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Le virus du Nil fait craindre le pire: 15 décès cet été, un record

Cette maladie n’est pas la seule à être surveillée par les autorités, alors que d’autres s’établissent au Québec

Bloc maringouin moustique
Photo Fotolia

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Près de 200 Québécois ont contracté le virus du Nil occidental cet été, et 15 en sont morts, du jamais vu dans la province. Ce sombre bilan ne pourrait être qu’un début, puisque zika, dengue et autres fièvres exotiques pourraient suivre, à la faveur des changements climatiques.

Les jambes, les bras, la bouche, tout me shakait [...] C’était comme une crise d’épilepsie, mais sans arrêt », se souvient Marco Pellerin, attaqué de plein fouet par le virus du Nil cet été.

Ses proches ne voient plus les moustiques de la même façon. Parce que même si le virus du Nil occidental (VNO) est originaire d’Ouganda, en Afrique, la maladie est transmise par des moustiques indigènes, c’est-à-dire des espèces qui ont toujours vécu ici.

D’après l’Institut national de santé publique (INSPQ), le principal responsable de la transmission du VNO est Culex Pipiens. Il est très répandu en milieu urbain, d’où sa force de frappe sur les humains.

Et ce moustique aime la chaleur. Il avait donc de quoi être actif cette année. Environnement Canada estime que l’été 2018 s’est classé parmi les trois plus chauds de l’histoire.

Notre environnement est de plus en plus confortable pour eux grâce au réchauffement climatique, rendant le tout favorable à leur reproduction.

« Dans les 20 dernières années, on a constaté l’arrivée de maringouins exotiques, provenant d’Asie notamment », indique le Dr Nicolas Ogden, de l’Agence de la santé publique du Canada.

Tigre mortel

Parmi ces voraces suceurs de sang, on trouve les dangereux moustiques tigres, de la famille Aedes, connus pour transmettre la dengue, le zika, le chikungunya et la fièvre jaune, entre autres.

« On en a trouvé à quelques reprises plusieurs années de suite, ce qui suggère que Aedes serait établi », soutient le Dr Ogden.

Spécialistes des voyages sur le pouce, les moustiques Aedes s’accrochent sur les humains en se glissant dans les valises et dans les caisses de transport. Arrivés à destination, il leur suffit d’une population d’oiseaux pour répandre le mal.

Le moustique Culex a quant à lui attrapé le virus du Nil occidental par hasard. N’ayant lui-même jamais volé en Ouganda d’où est originaire la maladie, il pourrait avoir été contaminé en piquant un oiseau infecté, indique Jean-Philippe Rocheleau, vétérinaire et professeur-chercheur à l’Université de Montréal et au cégep de Sainte-Hyacinthe. Il n’en faut qu’un seul pour contaminer toute une population de moustiques.

Ainsi, profitant du déplacement des oiseaux de plus en plus vers le nord et de l’émergence d’habitats favorables à la reproduction des moustiques, le VNO pourrait atteindre la baie James dans aussi peu que 40 ans, d’après une étude parue dans la revue scientifique Global Change Ecology en 2014.

Le virus qui fait perdre le contrôle du corps

Deux hommes qui ont contracté le virus du Nil cet été ont été surpris par la force avec laquelle la maladie les a terrassés, leur faisant perdre toute force musculaire pendant des semaines. L’un d’eux a même le bras gauche toujours paralysé.

« J’ai perdu le contrôle de mon corps », souffle Marco Pellerin, âgé de 51 ans, se souvenant du moment où il a eu peur de mourir.

Le bras gauche de ce contremaître demeure paralysé trois mois plus tard. Mais ses doigts ont récemment recommencé à bouger, dit-il, gardant espoir.

Le virus a aussi paralysé son visage, qui revient lui aussi tranquillement à la normale.

« Je ne souris pas égal », explique-t-il, avec 45 livres en moins depuis qu’il a été malade.

Ses médecins estiment qu’il a été piqué par un moustique autour du 31 août, chez lui, à Terrebonne. Les premiers symptômes seraient apparus deux à trois jours plus tard, alors qu’il était à Cuba.

Rapidement, les douleurs sont devenues insoutenables. Il a été transporté d’urgence dans un hôpital à Holguin, sur l’île des Caraïbes.

Il est resté sept jours à l’hôpital, presque toujours inconscient à cause de l’encéphalite causée par le virus.

Un médecin l’a ensuite rejoint pour l’accompagner en avion afin de rentrer au Québec. Il est resté 23 jours à l’hôpital de Terrebonne avant de reprendre des forces.

Médecins perdus

À Montréal, où au moins 43 personnes ont contracté le virus, Christian Houle se souvient de l’incompréhension que son état semait dans le visage de ses médecins.

Christian Houle a perdu toute sa force musculaire après avoir contracté le virus du Nil cet été. Il a passé trois semaines à l’hôpital. Il s’en est tiré sans séquelles.
Photo Chantal Poirier
Christian Houle a perdu toute sa force musculaire après avoir contracté le virus du Nil cet été. Il a passé trois semaines à l’hôpital. Il s’en est tiré sans séquelles.

 

Greffé du foie, il s’est présenté à l’urgence dès qu’il a commencé à faire de la fièvre. Il est finalement resté près de trois semaines et a subi toute une panoplie de tests.

« Même pour des maladies rares, des infections transmissibles sexuellement et par le sang [les médecins] étaient très perdus, ils n’avaient aucune idée », dit-il, saluant toutefois leur diligence.

Le virus lui a fait perdre toute force musculaire, se rappelant comment il tombait par terre dès qu’il essayait de sortir du lit.

Pourquoi cet été ?

L’Institut national de santé publique du Québec mènera des analyses approfondies des données de surveillance cet hiver afin de comprendre pourquoi le virus a frappé aussi fort cet été.

En attendant, la médecin-conseil chargée du virus du Nil occidental, Alejandra Irace-Cima, rappelle d’être vigilant.

« Le virus du Nil est là pour rester, il est partout dans la province », fait valoir la Dre Irace-Cima, rappelant l’importance d’utiliser du chasse-moustiques.

Sur le dos d’une souris

Souris à patte blanche (Peromyscus leucopus)
Photo Adobe Stock
Souris à patte blanche (Peromyscus leucopus)

La maladie de Lyme connaît une progression fulgurante au Québec de 2011, rapporte l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ).

Pour l’instant, en 2018, les autorités rapportent 189 cas acquis au Québec, mais 289 au total depuis le 1er janvier.

Si la majorité des lieux d’acquisition de la maladie sont en Estrie et en Montérégie, les statistiques de la dernière année montrent que les tiques infectées par la bactérie transmettant la maladie se promènent.

Un cas a été contracté sur la Côte-Nord, et pour la première fois, au Bas-Saint-Laurent

D’ailleurs, des tiques testées dans toutes les régions du Québec par l’INSPQ en 2017 ont montré que seul le Nord-du-Québec était épargné.

Tiques à pattes noires
Photo courtoisie
Tiques à pattes noires

 

Avec le réchauffement climatique, le Québec deviendra le dernier refuge de milliers d’espèces d’animaux et de plantes d’Amérique du Nord, d’ici moins d’un siècle, d’après une étude menée par des scientifiques de l’Université du Québec à Rimouski, du ministère des Forêts et de l’Université McGill.

Selon une analyse publiée dans la revue Scientific Report au printemps, certaines aires protégées d’ici verront ainsi leur population bondir de 530 % d’ici 2100. Mais ces espèces migrantes amèneront avec elles leur lot de calamité.

C’est le cas de la maladie de Lyme, arrivée au Québec en raison de la migration vers le nord de la petite souris à patte blanche.

Réagissant directement aux réchauffements des températures, ces souris se déplacent vers le nord à un rythme de 11 km par an, et chacune peut transporter plus de 200 tiques. Ces souris sont très présentes en Montérégie.

 

 

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