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Adaptation scolaire: deux profs sur trois disent avoir été agressés

68% affirment avoir été victimes d’agressions physiques ou verbales

Bloc école Salle de classe, salle d'examen
Photo Adobe stock Parmi les quelque 1046 professeurs qui ont répondu au sondage, plus de la moitié affirment avoir été victimes de violence physique en classe.

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Les enseignants en adaptation scolaire lancent un véritable cri du cœur, alors que la majorité d’entre eux ont été victimes d’agressions physiques ou verbales en classe.

Le constat est «alarmant», selon la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) qui a réalisé un sondage interne uniquement auprès des enseignants en adaptation scolaire, une première.

Ces profs enseignent en classes spécialisées tant au primaire qu’au secondaire, auprès d’élèves qui ont des problèmes de comportement, d’apprentissage ou de santé mentale.

Sur les 1046 profs qui ont répondu à cette enquête, 68 % affirment avoir subi une agression dans les deux dernières années. Parmi eux, plus de la moitié indiquent avoir été victimes de violence physique.

Environ 50 % des enseignants estiment que leur direction, une fois informée de ces agressions, a banalisé la situation, n’a pas agi ou ne savait pas quoi faire, les laissant à eux-mêmes.

Des cas troublants

Dans le cadre de ce sondage, les enseignants ont aussi été invités à décrire des situations vécues. Les exemples sont nombreux :

  • morsures
  • coups de pied, coups de poing
  • attaque avec un objet ou un meuble de la classe
  • une prof traitée de nom chaque jour (salope, pute, grosse vache)
  • menaces de mort

La quasi-totalité des profs interrogés croit par ailleurs que leur quotidien est plus lourd qu’avant, à cause d’une hausse importante des problèmes de santé mentale et d’une plus grande diversité des problématiques parmi les élèves.

La présidente de la Fédération, Josée Scalabrini, a été surprise par «l’ampleur des difficultés et le cri du cœur qui a été envoyé». «Les profs en adaptation scolaire nous disent : on a besoin d’aide. Ils se sentent abandonnés», lance-t-elle.

Au fil des ans, le nombre de classes spécialisées a diminué pour favoriser l’intégration des élèves en difficulté dans les classes ordinaires, rappelle Mme Scalabrini. Résultat : les classes en adaptation scolaire regroupent maintenant des élèves avec des problématiques plus variées que les autres.

Classe méli-mélo

Une enseignante raconte que parmi ses 16 élèves, certains ont une déficience intellectuelle légère, d’autres une dyspraxie, un déficit d’attention ou encore un trouble de langage sévère, un trouble du spectre de l’autisme, des troubles d’apprentissage ou encore des troubles de comportement.

«Oui, ils sont formés pour être en adaptation scolaire, mais pas pour régler tous les problèmes de la société, lance Mme Scalabrini. Ils vivent un grand sentiment d’impuissance et c’est inacceptable.»

De son côté, la Coalition avenir Québec a promis d’augmenter le nombre de classes spécialisées dans le réseau scolaire. Mais encore faut-il le faire «de la bonne façon», souligne Mme Scalabrini.

«Il faut trouver une façon pour que nos enseignants retrouvent le goût d’être à l’école, dans leur classe, avec leurs élèves», dit-elle.

Un constat alarmant

► 68% des enseignants interrogés affirment avoir été victimes d’une agression au cours des deux dernières années.

Parmi eux :

  • 52% déclarent avoir subi une agression physique
  • 84% déclarent avoir subi une agression verbale
  • 24% déclarent avoir subi de la violence psychologique

Source : sondage interne de la Fédération des syndicats de l’enseignement, auquel ont répondu 1046 enseignants en adaptation scolaire en mai dernier

Des cas vécus

► «Quotidiennement, les élèves me traitent de noms (salope, pute, grosse vache), crient sur moi en sacrant. Hebdomadairement, mon équipe et moi sommes victimes d’agressions physiques : morsures, coups de pied, coups de poing, attaque avec un objet ou un meuble de la classe. C’est inhumain.»

► «Un élève très agressif m’a frappée à plus d’une reprise. Il m’a également mordue. J’ai dû aller à l’urgence pour être testée et j’ai été soumise à un suivi sanguin durant six mois. Cela est un échantillon de ce que j’ai vécu comme agression dans les derniers mois.»

► «J’ai reçu des objets lancés par un de mes élèves à plusieurs reprises ainsi que des coups de tête dans le ventre (même élève), en plus d’avoir dû m’interposer (servir de bouclier humain) pour éviter que ce soit les autres élèves qui reçoivent ces objets (chaussures, jouets, chaises, etc.).»

► «J’ai reçu des menaces de mort et j’ai déposé une plainte policière. Malgré que la plainte ait été retenue, il a fallu que j’insiste auprès de ma direction et de ma commission scolaire pour que le jeune change d’école.»

► «Nous recevons à pleine capacité des élèves avec de grosses difficultés de comportement, de santé mentale, des troubles de l’attachement, de la déficience intellectuelle légère [...] Le temps d’enseignement que nous pouvons leur accorder est minime. Trop de gestion ! J’ai surnommé nos classes : “camps de réfugiés scolaires avec maintien académique”.»