une accalmie, la guerre a repris de plus belle quand le temps est venu de la tailler de nouveau. Résultat, après quatre ans de mises en demeure et de lettres d’avocat, un juge a ordonné que la haie soit entretenue tous les deux ans... et les voisins ont perdu 120 000 $.

Le fêtard arroseur arrosé

Claudette Blais
Photo d'archives, Caroline Lepage

À Victoriaville, un homme qui a participé à une cinquantaine de fêtes, entre 2012 et 2015, a été forcé de faire un chèque de 54 000 $ à ses voisins Éric Deschênes et Isabelle St-Jean ainsi qu’à Frédéric Côté et Audrey Leclerc pour ses partys bruyants dans le quartier. Au départ, c’est lui qui réclamait 16 000 $ à ses voisins parce qu’il trouvait qu’ils se plaignaient trop aux policiers, mais les choses se sont retournées contre lui. Non seulement le juge a rejeté la plainte du fêtard, mais il lui a imposé de verser une somme de 54 000 $ pour avoir méprisé les règles de civisme de base.

Un pénis lumineux de 6 pieds

Claudette Blais
Photo d'archives, Magalie Lapointe

À Saint-Jean-sur-Richelieu, les relations entre deux voisins sont tendues au point où l’un d’eux a mis des lumières en forme de pénis dans sa cour arrière pour déclarer la guerre. Durant plus de trois ans, un couple de la Montérégie a donc dû vivre avec un pénis lumineux clignotant. Même s’ils ont déposé des plaintes à la police, les autorités ont été impuissantes : il n’est pas interdit d’avoir un membre lumineux sur son terrain. Le phallus harcelant pourrait cependant être retenu comme élément de preuve dans un éventuel dossier d’intimidation, selon les policiers.

Trois fois en cour en deux ans

Claudette Blais
Photo d'archives, Stéphan Dussault

À Pincourt, un couple a envoyé son voisin d’en face trois fois en cour en deux ans entre 2013 et 2015. Les problèmes ont commencé vers 2010 quand Stéphane Lessard et Michelle Graham se sont plaints du bruit de la famille de Christopher Bissonnette, des ballons lancés par ses enfants ou de l’auto qu’il stationne fréquemment dans la rue, mais devant la maison du couple plutôt que en face de la sienne. Le conflit s’est transporté devant les tribunaux, où M. Bissonnette a dû versé 500 $ au couple à deux reprises. La troisième fois cependant, la juge a sévi contre le couple de la Montégérie qui, selon elle, a envoyé son voisin en cour sans raison valable. « Il faudrait que les parties comprennent la maxime vivre et laisser vivre, et cessent de se rendre mutuellement la vie misérable. Les parties devraient également comprendre que cette escalade de poursuites [...] ne les mènera nulle part », écrit la juge, les condamnant à payer 1000 $.

Les invités aspergés

À Sherbrooke, une femme qui a arrosé ses voisins et leurs invités durant une fête d’enfants devra leur verser 20 000 $, a tranché la Cour supérieure l’an dernier. Depuis plusieurs années, Suzanne Landry ne s’entend pas bien avec ses voisins François Coutu et Francine Provencher. Au tribunal, M. Coutu a rapporté avoir été espionné une centaine de fois par sa voisine à travers ses haies de cèdres. Le couple affirme aussi s’être fait insulter à répétition. À l’époque, Mme Landry avait nié l’histoire au Journal et manifesté son désir d’aller en appel.

– Textes de Francis Halin et d’Antoine Lacroix