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Mode de vie et santé: un modèle économique à repenser

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Durant la dernière campagne électorale, la santé a encore été un sujet de discussion : accès à un médecin de famille ou à certains spécialistes, temps d’attente pour obtenir un rendez-vous pour un examen ou une procédure, urgences qui débordent et accès à des ressources permettant aux personnes âgées d’être accompagnées dans leurs dernières années de vie. Les sujets sont multiples et les questions importantes.

Il convient maintenant de s’arrêter et de se poser la question suivante : avons-nous vraiment exploré toutes les solutions ? Que se passe-t-il ailleurs dans le monde ? Y a-t-il des modèles, des expériences qui peuvent nous inspirer ?

Malgré tout ce que l’on peut dire sur notre système de santé qui, bien sûr, est perfectible, nous devons d’abord souligner que notre espérance de vie est nettement supérieure à celle de nos voisins du Sud qui n’occupent pas une place enviable sur la liste des pays classés selon l’espérance de vie.

En effet, les États-Unis se situent au 34e rang mondial, alors que le Canada se retrouve dans le peloton de tête avec une 7e position. Un facteur majeur expliquant cette différence est l’accès universel aux soins de santé, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour des dizaines de millions d’Américains.

Je suis stupéfait de constater qu’aux États-Unis, des personnes très âgées et manifestement malades travaillent toujours dans des magasins à grande surface pour pouvoir, entre autres, payer pour leurs soins de santé. Une société responsable doit prendre soin de ses aînés.

Adopter une stratégie

Cependant, pour viser une plus grande espérance de vie en santé, il faut d’abord être en mesure d’adopter de saines habitudes de vie dès le plus jeune âge. Nous devons donc nous doter d’une stratégie pour y arriver. Pour développer des solutions et poser les bons diagnostics, il faut, dans un premier temps, bien se connaître collectivement.

Nous devrions, à tout le moins, avoir accès à autant d’information sur l’état de santé des Québécois que nous en retrouvons sur le tableau de bord de nos voitures qui nous procure maintenant une tonne de données (pression des pneus, pourcentage d’usure de l’huile, source et taux d’utilisation de l’énergie, etc.).

Un tableau de bord de notre santé

À cet effet, la science nous indique clairement que le facteur le plus déterminant de notre santé présente et future est notre condition cardiorespiratoire (capacité à faire de l’effort physique).

Malheureusement, au-delà des questions que les patients peuvent poser rapidement à leurs médecins de famille (qui n’ont ni le temps ni les ressources), ils sont souvent laissés à eux-mêmes, particulièrement lorsqu’il s’agit d’évaluer leurs habitudes de vie et leur condition cardiorespiratoire.

En santé publique, on nous dit de manger mieux et de bouger plus, mais on laisse les patients affligés de maladies chroniques dites de société et leurs médecins sans soutien et sans outils (plus de 800 000 Québécois vivent avec le diabète de type 2).

L’Alliance santé Québec propose une stratégie impliquant des centaines de chercheurs de toutes les disciplines (pas seulement des médecins) qui souhaitent combiner leurs expertises afin de dresser, avec et pour la population, un tableau de bord complet de nos habitudes et de nos milieux de vie, le tout combiné à notre dossier santé afin de comprendre quels sont les facteurs environnementaux, comportementaux et cliniques que nous devrions cibler pour améliorer la santé de toute la population, et ce, de façon équitable pour tous.

D’autres pays sont bien plus avancés que nous en la matière (les Scandinaves, entre autres) et bénéficient de ce tableau de bord national. En Suède, par exemple, l’information (dépersonnalisée) est publique et accessible à tous les citoyens, pas seulement au ministère de la Santé.

Avec une image claire de nos indicateurs de santé et de la façon dont les maladies chroniques sont prises en charge de même que de nos conditions et de nos milieux de vie, nous pourrions développer des solutions porteuses qui cibleraient la prévention des maladies de société. Une économie qui va au-delà de la gestion des maladies en faisant la promotion de la santé aidera à bâtir le Québec de demain.

* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur de la recherche en cardiologie à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Depuis 2015, il est directeur de la science et de l’innovation à l’Alliance santé Québec.