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«La boxe n’est pas en cause» -Renan St-Juste

Renan St-Juste
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin Renan St-Juste

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Depuis l’accident d’Adonis Stevenson, combien de fois a-t-on entendu des gens critiquer la boxe et remettre en question sa pertinence?

Certains vont même jusqu’à avancer que la boxe disparaîtra des radars d’ici quelques années et qu’elle ne sert qu’à mettre la vie de ses participants en danger.

Mais malgré la gravité de la situation vécue par Stevenson, il reste encore plusieurs ardents défenseurs de ce sport, né 688 ans avant Jésus-Christ.

L’ex-boxeur et actuel propriétaire du Club de Boxe 35, Renan St-Juste, est l’un de ceux-là.

Un sport dangereux, mais supervisé

Âgé de 46 ans, St-Juste est un bon ami d’Adonis Stevenson. Les deux hommes ont fait leurs débuts en boxe amateur au même gymnase, et ils sont rapidement devenus proches.

Jusqu’à tout récemment, ils fréquentaient également le même barbier et prenaient plaisir à s’y rendre au même moment pour une nouvelle coupe de cheveux.

Ils étaient régulièrement en contact. L’un des deux gardes du corps d’Adonis, Éric Deshaies, est d’ailleurs entraîneur de kickboxing au gymnase de St-Juste.

Celui qui cumule 31 combats chez les professionnels est catégorique : l’athlète qui monte dans un ring sait ce qui l’attend et est conscient des risques. Adonis Stevenson ne fait pas exception.

«Tous les boxeurs professionnels ont choisi de faire de la boxe leur métier. Ils en connaissent les risques, certes, mais ils sont préparés à les affronter.»

«Lors d’une année, chaque boxeur doit passer plusieurs tests pour démontrer qu’il est au meilleur de sa forme et apte à combattre, précise l'ex-boxeur. La Régie des alcools, des courses et des jeux est très stricte à ce niveau-là.»

Mais qu’en est-il des intenses phases de perte de poids que s’imposent les combattants avant chaque combat? Et jusqu'à quel degré cela peut-il affecter la résistance d’un athlète lors d'un affrontement?

«Les gens associent presque toujours perte de poids et déshydratation. C’est une grave erreur. La grande majorité des boxeurs n’a pas à se déshydrater pour respecter la limite. Les athlètes sont plutôt soumis à des changements progressifs et supervisés en ce qui a trait à leur alimentation.»

À qui la faute?

Alors, si l’encadrement offert aux boxeurs n’est pas responsable de l’accident d’Adonis Stevenson... À qui la faute?

«À personne!» de répondre St-Juste.

«Ça fait malheureusement partie des risques dont je vous parlais précédemment. Mais si vous prenez le temps de regarder ça, les gens pratiquent la boxe un peu partout à travers le globe. Il y a des combats au Mexique, aux États-Unis, à Cuba... Et combien de cas comme ceux d’Adonis arrivent dans une année? Très peu, voire aucun. Ça démontre que la boxe n’est pas en cause.»

Le quadragénaire renchérit : «Le cerveau d’Adonis était en bon état avant le combat. Ce genre d’accident aurait pu arriver à n’importe qui. Je connais un jeune boxeur de 24 ans qui avait une fiche de 5 victoires en 5 combats et qui a fait un AVC. On ne sait jamais ce qui peut se produire. Francis Lafrenière, qui livre de véritables guerres à chacun de ses combats, n’a jamais rien subi de similaire.»

Un combat de trop?

Adonis Stevenson aurait-il donc disputé le combat de trop?

«C’est facile à dire, après coup!», rétorque St-Juste.

«Je ne crois pas, honnêtement. Adonis était en avance avant sa chute au tapis. Il contrôlait le combat. Il était même meilleur que contre Badou Jack.»

Le boxeur haïtien prend une pause. Puis il lance ensuite une question qui porte à réflexion.

«En même temps, qu'est-ce que les gens auraient dit si Adonis s’était retiré avant ce combat? Qu’il se cachait? Qu’il ne voulait pas affronter son aspirant numéro 1? La boxe n’est pas toujours facile. Mais si Stevenson est monté dans le ring ce soir-là, c’est qu’il était prêt et qu’il croyait en ses chances.»

L’importance d’un bon plan «B»

Renan St-Juste souhaite maintenant que l’accident subi par son ami éveille les consciences. La boxe, selon lui, ne peut être un plan «A».

«Un accident comme celui d’Adonis peut arriver à n’importe qui. Si tu n’as pas de diplôme ou de plan et que tu deviens champion du monde à 23 ans, mais qu’une blessure ou un accident du genre survient, tu fais quoi? Tu dois avoir un bon plan "B".»