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S’habiller «propre» ou pas à l’Assemblée nationale?

Catherine Dorion, députée de Québec solidaire.
Photo Simon Clark Catherine Dorion, députée de Québec solidaire.

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S’habiller «propre». Dans ma jeunesse, lorsqu’on faisait attention à notre tenue vestimentaire, c’est comme ça qu’on le disait.

Pauvre ou riche, c’était une manière de se respecter soi-même et de respecter les autres.  

«Habille-toi propre Josée! On va magasiner». «Habille-toi propre Josée! On va à la messe.» «Habille-toi propre Josée! On va visiter grand-maman.» «Habille-toi propre Josée! On va au restaurant.» «Habille-toi propre Josée! On va voir le docteur.» Etc...

Dans la mini controverse entourant les tenues, disons, plus éclatées de Catherine Dorion et Sol Zanetti, deux des dix députés de Québec solidaire, c’est un peu de cela dont il est question.

Le Journal rapporte en effet que les deux députés, lorsqu’ils sont à l’Assemblée nationale, préfèrent continuer à s’habiller comme ils le font dans leur vie de tous les jours : espadrilles, jeans, bottes Doc Martens, etc.

Selon M. Zanetti : «Beaucoup de choses ne sont écrites nulle part et sont le fruit d’une espèce de tradition qu’on ne remet pas beaucoup en question. Je pense que si (l’Assemblée nationale) est vraiment la maison du peuple, tout le monde devrait pouvoir y venir en demeurant ce qu’il est.»

Pour Mme Dorion : «Je m’habille pour me sentir moi, pour ne pas me sentir déguisée. (...) Il y a peut-être, dans la diversité de s'exprimer, autant ce qu'on a l'air de comment on parle de toutes sortes de manières, qui peut faire qu'on peut aller chercher plus de monde». Voilà qui a le mérite d’être clair.

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Candeur

Ceux et celles qui me lisent le savent déjà. Sans partager sa vision politique, j’apprécie la candeur et l’honnêteté intellectuelle de Catherine Dorion.

Le fait que sa tenue vestimentaire serve aussi à montrer à la population que le parlement n’est plus réservé qu’aux «avocats et aux médecins» de ce monde, est également rafraîchissant.

Du moins, en théorie. En pratique, par contre, c’est plus nuancé.

Je suis sûrement «vieux jeu», mais je suis de celles et ceux qui croient encore à l’importance d’un certain décorum dans certaines circonstances.

Nous parlons d’ailleurs ici d’un parlement et non pas d’un gala d’artistes dont la fonction première est justement d’afficher, concrètement, la créativité de chaque artiste. Y compris par son «look» vestimentaire.

Un parlement est certes la «maison du peuple», mais il est aussi le siège de sa représentation politique. Or, cette représentation se fait tout d'abord par le biais des idées et des projets dont les élus débattent. Pas nécessairement par leurs vêtements...

Sans verser pour autant dans les tailleurs Chanel ou les cravates en soie italienne, il reste que par respect pour la fonction, l’institution dans laquelle ils siègent et les citoyens qu’ils représentent, à mon très humble avis, les élus peuvent très bien avoir des tenues vestimentaires flexibles, mais elles se doivent d’être tout au moins conséquentes avec la fonction.

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Bien dommage

Remarquez que dans la société en général, s’habiller «propre», comme on disait, est de plus en plus rare. Et c’est bien dommage parce que cela particpe aussi de la bienséance et de la courtoisie.

Or, on s'en éloigne de plus en plus. On voit même des gens se présenter l’été dans des salons funéraires avec bermuda et sandales!  C’est pour dire.

Le laisser-aller vestimentaire dans des occasions où le contraire devrait être le cas, s’inscrit aussi dans un recul  généralisé des règles les plus élémentaires de politesse en public. Y compris même dans des commerces.

On se fait tutoyer illico comme si de rien n’était.

On se fait royalement ignorer pendant que des employés jasent de leur vie.

On reçoit les portes en plein visage parce que la personne qui nous a précédé ne l’a pas tenue pour le suivant.

Les mots «s’il vous plaît», «merci» et «pardon», ne s’entendent que rarement.

Les cyclistes nous passent sous le nez pendant qu’ils traversent la rue sur un feu rouge.

Dans les métros et les bus, tout le monde, ou presque, est trop rivé sur un écran pour sourire ou saluer son voisin. Les aînés et les femmes enceintes restent debout par faute de personnes prêtes à leur céder leur siège.

En pleine saison de la grippe, ça vous tousse et vous éternue en plein visage sans le faire dans leur coude ou sans s’éloigner pour le faire. Désolée, mais ça aussi, c’est un manque flagrant de respect et de courtoisie pour les autres.

Que ce soit pour ces exemples ou d'autres, je ne dis pas que c'est toujours le cas, mais c'est trop souvent le cas.

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Un détour?

Vous me direz que je fais un bien grand détour pour «contextualiser» la question des tenues vestimentaires dans certaines circonstances.

Pas si sûre de ça. Je pense au contraire que ça forme un tout dont nous avons de moins en moins conscience.

Vous me direz peut-être aussi qu’il y a encore des gens courtois et polis. Et vous aurez raison. Bien entendu.

Il n’en reste pas moins que le manque de courtoisie gagne du terrain... et vite.

Et je n’ai même pas parlé des médias sociaux!

Cela dit, les députés Catherine Dorion et Sol Zanetti ne commettent tout de même pas un crime contre l’humanité en s’habillant comme ils le font à l’Assemblée nationale.

Cela n’a rien d’indécent, ni de choquant. Le manque d’éthique est un phénomène beaucoup plus «indécent».

Le massacre du système de santé et de services sociaux sous le tandem Barrette-Couillard est un phénomène beaucoup plus «indécent».

L'état lamentable de plusieurs de nos écoles publiques et notre taux insuffisant de diplomation sont eux aussi des phénomènes beaucoup plus «indécents» qu'une camisole ou une paire de jeans au parlement.

Ce que j’avance tout simplement est que la courtoisie envers leur fonction et l’institution parlementaire, me semble-t-il, commande néanmoins aux élus un respect pour le décorum nécessaire.

Ce qui, une fois constaté, ne doit pas pour autant faire de l’ombre à l’essentiel : ce que disent, ce que proposent et ce que font (ou pas) les élus pour leurs citoyens et la société québécoise.

Mais qui sait? Peut-être que les deux députés, finalement, auront eu raison. Peut-être que l’Assemblée nationale a besoin d’être un peu secouée dans ses habitudes.

Peut-être que je suis trop tatillonne. La courtoisie, pourtant, c'est tellement plaisant.

Au-delà de la mini controverse, une chose est sûre: les deux députés de Québec solidaire savent comment parler à leur base.

Sans compter leur sens exceptionnel du «marketing» politique...