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MRC de La Jacques-Cartier: des usagers du transport adapté laissés à eux-mêmes

Des problèmes budgétaires provoquent des coupes difficiles à accepter pour les utilisateurs

Sara Beaumont, rendue invalide par un grave AVC, trouve «dégueulasse» que des gens handicapés soient les victimes de ces coupes budgétaires.
Photo Simon Clark Sara Beaumont, rendue invalide par un grave AVC, trouve «dégueulasse» que des gens handicapés soient les victimes de ces coupes budgétaires.

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Des usagers du transport adapté de la MRC de la Jacques-Cartier déplorent d’importantes diminutions du service, certains bénéficiaires étant transportés plusieurs heures avant leur rendez-vous alors que d’autres se sont tout simplement fait refuser des déplacements en raison de difficultés budgétaires.

Sara Beaumont, rendue invalide par un grave AVC, trouve «dégueulasse» que des gens handicapés soient les victimes de ces coupes budgétaires.

«On voit des émissions de télé où ils sauvent des animaux qu’ils ramassent sur le bord du chemin. Les villes ont du budget pour ça, mais pas pour les gens handicapés», se questionne la jeune femme de 29 ans, résidente de Fossambault-sur-le-Lac, qui utilise le service pour des rendez-vous spécialisés en réadaptation dans un gym.

Depuis deux mois, elle raconte que les habitudes de transport ont grandement changé dans la MRC de la Jacques-Cartier. Par exemple, pour un rendez-vous prévu en milieu d’après-midi, on lui propose d’aller la chercher vers 10 h le matin, une offre à prendre ou à laisser.

«Et ils me disent de m’occuper en attendant, d’aller magasiner. C’est un manque de respect et d’empathie», déplore la jeune femme.

«Pas de maudit bon sens»

D’autres usagers se sont confiés au Journal sur leurs récents déboires avec le service de la MRC, qui couvre huit municipalités de la couronne nord de Québec.

Lucette Levasseur doit déjà se rendre à l’hôpital trois fois par semaine pour subir de la dialyse. C’est lorsqu’elle a des rendez-vous supplémentaires qui s’ajoutent qu’elle a des problèmes avec le transport.

«J’ai demandé deux transports supplémentaires dans les dernières semaines et ils voulaient venir me conduire trois heures avant mon rendez-vous», raconte la dame qui se déplace en chaise roulante. «Ça n’a pas de maudit bon sens, je passe déjà des journées complètes à l’hôpital», déplore Mme Levasseur, qui peine à obtenir des explications.

Chantal Verreault s’est quant à elle fait refuser un transport qu’on lui avait toujours accordé par le passé. Elle aussi en chaise roulante, elle sort de la maison une fois par semaine pour des cours de peinture, desquels on la prive maintenant.

«Ça faisait un an et demi. Ils m’ont dit devoir prioriser les gens qui travaillent, qui étudient ou qui ont des rendez-vous médicaux et je comprends tout à fait, c’est normal. Mais la santé, c’est aussi psychologique, c’est avoir des activités», fait remarquer la dame qui se sent isolée par cette restructuration.

Problèmes de financement

À la MRC de la Jacques-Cartier, on invoque des difficultés budgétaires pour expliquer la récente réorganisation, remettant la responsabilité sur le gouvernement provincial. L’organisme affirme qu’une hausse de l’achalandage «sans que le financement ne suive» les force à resserrer les cordons de la bourse.

«De plus, en raison de la configuration du territoire et de la centralisation des services, les déplacements hors territoire représentent maintenant la très grande majorité des transports», explique le préfet de la MRC, Michel Beaulieu.

Selon les données transmises par la MRC, le financement du ministère des Transports pour le transport adapté a augmenté de 14% entre 2012 et 2017, alors que la part des municipalités a bondi de 195%. L’achalandage a quant à lui doublé sur cette période.

Appel au gouvernement pour plus de financement

La MRC de la Jacques-Cartier et d’autres organismes invitent le nouveau gouvernement caquiste à réfléchir au financement du transport adapté dans la province, de plus en plus déficient selon eux.

Les organismes déplorent que l’aide gouvernementale au transport adapté n’ait pas suivi les hausses d’achalandage constantes des dernières années. Et la situation ne serait pas unique à la MRC de la Jacques-Cartier.

«Plusieurs territoires du Québec rencontrent, eux aussi, une problématique de sous-financement de leur transport adapté et une augmentation de leur clientèle. Nous avons confiance que le nouveau gouvernement sera attentif à notre réalité et à nos demandes», souligne le préfet Michel Beaulieu.

Implication du gouvernement

À la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), on rappelle qu’une résolution conjointe a été envoyée au gouvernement l’an dernier pour demander un rehaussement du financement dans la Jacques-Cartier.

La MRC et l’organisme souhaitent que le gouvernement finance 75 % du transport adapté, jusqu’à concurrence de 350 000 $. La part gouvernementale en 2017 était de 33 % du budget total de 400 000 $.

«C’est un peu prématuré au niveau des représentations auprès du nouveau gouvernement, mais nous demandons de se commettre pour une période de cinq ans, soit jusqu’en 2022», explique la responsable des communications de la CMQ, Éloïse Richard-Choquette.

Avancement

Un premier pas en ce sens pourrait être franchi au cours des prochaines semaines alors qu’une rencontre est prévue entre la MRC et les élus du nouveau gouvernement. Le bureau du député de La Peltrie Éric Caire a confirmé au Journal que la question du transport adapté était à l’agenda de la rencontre qui aura lieu prochainement.

Les municipalités se sont aussi entendues pour doubler encore une fois leur participation lors de l’adoption du budget 2019. La quote-part des municipalités s’élèvera maintenant à 325 000 $, ce qui demeure insuffisant pour desservir l’ensemble des demandes. «Nos représentations auprès des instances gouvernementales demeurent plus que pertinentes», affirment les responsables.


Division du financement du transport adapté dans la MRC de la Jacques-Cartier

► Ministère des Transports du Québec

  • 2012: 116 426 $
  • 2017: 132 308 $
  • Variation: +14 %

► Communauté Métropolitaine de Québec

  • 2012: 52 460 $
  • 2017: 102 170 $
  • Variation: +95 %

► Municipalités

  • 2012: 43 245 $
  • 2017: 127 572 $
  • Variation: +195 %

► Usagers

  • 2012: 14 255 $
  • 2017: 37 553 $
  • Variation: +163 %

► Nombre de déplacements

  • 2012: 5 655
  • 2017: 10 666
  • Variation: +89 %

Source : MRC de la Jacques-Cartier