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La marde et la coke de Catherine Dorion

Catherine Dorion
Photo Annie T. Roussel Catherine Dorion

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Deux en deux pour Catherine Dorion, la députée de Taschereau, cette semaine. Oubliant qu’elle est maintenant députée, l’activiste Dorion s’est adonnée à la production de vidéos de sensibilisation dont le langage douteux en a fait sourciller plus d’un.
 
Fraicheur, franchise, fin de la langue de bois, les défenseurs de madame Dorion ont vu dans son choix de mots et dans ses méthodes de communication une nouvelle manière de faire de la politique. Mais est-ce vraiment la seule stratégie qu’elle a trouvée pour faire passer son message?
 
Être vulgaire pour vulgariser
 
Le problème, dans la démarche de madame Dorion, se situe beaucoup plus dans la forme que dans le fond. En effet, ses explications à propos des effets négatifs probables du 3e lien ne sont pas dépourvues de sens. C’est surtout la manière de les transmettre qui choque.
 
Par exemple, la nouvelle députée a profité d’un voyage dans un forum de la gauche pour faire le plein « d’alliers » contre le 3 e lien. (Il serait intéressant de savoir qui a payé ce voyage, d’ailleurs...) 
 
Le premier hic dans cette opération, puisqu’il y en a plusieurs, c’est que ce n’est plus le rôle de madame Dorion de défendre uniquement son point de vue personnel ou le point de vue de son parti politique. 
 
Même si elle a été élue sur la base de son programme, la députée de Taschereau a maintenant la responsabilité de représenter TOUS les citoyens de sa circonscription, y compris ceux qui sont en faveur du 3 e lien. 
 
Le second hic, c’est que la majorité des intervenants qu’elle nous a présentés ne comprennent absolument pas ce qu’ils disent. En fait, ils ne font que répéter comme des perroquets les phrases que la députée leur a enseignées. 
 
L’exercice aurait pu être charmant, mais on assiste plutôt à une démonstration pathétique du fait qu’on peut faire dire à peu près n’importe quoi à n’importe qui. Dans le cas qui nous intéresse, on peut surtout leur faire prononcer des grossièretés comme si c’était tout à fait anodin. L’image que la députée donne des Québécois est loin d’être reluisante.
 
Après la marde, la coke...
 
Dans une seconde vidéo, toujours à propos du 3 e lien, madame Dorion illustre la dépendance aux transports automobiles en la comparant à la dépendance à la cocaïne. Est-ce que l’image est intéressante ? Oui. Est-ce que le choix de cette image est le meilleur de la part d’une élue ? Non.
 
On assiste ici à une difficile adaptation de Catherine Dorion à ses nouvelles fonctions. Avec son titre de députée, madame Dorion obtient beaucoup plus de responsabilités que de privilèges. Celle qui s’illustre depuis plusieurs années à titre d’auteure, d’actrice et d’activiste devra éventuellement choisir quel chapeau elle souhaite porter.
 
Le privilège d’être députée devrait inciter madame Dorion à modérer ses ardeurs militantes au profit de tous ses commettants. 
 
Dans une entrevue sur les ondes de Qub Radio, elle insiste sur le fait qu’elle veut demeurer authentique, représenter le vrai monde (en existe-t-il du faux ?), parler coloré, cru et franc. Toujours en entrevue, madame Dorion mentionne qu’elle pense que si on s’attend à ce qu’elle modère ses propos et son ton, on veut « qu’elle ferme sa gueule ». 
 
Mais en quoi parler correctement est-il synonyme de se taire ? Comparer un peu de classe, de nuance et de vocabulaire à une muselière, c’est à la fois réducteur et populiste. Quel que soit le milieu d’où l’on vient, quelles que soient nos convictions, la vulgarité n’a jamais sa place dans l’espace public, surtout dans l’arène politique.
 
Enfin, depuis son élection, Catherine Dorion a fait couler beaucoup d’encre, notamment à propos de son choix de vêtements. Gageons un petit 2$ qu’elle fera des efforts inouïs pour ne pas respecter les conventions vestimentaires lors de son entrée au Salon bleu de l’Assemblée nationale. 
 
Soyons clairs, personne ne lui demande de porter un tailleur Chanel. Manon Massé ne le fait pas, Françoise David ne l’a jamais fait non plus. Toutefois, le caractère solennel du Salon bleu exige une tenue sobre et un certain décorum. Le seul fait d’avoir le privilège d’y entrer devrait inspirer les élus à s’y conduire avec dignité et réserve.
 
Est-ce que madame Dorion saura surprendre en choisissant de se comporter respectueusement dans le plus haut lieu de notre démocratie ? Mon petit doigt me dit qu’elle va plutôt se précipiter sur une autre occasion de faire parler du contenant plutôt que du contenu.