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La technologie s’amène au coeur de la forêt québécoise

Des camions autonomes pour pallier à la pénurie de main-d’oeuvre

La technologie s’amène au coeur de la forêt québécoise
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La foresterie 4.0 est à nos portes. Dans un avenir rapproché, on parle de 2025, des camions autonomes pourront transporter du bois sur les chemins forestiers.

En grande première canadienne, un pas de géant a été réalisé en ce sens à La Tuque au cours de l’automne, alors que des chercheurs de FPInnovations ont expérimenté la conduite en peloton sur des routes forestières, à partir de l’utilisation de radar et de données GPS partagées entre deux véhicules.

«La circulation en peloton a été développée pour être utilisée sur des autoroutes. Certains états américains l’autorisent déjà. Cela permet de réduire la trainée aérodynamique pour être capable de sauver de l’essence. En forêt, on utilise la même technologie mais dans un but différent», explique Francis Charette, chercheur principal chez FPInnovations. 

Le premier camion commande l’accélération et le freinage des camions qui suivent. Pour l’expérience menée à La Tuque, des chauffeurs dirigeaient le volant mais ne touchaient pas aux pédales. Pour la prochaine étape, prévue au printemps prochain, des chauffeurs seront toujours présents dans la cabine, mais ils se laisseront diriger par le camion de tête.

«On espère que cette technologie va permettre d’intéresser les jeunes au secteur forestier», affirme M. Charette qui s’est montré satisfait de l’essai mené en collaboration avec l’Université d’Auburn, en Alabama. 

De concert avec l’Université d’Auburn, Transport Canada et Produits forestiers Résolu, un essai de circulation en peloton a été réalisé, les 31 octobre et 1er novembre, à La Tuque. Le premier camion commandait l’accélération et le freinage du deuxième camion. Environ 400 km  ont été parcourus par le convoi. Cette technologie pourrait permettre de répondre en partie à la pénurie de chauffeurs qui sévit dans l’industrie.
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De concert avec l’Université d’Auburn, Transport Canada et Produits forestiers Résolu, un essai de circulation en peloton a été réalisé, les 31 octobre et 1er novembre, à La Tuque. Le premier camion commandait l’accélération et le freinage du deuxième camion. Environ 400 km ont été parcourus par le convoi. Cette technologie pourrait permettre de répondre en partie à la pénurie de chauffeurs qui sévit dans l’industrie.

 

«C’est la première fois au monde qu’on testait la technologie en forêt. On était même un peu surpris. C’est une bonne base pour continuer le développement et espérer l’implanter dans notre horizon de 2025. En forêt les conditions sont très différentes par rapport à l’asphalte.»  

Le chercheur ajoute que, dans le secteur forestier, les gains se définissent surtout par la réduction de la demande de chauffeurs et par l’attraction des jeunes intéressés par les nouvelles technologies. 

Initiatives de l’industrie

L’industrie forestière s’est dotée d’un plan pour automatiser plusieurs aspects de ses opérations. D’ici 2025, l’objectif est de réaliser 25 millions de kilomètres avec des camions autonomes ou semi-autonomes sur des routes forestières, à l’échelle du pays. 

«C’est quand même agressif, mais on vient de réaliser de beaux avancements», se réjouit M. Charette. 

Le deuxième objectif est de récolter 25 millions de mètres cubes de bois avec de la machinerie hautement automatisée et finalement, le troisième consiste à connecter la forêt à la chaîne d’approvisionnement.  

«En forêt, on travaille dans des territoires qui ne sont pas couverts par le réseau cellulaire. C’est donc difficile d’échanger des données en temps réel. On utilise du satellite la plupart du temps et on est limité par le volume de données que l’on peut transmettre parce que ça coûte cher», dit M. Charette.

Une meilleure connectivité permettrait de mieux gérer les secteurs de récoltes et d’ajuster la production en fonction des tendances du marché et non l’inverse comme c’est le cas actuellement.

Le Québec leader dans la construction en bois

 

Le projet Origine de Québec (lors de la phase de construction) a ouvert la voie à un important marché en Amérique du Nord.
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Le projet Origine de Québec (lors de la phase de construction) a ouvert la voie à un important marché en Amérique du Nord.

Le Québec a une longueur d’avance dans la construction en bois d’édifices en hauteur.

 Depuis plusieurs années, les chercheurs s’intéressent aux particularités de ce matériau. Les résultats ont permis à la Régie du bâtiment du Québec de rédiger un guide sur les constructions en bois massif d’au plus 12 étages qui est devenu la référence. 

«La ville de Québec a toujours été en avance. Le premier édifice contemporain de six étages en Amérique du Nord a été construit à Québec. Il s’agit du bâtiment du Fondaction de la CSN qui est érigé sur le boulevard Charest»,  a expliqué Sylvain Gagnon, ingénieur et gestionnaire du groupe Systèmes de construction chez FPInnovations. 

Le projet de condominiums Origine, une tour de 13 étages dont 12 sont bois, toujours à Québec, est venu révolutionner les façons de faire. Il y a aussi eu le projet Arbora, dans le quartier Griffintown, à Montréal, avec ses multiples phases de réalisation. 

«Cela a servi de bougie d’allumage», reconnaît aujourd’hui M. Gagnon. 

Les panneaux de bois lamellé-croisé ont permis la construction d’édifices en hauteur. 

«Actuellement, on construit jusqu’ 20 étages dans le monde, tout en bois», a-t-il ajouté. 

Ces panneaux (cross-laminated timber, CLT), construits à partir d’un procédé inventé en Europe dans les années 1990, sont utilisés dans la construction massive pour compétitionner le béton. Nordic Structures, la société soeur de Chantiers Chibougamau, a développé toute une expertise autour de ce produit. 

Faire du sucre et des tissus avec du bois

 

Fortress Global Enterprises de Thurso fabrique une pâte de cellulose pure qu'elle envoie en Chine pour la fabrication de rayonne.
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Fortress Global Enterprises de Thurso fabrique une pâte de cellulose pure qu'elle envoie en Chine pour la fabrication de rayonne.

Les usines de fabrication de papier photo sont disparues en même temps que les pellicules. À Thurso, Fortress Global Enterprises (FGE) a donné un nouveau souffle à l’une d’elles. Avec le bois, elle fabrique une fibre recherchée dans la fabrication de tissus et bientôt, elle produira du sucre.

 «C’est notre créneau principal. On envoie la pâte de cellulose pure en Chine où ils fabriquent de la rayonne», explique Marco Veilleux, vice-président développement des affaires et projets stratégiques chez FGE, une société canadienne cotée à la Bourse de Toronto.  

L’innovation ne s’arrête pas là. FGE s’apprête à donner le coup d’envoi à la construction d’une usine de démonstration de 30 M$ où elle produira du sucre extrait de copeaux de bois provenant de différentes essences. 

Depuis l’achat des actifs, en 2010, Fortress a investi près de 300 M$ sur le site pour convertir l’usine pour passer de la pâte Kraft à la pâte de cellulose pure et pour construire une usine de cogénération à la biomasse. 

Pour réussir cette transformation, Fortress Global a acheté une usine en Finlande qui a été démantelée et transportée par bateau et par barges jusqu’à Thurso. 

La chimie du bois

La pâte de cellulose est produite à partir de différentes sortes de feuillus. La capacité de production de l’usine est d’environ 200 000 tonnes par année. L’ensemble de la production est dédié au marché asiatique. Les activités roulent à plein régime. L’usine emploie environ 330 personnes.  

«On est solde out. On ne fournit pas», souligne M. Veilleux. 

Il existe trois composantes principales dans le bois : la cellulose, l’hémicellulose et la lignine. Avant le projet de construction d’une usine d’extraction de sucre, l’hémicellulose était mélangée à la lignine pour être brûlées et produire de l’énergie. Bientôt, Fortress pourra purifier l’hémicellulose pour en extraire le sucre (xylitol) pour le vendre à l’industrie de la transformation alimentaire. 

Le xylitol est déjà vendu dans des endroits comme Bulk Barn qui décrit le produit comme un glucide complexe, mais ne représentant que 2,4 calories par gramme. On dit qu’il a le même pouvoir sucrant que le sucre ordinaire.

Les inscriptions en hausse à l’Université Laval

 

Guy Mercier, doyen de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l'Université Laval.
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Guy Mercier, doyen de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l'Université Laval.

Alors que les cégeps et les centres de formation professionnelle de foresterie peinent à attirer des étudiants, les inscriptions aux baccalauréats en aménagement, génie et opérations forestières ont plus que doublé depuis 2009 à l’Université Laval.

«Effectivement, on note une forte augmentation des effectifs étudiants. C’est beaucoup plus fort que les augmentations dans d’autres secteurs universitaires», affirme Guy Mercier, doyen de la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique qui représente tout près de 1500 étudiants. 

Les programmes liés à la foresterie, offerts par l’établissement d’enseignement supérieur de Québec, comptait 330 inscriptions à l’automne 2018 comparativement à 147, en 2009, à l’époque où l’industrie naviguait en pleine tempête. Parmi les trois baccalauréats, la formation en aménagement forestier est la plus attractive. 

Forte demande

«Tous nos étudiants se placent. Même les industriels nous disent qu’ils engageraient plus. On est loin du niveau pour satisfaire l’ensemble du marché», ajoute M. Mercier.

Selon lui, le recrutement suit les ondulations de l’opinion publique qui n’a pas toujours été favorable à l’industrie forestière. 

«L’image de la foresterie avait pris un coup dans l’opinion publique pour toutes sortes de circonstances. Rappelez-vous le film de Richard Desjardins. Même si ce n’est pas encore complètement acquis, le travail qui a été fait pour expliquer le rôle de la foresterie, les pratiques et les engagements qui sont faits pour préserver la ressource portent fruit», poursuit le doyen.

On estime qu’entre 12 000 et 15 000 emplois dans l’industrie forestière seront à renouveler d’ici 5 ans. 

«Les besoins les plus criants dans l’industrie sont davantage au niveau professionnel (DEP) et technique. Ça n’empêche pas qu’au niveau universitaire, il y a aussi des besoins», renchérit de son côté Réjean St-Arnaud, directeur général de Formabois. 

Plus du tiers des travailleurs dans le secteur n’ont pas de formation, souligne M. St-Arnaud. L’arrivée des nouvelles technologies nécessite une amélioration de leurs qualifications. 

Les nombreux usages du bois

  • produits cosmétiques
  • alimentation
  • vêtements
  • chimie
  • produits pharmaceutiques
  • peinture
  • écrans à cristaux liquides
  • soudures
  • polyphénols du vin rouge
  • sabots de frein du métro de Montréal
  • asphalte sur nos routes 
  • serviettes de bain
  • explosifs de coussins gonflables
  • balles de ping-pong