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Pourquoi Doug Ford n'hésite-t-il pas à s'attaquer aux Franco-ontariens?

Rencontre à Queen's Park du premier ministre Doug Ford et du premier ministre du Québec François Legault
Dominic Chan / Agence QMI Le premier ministre Doug Ford rencontrera le premier ministre du Québec François Legault à Queen's Park à Toronto, Ontario, nov 20, 2018 lundi Sur cette photo: Doug Ford DOMINIC CHAN/AGENCE QMI

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Pourquoi coupe-t-on les services en français en Ontario?

En campagne électorale plus tôt cette année, l’une des ténors du parti de Doug Ford, Caroline Mulroney, avait promis que l’université francophone de Toronto financée à raison de 20 millions de dollars par année. Pas que ce projet passerait à la trappe, mais plutôt l’inverse! Que les Conservateurs allaient y injecter de l’argent neuf!

Pourquoi donc un gouvernement nouvellement élu comme celui de Doug Ford revient-il ainsi, si facilement (et cyniquement) sur sa parole?

Exactement pour la même raison que Justin Trudeau a choisi de sacrifier la gestion de l’offre au Québec dans ses négociations commerciales avec les États-Unis plutôt que de toucher à un pouce de l’industrie automobile en Ontario...

Parce qu’il n’y a pas de prix politique à payer pour de telles décisions. Bien sûr, quelques voix s’élèveront pour dénoncer. Ça durera un temps. Mais rendu le moment de l’élection à venir, ceux qui prennent ces décisions font le pari que cela ne les affectera pas du tout dans l’urne.

Alors ils foncent. Même si c’est impopulaire dans certains petits segments de l’électorat.

Des semaines se sont écoulées depuis que Justin Trudeau a annoncé d’autres brèches dans la gestion de l’offre. Le dernier sondage sur les intentions de vote au fédéral de Ipsos de la semaine dernière montrait que le Parti libéral de Justin Trudeau était bien placé pour balayer le Québec. Il récolte plus du double de chacun de ses adversaires.

Un cout politique à payer pour avoir sacrifié deux fois des pans de la gestion de l’offre au Québec, ce qui fragilise notre modèle d’agriculture?

Non.

Pis le fait d’avoir acheté un pipeline??? Ce Québec qu’on targue d’être vert, pour qui l’environnement est dorénavant si important? Un cout politique à payer pour ça?

Non plus.

Doug Ford devra-t-il payer un cout politique?

La question que l’on peut légitimement se poser c’est la suivante : Doug Ford aura-t-il a payer un cout politique pour le fait d’avoir renié sa promesse et mis la clé dans la porte de ce projet d’université francophone en Ontario?

Rien n’est moins sûr.

D’ailleurs, on a appris aujourd’hui que le gouvernement Ford retirait une subvention de 2.9 M qui avait été promise à La Nouvelle Scène, un théâtre francophone de la région d’Ottawa.

Si les réactions de la presse en général se sont faites plus critiques au cours des derniers jours, au départ, la presse anglophone n’a pas fait un gros plat de ces décisions qui touchaient les services aux anglophones. Et tout cela n’empêche pas le nouveau gouvernement ontarien de continuer à couper dans les services et dans la culture francophone.

Par mon ami Pierre Allard, ex-éditorialiste du journal Le Droit en Outaouais et observateur chevronné de l’actualité en Ontario francophone, j’ai appris à quel point les luttes de nos amis francophones de l’autre côté de la rivière sont dures et rarement garantes de progrès cimentés dans le temps.

Toujours à recommencer. Une perpétuelle lutte de survivance.

Et puis arrive un Doug Ford. Armé de l’argument de la « rigueur budgétaire » et des dépenses folles et du déficit énoooooorme laissé par les prédécesseurs.

« Pas de notre faute! Faut couper! Les dépenses folles des Libéraux! » tel qu’on pouvait le lire dans l’insipide justification de la ministre Caroline Mulroney publiée par le National Post.

Une tempête médiatique à travers laquelle il faut passer. En début de mandat. Pas de quoi fouetter un chat n’est-ce pas? C’est exactement le calcul que font les Conservateurs. De toute façon, comme l’écrivait si bien Michel David dans le Devoir samedi dernier :

« Le président de la Francophonie en Ontario, Carol Jolin, estime que M. Ford ne comprend pas la réalité franco-ontarienne. Il serait sans doute plus exact de dire qu’il s’en fiche. M. Ford fait dans la realpolitik. Il sait très bien que les Franco-Ontariens ne votent pas conservateur. Pourquoi se soucierait-il de leur sort ? »

Denis Gratton, un autre qui en connaît beaucoup sur la réalité des francophones hors Québec, un chroniqueur au Droit, soulignait pour sa part que le Ottawa Sun avait sondé ses lecteurs quant aux coupes de services en français... 79% de ceux-ci disaient appuyer la mesure...

Et Michel David, toujours : « Les deux provinces où le français dispose des assises les plus solides à l’extérieur du Québec ont élu des gouvernements qui semblent y voir un coûteux irritant. Au Nouveau-Brunswick, il est clair que Blaine Higgs [qui fut fondateur dans le passé d’un parti politique qui combattait la dualité linguistique au N-B], un unilingue anglophone dont le parti n’a fait élire qu’un seul député francophone sur vingt-deux et qui compte sur l’appui d’un parti férocement opposé au bilinguisme, ne sera pas un allié de la communauté acadienne. »

Les temps sont durs pour les francophones hors Québec. Blaine Higgs au Nouveau-Brunswick sera-t-il tenté d’imiter son homologue Doug Ford? En situation de gouvernement minoritaire très fragilisé, ce sera plus difficile dans son cas. Mais faudra demeurer vigilant.

En attendant, il faudra voir jusqu’où ira Doug Ford. Mes amis franco-ontariens [et j’insiste là-dessus; de l’Outaouais, juste de l’autre côté de la rivière, ce sont nos collègues, de la famille, des amis] n’ont pas l’habitude de se laisser faire. Ils se mobiliseront, comme à l’époque de l’hôpital Montfort. Cela pourra-t-il faire plier un idéologique comme le PM Ford?

Pour l’heure, rien ne semble ébranler le nouveau gouvernement.