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À l'école avec son criminel

Le Séminaire des Pères Maristes
PHOTO D'ARCHIVES, JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS Le Séminaire des Pères Maristes

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En déclenchant une enquête dans le dossier du partage de photos explicites d’étudiantes de l’école privée des Pères Maristes, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, fait preuve de leadership et d’empathie à l’égard des très jeunes femmes qui ont vu des clichés de leurs parties intimes diffusées sur les réseaux sociaux sans leur consentement. Des images – rappelons-le – obtenues de façon plus que douteuse.

L’affaire est à ce point sérieuse que le procureur de la Couronne au dossier a déposé 18 chefs d’accusation contre 5 adolescents, dont 3 ont plaidé coupables. Certains de ces jeunes hommes fréquentent même encore l’école où étudie toujours l’une des victimes!

J’ose à peine imaginer comment l’étudiante se sent quand elle croise dans les corridors de l’école ceux qui leur ont fait vivre l’enfer.

Comment est-ce possible qu’une victime d’actes criminels – car c’est bien de ça dont il s’agit, n’ayons pas peur des mots – soit obligée de fréquenter quotidiennement des individus reconnus coupables de gestes graves à son endroit.

Accepteriez-vous d’être, chaque jour, dans le même bâtiment qu’un ou plusieurs individus qui vous ont tellement fait de mal que la justice criminelle a dû sanctionner leurs comportements?

La mère de la victime a écrit une lettre à la direction de l’école. Radio-Canada en a obtenu copie : «(...) la sécurité physique et psychologique [de sa fille] a été affectée. (...) La cohabitation avec les garçons impliqués est nocive pour elle.»

Malgré tout, rien n’y fait. Les garçons sont encore bienvenus à l’école.

Pas de contestation

La direction de l’école n’a pas l’intention d’entamer des démarches pour obtenir un nouveau jugement qui pourrait contrecarrer une ordonnance émise au mois d’août.

À la fin de l’été, le juge Daniel Dumais de la Cour supérieure ordonnait à l’établissement de réintégrer en ses murs trois des adolescents en cause dans cette affaire parce qu’ils ne faisaient face à aucune accusation.

Or, aujourd’hui, la situation est tout autre. Je le répète, non seulement 18 chefs d’accusation ont été formellement déposés, mais certains de ces jeunes accusés ont plaidé coupables.

La position de la direction des Pères Maristes et des parents des garçons, qui tiennent à ce que leurs rejetons restent dans cette école, est tellement absurde, grossière et sans égard aux victimes reconnues que l’entrée en scène du ministre de l’Éducation est non seulement bienvenue, mais nécessaire et à saluer.

Une attitude de gros bon sens

Mardi, le nouveau ministre de l’Éducation et père de deux adolescentes a remis les priorités dans le sens du monde.

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge
Photo d'archives, Simon Clark
Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

D’abord, Jean-François Roberge a fait preuve d’empathie et de bienveillance à l’égard de celle qui doit supporter l’inacceptable.

Lors d’une mêlée de presse, il a mentionné dans une déclaration remplie de bon sens qu’il espère que l’école a les ressources professionnelles pour accompagner la victime et qu’elle peut en prendre soin. «Et c’est de ça que je m’inquiète en ce moment.», dit-il.

Protecteur de l’élève

Le ministre s’est également engagé à ce que le rôle du protecteur de l’élève soit revu et corrigé sur deux aspects prioritaires.

D’abord, que les écoles privées soient munies d’un protecteur de l’élève afin que les jeunes qui fréquentent ces établissements et se sentent brimés dans leurs droits puissent se faire entendre. Ensuite, qu’un processus d’appel soit instauré.

J’ignore si un protecteur de l’élève aurait changé quoi que ce soit dans une histoire aussi triste et pathétique que celle-là.

Mais quoi qu’il en soit, l’intervention du ministre a ceci de rassurant et de fondamental :

Dans son essence, elle dit aux victimes qu’elles ont raison de trouver que tout ce cirque n’a pas de sens.

Il leur dit : «Je considère ce que vous vivez!»