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Gaston Cadrin: amoureux du patrimoine

Chaque semaine, notre chroniqueuse politique Karine Gagnon va à la rencontre de personnalités marquantes de la région de Québec

Gaston Cadrin est un fervent défendeur du patrimoine depuis longtemps. « Le patrimoine, c’est notre histoire, nos racines, c’est un peu pour ça que ça m’a rejoint », assure le fondateur du  Groupe d’initiatives et de recherche appliquées au milieu (GIRAM), qui vise à promouvoir les valeurs patrimoniales, environnementales et le développement durable.
Photo Jean-François Desgagnés Gaston Cadrin est un fervent défendeur du patrimoine depuis longtemps. « Le patrimoine, c’est notre histoire, nos racines, c’est un peu pour ça que ça m’a rejoint », assure le fondateur du Groupe d’initiatives et de recherche appliquées au milieu (GIRAM), qui vise à promouvoir les valeurs patrimoniales, environnementales et le développement durable.

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Fervent nationaliste, Gaston Cadrin regrette que ce courant n’ait pas été davantage porté autant sur le patrimoine que sur la langue. « Tout ça se tient, pourtant », dit ce fondateur du GIRAM, organisme bénévole qui se pose en chien de garde du patrimoine et de l’environnement depuis 35 ans.

Le chemin qui conduit chez M. Cadrin, à Lévis, est parsemé de pièces détachées provenant d’un vieil orgue abandonné et qui ont été transformées en œuvres d’art. De sa maison perchée sur les falaises, le long du fleuve, ce géographe de formation profite d’une vue magnifique sur ce cours d’eau et ses berges, sur lesquels il a beaucoup écrit et réfléchi, soucieux de leur conservation.

Afin d’entreposer ses outils et tout l’équipement qui lui sert à l’entretien du terrain parsemé d’arbres, M. Cadrin a reconstruit un vieux hangar datant de 200 ans, qu’il a déniché à Saint-Charles. Pour le transporter, il a extrait chaque pièce, qui a été numérotée, puis a tout remis en place. Il lui a fallu remplacer certaines pièces trop détériorées, mais la structure a été préservée dans l’ensemble.

Gaston Cadrin est un fervent défendeur du patrimoine depuis longtemps. « Le patrimoine, c’est notre histoire, nos racines, c’est un peu pour ça que ça m’a rejoint », assure le fondateur du  Groupe d’initiatives et de recherche appliquées au milieu (GIRAM), qui vise à promouvoir les valeurs patrimoniales, environnementales et le développement durable.
Photo Jean-François Desgagnés

Il a aussi récupéré les vieilles pierres d’un ancien couvent détruit, derrière le bâtiment principal qu’il a fait construire en s’inspirant des maisons anciennes, sans oublier une vieille laiterie. « Des gens vont en Europe et disent à quel point c’est beau, mais ils ont des réglementations là-bas, dit-il. Ils ont à cœur, ils ont une certaine fierté pour protéger leur patrimoine bâti, alors qu’ici, c’est plus compliqué. »

Racines

Né à Saint-Vallier dans Bellechasse, M. Cadrin a grandi sur une ferme. Très jeune, il a pris l’habitude de demander à ses parents de ne pas jeter les vieux meubles. « Je leur disais : gardez-les-moi », dit celui qui s’est impliqué de façon plus intensive dans la sauvegarde du patrimoine dans les années 70. Il affirme avoir été influencé par des livres sur le patrimoine, comme ceux de son vieil ami Michel Lessard, notamment.

« Le patrimoine, c’est notre histoire, nos racines, c’est un peu pour ça que ça m’a rejoint. Ça allait avec la montée du mouvement souverainiste, et j’étais membre du Rassemblement pour l’indépendance nationale (parti fondé par Pierre Bourgault qui sera dissous en 1968 avec un appel à se joindre au PQ). »

Gaston Cadrin est un fervent défendeur du patrimoine depuis longtemps. « Le patrimoine, c’est notre histoire, nos racines, c’est un peu pour ça que ça m’a rejoint », assure le fondateur du  Groupe d’initiatives et de recherche appliquées au milieu (GIRAM), qui vise à promouvoir les valeurs patrimoniales, environnementales et le développement durable.
Photo Jean-François Desgagnés

Or, à ses yeux, le PQ ne s’est pas plus occupé du patrimoine que les autres partis. Il considère que, pendant que les péquistes étaient au pouvoir, « nos campagnes québécoises se sont dégarnies de leur patrimoine ».

Du temps où il était enseignant en histoire et en géographie, M. Cadrin organisait des excursions avec ses étudiants dans les villages sur la rive sud. À Beaumont, il a lui-même restauré une maison datant du 18e siècle, et qui existe toujours. Il a fait de même avec une demeure de Lévis.

« Aujourd’hui, on refait le même circuit et les maisons anciennes ont disparu », mentionne celui qui s’oppose régulièrement à des demandes de démolition sur le territoire de Lévis. Ses implications dans la cause du patrimoine lui ont d’ailleurs valu, en 1999, le prix Robert-Lionel-Séguin remis par l’organisme sans but lucratif Amis et propriétaires de maisons anciennes du Québec (APMAQ).

Parc magnifique

Plus récemment, M. Cadrin s’est manifesté, avec le GIRAM, pour tenter d’empêcher la Ville de détruire la Maison Rodolphe-Audette, qui a malheureusement fini sous le pic des démolisseurs. Le GIRAM a fait de même pour le Château Beauce de Sainte-Marie.

Les municipalités, déplore-t-il, n’ont souvent pas l’information, la préparation, ni les fonds pour se préoccuper vraiment du patrimoine et pour le protéger. « Les élus, le patrimoine, ça ne les préoccupe pas tant que ça. »

Gaston Cadrin est un fervent défendeur du patrimoine depuis longtemps. « Le patrimoine, c’est notre histoire, nos racines, c’est un peu pour ça que ça m’a rejoint », assure le fondateur du  Groupe d’initiatives et de recherche appliquées au milieu (GIRAM), qui vise à promouvoir les valeurs patrimoniales, environnementales et le développement durable.
Photo Jean-François Desgagnés

C’est de ce constat et d’un réflexe de vigilance qu’est né, en 1983, le Groupe d’initiatives et de recherche appliquées au milieu (GIRAM), qui vise à promouvoir les valeurs patrimoniales, environnementales et le développement durable. « Certains nous ont reproché de trop critiquer, mais il y a beaucoup de dossiers auxquels on a contribué », souligne M. Cadrin, qui est heureux d’avoir pu contribuer à sa manière à la sauvegarde de plusieurs sites, et tout cela en tant que bénévole.

Le géographe pense notamment à la préservation et l’aménagement de la Pointe de la Martinière, espace vert de 125 hectares qui est protégé et qui fait l’objet de divers aménagements depuis quelques années. Le GIRAM a œuvré en collaboration avec quelques partenaires dans l’espoir de « préserver ces terres pour les générations futures ».

M. Cadrin rappelle qu’à la fin des années 70, il y a eu des plans pour y installer un port méthanier. M. Cadrin souligne l’intervention dans ce dossier de l’ancien maire Jean Garon. « C’est grâce à sa volonté qu’on a aujourd’hui un aussi beau parc », dit-il.

En revanche, il regrette de n’avoir pu rien faire pour empêcher la construction d’une petite centrale hydroélectrique au parc des Chutes-de-la-Chaudière. Il espère toujours également voir le Vieux-Lévis et le Vieux-Lauzon reconnus un jour comme arrondissements historiques. « Cela permettrait de mieux encadrer les demandes de démolition et de protéger ces ensembles patrimoniaux à long terme. »

À trois reprises, M. Cadrin s’est présenté à des élections municipales, dont une fois dans l’équipe du regretté Jean Garon. À chacune de ces tentatives, cependant, il a encaissé des défaites électorales. « Je pense que je suis perçu comme un peu trop rebelle, mais je suis parlable pourtant », lance-t-il.

« La démocratie n’est pas vivante »

M. Cadrin a aussi fondé un mouvement, « Lévis Autrement », qui est devenu le parti Renouveau Lévis et qui a fini par mourir dans l’œuf. Il se désole aujourd’hui de constater que « la démocratie n’est pas vivante », à Lévis, en l’absence de toute opposition. À peine une poignée de gens assistent désormais aux séances du conseil municipal, et personne à l’interne ne peut surveiller l’administration actuelle.

« Les gens ont peut-être l’impression que tout va bien, mais il y aurait des questions à poser sur le transport collectif et le patrimoine. » Des questions que M. Cadrin n’hésitera pour sa part jamais à poser, comme le démontre son parcours de vie.

 

En rafale

Abandon de Rabaska

Lorsque le dossier Rabaska a fait la manchette, Gaston Cadrin venait tout juste de prendre sa retraite comme enseignant. Cela lui a permis de s’impliquer davantage au sein du mouvement d’opposition au projet. Il a cosigné l’ouvrage Rabaska, autopsie d’un projet insensé, paru en 2009, et dans lequel on dénonce le processus ayant mené au coup d’envoi de ce projet de terminal méthanier aujourd’hui abandonné. « Notre demi-victoire, ç’a été d’avoir gagné du temps, par les pressions qu’on a faites au niveau des élus, du BAPE. Ç’a permis de retarder la réalisation du projet, la conjoncture a changé et le projet est devenu moins pertinent », estime-t-il, près de 10 ans plus tard.

Les excommuniés de Saint-Michel

Après avoir écrit un ouvrage sur le sujet, en 2015, Gaston Cadrin espère maintenant être en mesure de faire ériger bientôt un « monument de réhabilitation » en mémoire des excommuniés de Saint-Michel-de-Bellechasse. Parmi eux se trouvait son ancêtre, Pierre Cadrin, qui, comme les quatre autres, avait osé contester le clergé qui prônait la soumission aux Anglais. Ceux-ci ont été inhumés, en 1780, sur une terre agricole ayant appartenu à Pierre Cadrin. Leurs corps reposent aujourd’hui dans le cimetière des enfants non baptisés du cimetière de la paroisse. Le monument qui serait offert consiste en une magnifique sculpture en bronze de Lewis Pagé.

Troisième lien

Gaston Cadrin n’est pas convaincu du bien-fondé d’un troisième lien. « Au moment où la planète est vraiment en perdition », il serait temps que les gouvernements interviennent un peu plus (par rapport à l’utilisation de l’automobile) et encouragent le développement du transport collectif, croit-il, émettant par ailleurs des doutes quant aux coûts réels d’un tel projet. À son avis, il faudra documenter le tout beaucoup plus avant de pouvoir se faire une idée, et l’envisager également dans une perspective à plus long terme.