/news/society
Navigation

L’aventure continue pour l’Indiana Jones québécois

L’archéologue retournera sur l’île de Bornéo où a été trouvée la plus ancienne œuvre figurative connue

Maxime Aubert
Photo courtoisie, Justin Mott

Coup d'oeil sur cet article

L’archéologue et géochimiste lévisien dont l’équipe a révélé la plus vieille peinture connue au monde retournera dans les grottes à peine explorées d’Indonésie où elle a été découverte, convaincu que ces lieux n’ont pas livré tous leurs secrets et que des dessins peut-être même plus anciens s’y cachent toujours.

Le chercheur Maxime Aubert n’en est pas à ses premières trouvailles en Indonésie. On le voit ici sur l’île de Sulawesi, lors d’une précédente expédition, il y a quelques années.
Photo courtoisie, Justin Mott
Le chercheur Maxime Aubert n’en est pas à ses premières trouvailles en Indonésie. On le voit ici sur l’île de Sulawesi, lors d’une précédente expédition, il y a quelques années.

«C’est vraiment un trésor de l’humanité», affirme Maxime Aubert à propos du territoire de l’île de Bornéo, où lui et une petite équipe de chercheurs australiens et indonésiens ont mis la main sur une peinture vieille d’au moins 40 000 ans, peut-être même de 52 000 ans.

Le dessin peint sur un rocher, qui montre un gros animal, possiblement un bœuf sauvage d’Asie, a été trouvé dans les années 1990 par un explorateur français. Mais ce n’est qu’il y a une dizaine de jours, dans un article scientifique cosigné par le Québécois, que son véritable âge a été mis au jour grâce à un nouveau procédé de datation.

C’est grâce à un nouveau procédé de datation que M. Aubert et son équipe ont pu établir que cette peinture rupestre, trouvée sur l’île de Bornéo, a au moins 40 000 ans. On distingue un gros animal non identifié, probablement un bovidé sauvage, dans une teinte rougeâtre.
Photo AFP
C’est grâce à un nouveau procédé de datation que M. Aubert et son équipe ont pu établir que cette peinture rupestre, trouvée sur l’île de Bornéo, a au moins 40 000 ans. On distingue un gros animal non identifié, probablement un bovidé sauvage, dans une teinte rougeâtre.

La publication a suscité l’intérêt du monde entier. «Depuis ce temps-là, ça n’arrête pas. J’ai parlé à peu près à 100 personnes différentes [dans les médias], partout à travers le monde, et j’ai encore des demandes», raconte M. Aubert, professeur à l’université Griffith en Australie.

Site à peine fouillé

Le Lévisien s’est installé dans ce pays il y a une dizaine d’années après y avoir mené divers projets de recherche dans le cadre de ses études au Québec. Son intérêt pour le passé ne date pas d’hier : le père de famille se voit encore, jeune adolescent, fouiller le sol de l’île d’Anticosti, où ses parents l’avaient amené, à la recherche de fossiles.

Le chercheur Maxime Aubert n’en est pas à ses premières trouvailles en Indonésie.
Photo courtoisie, Justin Mott
Le chercheur Maxime Aubert n’en est pas à ses premières trouvailles en Indonésie.

Le voilà maintenant en train de tutoyer les œuvres les plus anciennes jamais retrouvées sur Terre, dans des conditions qui rappellent parfois les films d’Indiana Jones, au cœur de la jungle. L’euphorie de sa dernière découverte passée, le scientifique de 41 ans indique que le travail est loin d’être terminé. Il s’envolera donc pour Bornéo l’an prochain.

«On a des peintures à cet endroit-là dans quatre ou cinq montagnes et on a exploré moins de 1 % de ces montagnes-là, donc on en a juste exploré une infirme partie. C’est sûr qu’il y a d’autres peintures, dit-il. [...] Peut-être qu’on va trouver plus vieux.»

La tâche des archéologues ne sera pas aisée, puisqu’une fois les dessins trouvés, encore faut-il qu’une couche de minéraux se soit déposée sur les cavités. C’est elle qui permet aux scientifiques de dater les peintures. Le site est également difficile d’accès. «La clé, c’est de trouver des échantillons qu’on peut dater. Il y a beaucoup de peintures, mais il y en a peu avec un échantillon au-dessus que l’on peut dater.»

L’île de Bornéo, en Indonésie, est notamment reconnue pour la beauté de ses plages.
Photo Adobe stock
L’île de Bornéo, en Indonésie, est notamment reconnue pour la beauté de ses plages.

Mystères à percer

Les mystères à percer sont nombreux, à commencer par les raisons qui ont poussé les hommes à se mettre à l’art. Les premiers «artistes» ont tendance à peindre des animaux imposants, alors que les fouilles archéologiques tendent à montrer que les gens de cette époque se nourrissaient principalement de petits mammifères. «Ça me dit que ces peintures-là, ce n’était pas juste du manger, ça représentait quelque chose de symbolique» avance Maxime Aubert.

Autre énigme, ses recherches démontrent que l’art rupestre a évolué de façon similaire pratiquement en même temps, aux deux extrémités de l’Eurasie, pourtant séparées par des milliers de kilomètres.

Qui est l’archéologue Maxime Aubert?

► Le chercheur québécois a étudié au Cégep de Lévis-Lauzon, à l’Université Laval et à l’Institut national de la recherche scientifique

► Il est établi en Australie depuis 2007

► Il est aujourd’hui professeur à l’Université Griffith (Queensland, Australie)

Un travail de longue haleine

2014

Maxime Aubert participe à la découverte d’une main humaine peinte en négatif il y a au moins 39 900 ans à Sulawesi, en Indonésie.

2016

Son équipe explore les grottes de Bornéo et récupère les échantillons permettant de dater de nouvelles peintures.

Automne 2017

Après analyses, les échantillons révèlent leur âge. Une peinture a plus de 40 000 ans.

2018

Publication de l’article dans la revue Nature, révélant l’âge de la plus vieille œuvre figurative connue.