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La pourriture saoudienne

La pourriture saoudienne
Photo AFP

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C’est «une boule de démolition». «Il est fou».  «Il est dangereux». Voilà ce que dit le sénateur Républicain Lindsey Graham à propos du prince héritier Mohamed Ben Salman. 

Mardi, à huis-clos, devant un comité bipartisan du Sénat, la directrice de la CIA a expliqué le comportement du prince saoudien et son implication dans le meurtre de Jamal Khashoggi. Un rôle central et déterminant pour lequel un jury mettrait une demi-heure à le trouver coupable, ajoute le sénateur du Tennessee, Bob Corker, un autre républicain.

Il est rarissime, sinon inédit, que des sénateurs aient des paroles aussi dures à l’égard d’un allié des États-Unis. Mais en même temps, il est clair que les sénateurs tentent de ménager le gouvernement saoudien. Ils cherchent uniquement à faire tomber le prince héritier.

Naïveté

Quelle naïveté ! Mohammed Ben Salman n’est pas responsable du régime saoudien, il en est le sous-produit. Si les bons sénateurs, tant républicains que démocrates, se donnaient la peine de gratter un peu au-dessous de la surface mielleuse de ce régime, ils découvriraient un pays totalitaire tenu par une idéologie politique et religieuse abjecte, le wahhabisme.

Un pari

Les sénateurs font pourtant le pari qu’il est encore possible de sauver l’alliance avec l’Arabie saoudite, pour peu que Mohammed Ben Salman ne soit pas choisi comme successeur au roi. Les sénateurs estiment que tant que le prince héritier demeurera au pouvoir, cette alliance pourrait se retourner contre les Américains. Pour montrer qu’ils sont sérieux, plusieurs sénateurs ajoutent qu’ils ne soutiennent plus la guerre que mène l’Arabie saoudite au Yémen. Mais il n’est pas certain que les États-Unis puissent dégommer Mohammed Ben Salman de la succession du trône. Parce qu’il a accumulé beaucoup de pouvoirs.

Encore pire

Pour ajouter à la complexité du problème, le refus de Donald Trump de condamner Mohammed Ben Salman nuit à la réputation internationale des États-Unis. Ce refus nuit aussi à Trump lui-même, dont le jugement paraît très mauvais, encore une fois. Trump acceptera-t-il de lâcher le prince héritier ? Un prince qui est de surcroît un grand ami de son gendre et conseiller David  Kushner ? Et l’Arabie saoudite est un grand allié d’Israël...

Colère et gilets jaunes

Les gouvernements du monde entier tardent à saisir l’étendu de la colère contre l’Arabie saoudite, tant dans le monde musulman qu’ailleurs. Il est vrai que les Saoudiens paient bien et qu’ils font marcher rondement plusieurs entreprises à travers le monde. Mais justement, n’est-ce pas entre autres contre ce genre d’hypocrisies que s’élèvent des mouvements comme ceux des gilets jaunes en France ?

Malheureusement pour les dirigeants qui veulent sauvegarder l’alliance entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, l’opinion publique américaine a commencé à saisir qu’il y avait quelque chose de pourri au royaume des Saoud. Il est vain de tenter de lui cacher l’ampleur de la pourriture de ce régime.