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Les nouveaux insectes nuisibles sous haute surveillance

Les ravageurs arrivent avec les voyageurs et les conteneurs des bateaux

Graham Thurston, le chef entomologiste du laboratoire des plantes à Ottawa, observe une larve de longicorne asiatique. Ces bestioles creusent des tunnels dans les arbres jusqu’à les tuer sur pied. En plus d’engendrer des dommages importants sur les écosystèmes, elles peuvent causer des milliards de dollars de perte pour l’industrie du bois et de l’acériculture.
Photo Agence QMI, Matthew Usherwood Graham Thurston, le chef entomologiste du laboratoire des plantes à Ottawa, observe une larve de longicorne asiatique. Ces bestioles creusent des tunnels dans les arbres jusqu’à les tuer sur pied. En plus d’engendrer des dommages importants sur les écosystèmes, elles peuvent causer des milliards de dollars de perte pour l’industrie du bois et de l’acériculture.

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Des milliards de dollars de perte, des forêts entières décimées, des partenaires commerciaux qui ferment leurs portes aux produits canadiens... Non, il ne s’agit pas d’un film catastrophe, mais de ce qui pourrait nous arriver à cause d’insectes exotiques envahissants.

L’inspectrice québécoise Lucie Gagné a la difficile mission d’éviter ce scénario. Elle travaille au programme de protection des végétaux de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).

Un travail plus difficile qu’autrefois puisque notre environnement est de plus en plus confortable aux insectes venus d’ailleurs grâce au réchauffement climatique.

« Le gros de mon travail, c’est de voir s’il y a de nouveaux ravageurs qui se sont introduits sur le territoire canadien », dit-elle.

Pour y parvenir, son équipe teste actuellement une méthode unique au monde. Elle a posé des pièges à la cime des arbres dans le but d’attraper les insectes en plein vol. Elle fouille aussi les conteneurs des bateaux dans les ports et collabore avec les douaniers qui fouillent les voyageurs aux frontières.

Bois de chauffage

« Les nouveaux ravageurs qui arrivent au Canada, la plupart du temps, n’arrivent pas avec leurs prédateurs. C’est pour ça qu’ils sont si nuisibles, explique Mme Gagné. Ils arrivent dans un nouveau milieu où ils trouvent des plantes qui leur permettent de s’établir, de se multiplier et ils n’ont pas de prédateurs pour les contrôler. Ils ont la voie libre. »

C’est précisément ce qui est arrivé avec l’agrile du frêne, un coléoptère asiatique détecté pour la première fois en Amérique du Nord en 2002.

Les scientifiques du Service canadien des forêts estiment que cet insecte migrant pourrait coûter 2 milliards $ sur 30 ans aux municipalités canadiennes.

L’insecte se répand partout au pays en profitant des déplacements humains, explique Mireille Marcotte, gestionnaire nationale de la division des enquêtes phytosanitaires de l’ACIA.

Elle souligne qu’il profite particulièrement du transport de matériaux infestés comme le bois de chauffage.

« Les gens ne réalisent pas que le bois de chauffage peut être si dangereux », souffle Mme Gagné.

Elle précise qu’une masse d’œufs d’insectes pas plus grosse qu’une pièce de 2 $ collée sur un morceau de bois est suffisante pour provoquer une infestation.

C’est probablement ainsi que le dangereux longicorne asiatique est arrivé dans la région de Toronto en 2003.

 

Bestioles venues d’ailleurs

OTTAWA | Dans un des laboratoires de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, des chercheurs étudient des insectes capturés au pays. Plusieurs d’entre eux pourraient être très nuisibles à l’environnement.

 

Les villes se préparent contre l’ennemi des érables

Des larve de longicorne asiatique qui creusent des tunnels dans un arbre.
Photo Agence QMI, Matthew Usherwood
Des larve de longicorne asiatique qui creusent des tunnels dans un arbre.

Un insecte ravageur qui pourrait détruire les réputées forêts québécoises d’érables à sucre est surveillé de près par les gouvernements.

« [Le longicorne asiatique], c’est le no 1 sur notre liste d’espèces recherchées. On ne veut pas qu’elle arrive au Québec », lance l’inspectrice Lucie Gagné, de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).

Cette bestiole raffole des érables et pourrait ne faire qu’une bouchée des vastes érablières qui font la renommée du Québec, prévient-elle.

C’est pourquoi l’ACIA a déjà formé des acériculteurs à le reconnaître, parce qu’il fait nul doute que l’insecte d’environ 30 mm est à nos portes.

Il a été intercepté à maintes reprises dans des ports d’entrée du Canada et dans des entrepôts, depuis 30 ans. Sa présence à Toronto en 2003 a imposé une mise en quarantaine sur 150 km2 et la destruction de milliers d’arbres pour l’éliminer.

Rien pour le freiner

La grande région de Toronto a dû se battre contre une deuxième infestation en 2013, devant abattre tous les arbres dans un rayon de 800 mètres.

Cet insecte gruge un trou dans l’arbre pour pondre ses œufs sous l’écorce. Puis, les larves creusent de profonds tunnels, de la grosseur d’un 10 cents, pour se nourrir. Sans prédateur naturel chez nous, il s’attaque aussi aux peupliers, bouleaux, saules et ormes.

« On ne veut pas être pris de court », souligne de son côté l’ingénieur forestier à la Ville de Laval Daniel Boyer, qui a demandé à l’ACIA de venir former les employés municipaux à reconnaître le ravageur.

« Il faut développer des réflexes de prévention. Par exemple, on a vu l’agrile [du frêne] arriver, mais c’est un insecte qui est assez difficile à détecter et à contenir », dit-il.

D’ailleurs, il estime que l’agrile causera la perte de 14 % des arbres du territoire lavallois. Heureusement, des traitements existent et environ 2000 arbres par année sont protégés.

« C’est moins cher de traiter que d’abattre un arbre », précise-t-il.

Or, rien n’existe encore pour freiner le longicorne asiatique.

 

Maladie mortelle dans Lanaudière

Une mystérieuse maladie mortelle dort dans les marais de Lanaudière depuis 10 ans dans l’ignorance quasi totale. Il s’agit de l’encéphalomyélite équine de l’Est (EEE), un mal transmis par un moustique.

​« C’est une maladie extrêmement rare, mais très sévère », indique le vétérinaire Jean-Philippe Rocheleau, de l’Université de Montréal. Elle est fatale chez 30 % à 70 % des cas humains et il n’existe aucun traitement.

Heureusement, aucun cas humain n’a jusqu’à présent été répertorié au Québec. Mais 43 chevaux et tout un troupeau d’émeus ont été infectés entre 2008 et 2010 dans Lanaudière, d’après un recensement de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Les chevaux touchés meurent après un à cinq jours dans 75 % à 90 % des cas.

La EEE est transmise principalement par le moustique Culiseta melanura, une espèce native du Canada, tout comme celle qui transmet le virus du Nil occidental (VNO), Culex pipiens.

Maladie incomprise

L’habitat de Culiseta melanura est toutefois très différent de celui de son cousin. Il vit principalement « autour des marais boisés », indique le Dr Rocheleau. Il croise donc moins souvent des humains que Culex, amateur de milieux urbains.

De fait, la probabilité de subir la EEE est bien moindre que celle d’attraper le VNO, souligne Nicolas Ogden, de l’Agence de la santé publique du Canada.

Le médecin explique que les scientifiques comprennent encore mal cette mystérieuse maladie et les conditions climatiques qui la favorisent. Toutefois, une chose est sûre : les secteurs touchés par la EEE se multiplient.

« Il semble y avoir une migration de l’activité virale de l’EEE vers le nord depuis une dizaine d’années », note l’INSPQ.

Le déplacement de la maladie est favorisé par les oiseaux. Piqués par les moustiques, ils deviennent des réservoirs de la maladie et la transmettent à d’autres moustiques au fur et à mesure de leurs déplacements.

Une centaine d’espèces d’oiseaux, dont les canards et les passereaux, peuvent transporter la maladie sans en souffrir, indique le Dr Rocheleau.