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Le party

Hells Angels Martin Robert
Photo courtoisie

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Aujourd’hui, dans l’une des salles de réception les plus huppées du centre-ville de Montréal aura lieu une célébration très particulière.

Le Journal de Montréal d’hier donnait des détails savoureux. On attend des invités de « prestige » des diverses factions du monde interlope. Le gratin, quoi.

Ils ne se cachent même plus.

Stratégie

Il y a du crime organisé dans un tas de pays. Mais il est habituellement plus discret.

Aux États-Unis, en Italie, en France, ces gens essaient, autant que possible, de voler sous le radar pour ne pas, comme ils disent, s’attirer la « chaleur » des pouvoirs publics.

Dans ces pays, ceux qui font trop les smattes devant les médias se mettent à risque, car ils mettent à risque toute l’organisation.

Clairement, chez nous, ce n’est pas pareil.

Chez nous, non seulement les bandits s’affichent, mais je soupçonne que tout cela est pensé, planifié, s’inscrit dans une stratégie.

Quelle stratégie ?

Il ne s’agit pas seulement de narguer les autorités.

Il s’agit aussi d’imposer dans nos esprits l’idée de leur inévitabilité, de nous faire comprendre qu’ils sont si puissants, si intouchables qu’ils font ce qu’ils veulent, où ils veulent, quand ils le veulent.

Et comme ils sont intouchables, pourquoi lutter ? Pour autant qu’ils se tuent entre eux et ne dérangent pas le monde ordinaire...

Ils veulent nous amener à les voir comme des gars un peu carrés, certes, mais qui font leurs affaires, et avec lesquels vous n’aurez pas de problèmes si vous les laissez tranquilles.

Comme disait l’humoriste Mike Ward, tant qu’on ne les écœure pas, ce sont des « very good guys ».

Mieux encore, si l’un d’entre eux vient habiter près de chez vous, le quartier sera tranquille, tranquille, tranquille.

Il vous prêtera même ses « câbles à booster ».

On voit ce genre de sans-gêne de la part du crime organisé au Mexique, en Colombie, en Russie.

Mais au Québec ? Oui, au Québec.

Ce ne fut pas toujours ainsi. Ils ont connu un long passage à vide.

S’ils reviennent maintenant en force, s’ils ont choisi le Québec comme base d’opérations, s’ils s’affichent ainsi, c’est qu’ils ont vu ici des failles, des vulnérabilités qu’ils n’ont pas vues ailleurs.

Comme on dit en jargon de chambre de commerce, le contexte d’affaires est bon pour eux ici.

Moralité

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Les pouvoirs publics ont baissé la garde, nous les avons laissés faire, et le crime organisé en a profité.

Quand Serge Ménard était ministre de la Sécurité publique, il disait que la lutte au crime organisé, c’est comme le ménage : un éternel recommencement.

Une société qui s’habitue à ce spectacle, qui le regarde avec une fascination teintée d’un soupçon d’admiration qu’elle n’avouera pas, qui s’en amuse presque comme s’il s’agissait d’une télé-réalité, est une société moralement avachie et déréglée.