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L’homophobie a-t-elle sa place dans la musique de Noël?

«Le monde change, mais les oeuvres, elles, demeurent solidement campés dans l’époque ou elles ont été créées.»

L’homophobie a-t-elle sa place dans la musique de Noël?

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Alors que la censure de Baby It’s Cold Outside déchire la Toile, une autre chanson de Noël est actuellement sur la sellette pour des raisons semblables: Fairytale Of New York de The Pogues.

Un chroniqueur dénonce son utilisation du terme homophobe faggot. Notre collaborateur Philippe Melbourne Dufour se prononce sur le sujet.


L’homophobie a-t-elle sa place dans la musique de Noël?

Pour la réponse courte: nous sommes en 2018 et l’homophobie n’a sa place nulle part.

Pourquoi, alors, est-il aussi facile pour nous de faire l’apologie de l’utilisation de termes dérogatoires dans certaines œuvres estimées?

Si vous demandez à un mélomane «quelle est la meilleure chanson de Noël moderne», il y a de très fortes chances que sa réponse soit Fairytale of New York du groupe punk-celtique irlandais The Pogues.

La chanson est présentée comme une conversation entre un couple – interprété par Shane McGowan et la regrettée chanteuse britannique Kirsty MacColl – qui se dispute le jour de Noël.

L’homme du couple passe la veille de Noël dans une cellule de dégrisement, tandis que sa copine, elle, lui reproche de lui avoir volé ses meilleures années.

Malgré la prémisse sombre de la chanson, le tout se déroule sur un air festif et enjoué, et dans les paroles, on retrouve plusieurs références à la chanson irlandaise traditionnelle.

La chanson, qui se veut aussi comme une lettre d’amour à New York (ville que McGowan a qualifiée de meilleure ville au monde a plus d’une reprise), contient toutefois un mot problématique.

 

Et ce mot est faggot (traduction libre: tapette).

Dans une trollée d’insultes adressées à son conjoint, la protagoniste de la chanson lance: «You scumbag, you maggot, you cheap lousy faggot, Happy Christmas, your arse, I pray God it's our last».

Bien que l’auteur de la pièce n’a toujours pas précisé son intention, certains prétendent que, dans le contexte de cette pièce, le mot est utilisé que comme une insulte et non pas un moyen de dénigrer la communauté LGBTQ+.

Quelques sources plus ou moins fiables, affirment également  que faggot réfère à quelqu’un de paresseux et peu vaillant en Irlande.

Les temps ont toutefois changé et le poids du mot faggot est maintenant plus important qu’il l’était en 1987, au moment de la parution de Fairytale of New York.

La BBC n’a jamais cessé de diffuser le classique moderne, mais depuis une dizaine d’années, le mot problématique est censuré.

«Chers hétéros...», une chronique qui fait réagir

Ce compromis plaît à Tom Haynes, éditeur associé du journal étudiant londonien The Tab, qui ne veut pas voir la chanson être bannie. Toutefois dans un éditorial récemment publié, il déplore le fait que les fans de la chanson se permettent de hurler ledit mot lorsqu’elle joue dans un endroit public.

Haynes a comparé faggot au mot nigger, disant que les gens démontrent beaucoup plus de sensibilité par rapport à ce dernier.

Depuis mardi, sa chronique Dear straight people, stop singing the word ‘faggot’ in Fairytale of New York circule beaucoup au Royaume-Uni où la chanson joue beaucoup plus qu’ici et sans grande surprise, n’a pas été bien reçu.

Les reproches prévisibles de censure, rectitude politique, social justice warrior et de bien-pensants abondent dans les commentaires. De l’autre côté de la médaille, plusieurs membres de la communauté LGBTQ+ ainsi que des alliés ont affirmé ressentir le même malaise que Haynes par rapport à la facilité que certaines gens ont à dire ce mot dans le contexte d’une chanson sans prendre en considération les conséquences.

À propos de la nature humaine

La réfraction au changement fait partie de la nature humaine, surtout quand ça s’applique à des évènements majeurs, comme Noël.

Nous l’avons constaté à nouveau suite aux réactions du public la semaine dernière quand plusieurs stations de radio ont annoncé qu’elles ne diffuseraient plus la pièce Baby It’s Cold Outside, en marge du mouvement #metoo.

Il n’y a pas de réponse facile à ce débat. Le monde change, mais les œuvres, elles, demeurent solidement campées dans l’époque ou elles ont été créées.

Personne ne vous demande d’arrêter d’aimer vos classiques, seulement de les aimer avec plus d’ouverture et d’empathie... et surtout s’abstenir de gueuler certains mots blessants.