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Les Innus en colère contre le PDG d’Hydro-Québec

Ils l’accusent d’avoir trahi sa parole en se lançant dans une tournée médiatique contre leur projet éolien

Le projet éolien Apuiat, sur la Côte-Nord, est incertain depuis l’élection du premier ministre François Legault, qui a exprimé son opposition au projet qui avait l’appui du précédent gouvernement libéral. Sur la photo, le parc éolien de Carleton-sur-Mer, en Gaspésie.
Photo d’archives, Sébastien Ménard Le projet éolien Apuiat, sur la Côte-Nord, est incertain depuis l’élection du premier ministre François Legault, qui a exprimé son opposition au projet qui avait l’appui du précédent gouvernement libéral. Sur la photo, le parc éolien de Carleton-sur-Mer, en Gaspésie.

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La Nation innue est en colère contre le PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel, en raison de sa tournée médiatique de la semaine dernière où il a répété que leur projet éolien sur la Côte-Nord est inutile pour la société d’État.

Dans une lettre obtenue par notre Bureau d’enquête en août, M. Martel tirait à boulets rouges sur le projet éolien des Innus et de l’entreprise Boralex : Apuiat. Il le jugeait «difficilement recommandable» et estimait que l’achat de sa production causerait des pertes de 1,5 milliard $ à 2 milliards $ à la société d’État.

La semaine dernière, M. Martel a multiplié les apparitions dans les médias, où il a répété qu’en raison de ses surplus d’électricité, Hydro-Québec «n’a pas besoin» d’Apuiat.

Alors qu’ils étaient demeurés silencieux depuis l’élection du nouveau gouvernement, également opposé au projet, les Innus ont choisi de réagir aux propos de M. Martel.

Le chef du conseil des Innus d’Essipit, Martin Dufour, accuse le président-directeur général d’avoir rompu la promesse qu’il lui avait faite le 28 août, c’est-à-dire celle de ne pas intervenir publiquement dans le dossier.

«On est en colère après M. Martel parce qu’il n’a pas respecté sa parole», a-t-il dit dans une entrevue à notre Bureau d’enquête.

Selon M. Dufour, M. Martel avait également promis de recommander au conseil d’administration d’Hydro-Québec d’adopter l’entente de principe conclue pour l’achat d’électricité du projet éolien Apuiat. «Il nous a dit qu’on avait un bon deal avec Boralex et qu’on avait un bon projet», a-t-il dit.

Rencontre

Les Innus vont rencontrer jeudi le premier ministre François Legault, selon qui Apuiat est «inutile et ruineux».

M. Dufour veut le convaincre qu’Hydro-Québec a tort. Il fait valoir des retombées de 1 milliard $ au Québec si le projet va de l’avant. «Les chefs sont furieux, on ne sait plus quels mots prendre pour dire notre frustration envers Hydro-Québec. On était convaincus d’avoir un bon deal sur la table», dit-il.

Les Innus ne sont pas fermés à bonifier l’entente de principe conclue grâce à l’appui du dernier gouvernement libéral. «On est toujours ouverts à collaborer.»

Surplus

Selon Rafaël Bourrelis, directeur du développement de Boralex, Hydro-Québec aura besoin de la production d’Apuiat en 2024, en raison d’une baisse de ses surplus, et ce, même s’il est prévu qu’ils remontent dès 2025.

M. Bourrelis a affirmé en entrevue que le tarif d’achat négocié à 7 cents du kWh est «un des prix les moins chers» au Québec. Il souligne également qu’Hydro-Québec aura besoin d’Apuiat pour son contrat d’exportation au Massachusetts.

Le négociateur des Innus, Marc Genest, a déclaré que les Innus recevront des revenus de 10 millions $ par année, même si «ce n’est pas faux de dire que Boralex peut financer la Nation innue dans le projet», a-t-il confirmé.

Qu’est-ce que le projet Apuiat?

  • Coût : 600 à 700 millions $
  • Emplois : 300 à 400 pour la construction et 10 à 15 pour l’opération
  • Nombre d’éoliennes : 57 sur 113 km2
  • Année prévue d’entrée en service : 2022
  • Lieu : Territoire de Port-Cartier
  • Promoteurs : Boralex, Nation innue et Société renouvelable Canada
  • Puissance installée : 200 mégawatts capables d’alimenter environ 28 000 maisons

Le fil des événements

Décembre 2015

Le ministre des Ressources naturelles d’alors, Pierre Arcand, annonce un partenariat entre le gouvernement, Hydro-Québec et la Nation innue pour un projet éolien.

Septembre 2016

Les Innus s’associent à Boralex pour le projet.

Février 2018

Les promoteurs du projet s’impatientent devant les négociations qui stagnent avec Hydro-Québec.

Mai 2018

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Moreau, renouvelle l’appui à ce projet «de développement économique et social pour les communautés».

Juillet 2018

Le chef caquiste François Legault juge le projet «inutile et ruineux» en raison des surplus d’Hydro-Québec.

Août 2018

Notre Bureau d’enquête publie une lettre exposant les réserves du PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel. Le gouvernement répète son appui au projet et Hydro-Québec conclut une entente de principe avec Apuiat.

Septembre 2018

Notre Bureau d’enquête révèle que l’entente de principe n’exige aucun contenu québécois ; les promoteurs s’engagent volontairement à respecter un seuil de 50 %.

Octobre 2018

Le nouveau ministre des Ressources naturelles, Jonathan Julien, affirme que le gouvernement va analyser le dossier.