/sacchips/pushstart
Navigation

«À l’aube de son 30e anniversaire, où est mon Vidéoway Classic Mini?» - Laurent LaSalle

Coup d'oeil sur cet article

 En 1989, Vidéoway a introduit toute une génération de Québécois aux avantages de la télématique.  

 Pourtant, impossible aujourd’hui d’en faire l’expérience par pur plaisir nostalgique.   

Décodeur pour les canaux brouillés, service de location de films à la carte, de télévision interactive, de courrier électronique, et source d’informations, Vidéoway était essentiellement Internet avant Internet.   

  

Si le pouvoir du salon était réservé au détenteur de la télécommande dans les années 90, une foule de possibilités s’ouvraient à celui qui détenait la télécommande du Vidéoway.    

  

Rien d’intéressant à la télé? Son téléviseur pouvait lui afficher les manchettes, les rapports météo, les conditions routières, les résultats sportifs, les résultats de la loterie, des informations financières, son horoscope, et des annonces classées.   

Le menu de Vidéoway.
Source: Archives
Le menu de Vidéoway.
Le menu de Vidéoway.
Source: Archives
Le menu de Vidéoway.

 Vidéoway offrait aussi un service de rencontres, la possibilité de payer certaines factures, mais surtout – pour l’adolescent que j’étais à l’époque – des jeux d’adresse et de société comme Bowling, Le Fou du Roi, Gaston Labrosse, Hamburger, Mordicus, Le Questionneur, Taupe, Temporel, Styx, Super Pendu et Q*Bert, notamment.   

Le nombre d’heures que j’ai pu investir dans ces jeux est invraisemblable.   

 Ça, c’est quand ma mère ne s’était pas levée beaucoup trop tôt pour jouer au Solitaire ou à Dé-Plus. J’entends encore la mélodie qui se déclenchait lorsqu’elle sélectionnait les dés qu’elle souhaitait brasser à nouveau.   

Il fallait toutefois s’armer de patience avant d’être ainsi diverti.   

  

Chaque jeu sélectionné depuis le menu télématique devait être téléchargé vers l’appareil par l’entremise du câble, une action qui pouvait prendre de 30 secondes à 1 minute.   

  

Qui plus est, la qualité de l’expérience était loin d’être comparable à celle des ordinateurs ou consoles de l’époque: pas de souris ni de manette de jeu, il fallait se contenter de la télécommande.    

Les manettes!
Source: Archives
Les manettes!

 Mais pour une famille qui n’avait pas les moyens d’investir dans l’achat de ces appareils, elle pouvait louer un terminal Vidéoway à partir de 8,95$ par mois (une offre proposait même un forfait annuel de 34,99$).   

  

 De conception québécoise   

Contrairement aux terminaux que l’on retrouve aujourd’hui dans les foyers des abonnés à un fournisseur de services de télévision, le terminal Vidéoway n’était pas un appareil conçu par une entreprise étrangère comme Pace, Samsung ou Scientific Atlanta : il était de conception québécoise.   

  

Assemblé au Mexique, intégrant des puces fabriquées en Corée du Sud et à Hong Kong, exploitant la technologie canadienne Telidon (gracieuseté du CRTC), mais élaboré chez Vidéotron.    

  

À en croire les traces du brevet octroyé à l’époque, on peut d’ailleurs remercier le savoir-faire de Michel Dufresne, Jean-Paul Champagne, Daniel Dufresne, Pierre Scott et John Courtney pour avoir contribué à l’invention de Vidéoway.   

  

Du matériel québécois, mais des jeux également québécois, en majorité conçue et programmée par Loto-Québec.   

  

Vous aviez bien lu: Temporel, qui n’a absolument rien à voir avec la panoplie de jeux de hasard auxquels on associe aujourd’hui la société d’État a été conçu par Loto-Québec.   

 L’aspect ludique du Vidéoway était en quelque sorte une évolution de Télé-Jeux, un service offert selon une infrastructure développée par Vidéotron au cours de la fin des années 70 et du début des années 80.   

  

À l’époque, les abonnés du câble pouvaient jouer à des jeux vidéo la nuit en syntonisant la chaîne offrant le service, téléphonant au numéro affiché à l’écran, et ultimement prendre le contrôle, via son téléphone Touch-Tone, du jeu ainsi télédiffusé aux yeux de tous.   

 Twitch avant Twitch, mais sans les commentaires du joueur et l’interaction avec l’audience.   

  

 Comment préserver ce patrimoine culturel et technologique?   

On peut généralement compter sur la communauté de programmeurs nostalgiques adeptes de jeux vidéo pour restituer l’expérience qu’offraient d’anciennes consoles et systèmes informatiques.   

  

Par ingénierie inversée, ces génies ont trouvé le moyen d’extraire le code de vieilles machines pour en produire des émulateurs. C’est cowboy, pas très légal, mais le fruit de leur travail a été bénéfique pour la préservation du patrimoine technologique.   

  

Sans leurs efforts, qui ont servi à alimenter la fibre nostalgique d’une masse critique d’internautes, jamais Nintendo ou Sony n’auraient eu l’idée de lancer des reprises de leurs premières consoles de salon ces dernières années.   

  

Dans le cas de Vidéoway, on est malheureusement face à un cul-de-sac. Ce n’est pas la motivation qui manque à l’appel, mais plutôt le contenu.   

  

Rappelons que chaque jeu devrait être téléchargé depuis les serveurs de Vidéotron, et que ce contenu était stocké que temporairement sur le terminal. Un système décentralisé. Le Cloud avant le Cloud.   

  

Inutile donc de partir à la chasse au Vidéoway dans les ventes de garage et marchés aux puces : même si vous parvenez à mettre la main sur un terminal, il ne vous sera d’aucune utilité.   

  

En 2015, un Montréalais a désassemblé l’appareil dans le but d’en faire l’émulation, sans succès.    

Le fameux Vidéoway!
Source: Archives
Le fameux Vidéoway!

 La valeur patrimoniale de Vidéoway est indéniable. Alors que la société accorde une importance presque incontestable à la préservation d’oeuvres littéraires, cinématographiques et musicales, les oeuvres issues des technologies ne semblent pas jouir de cette même immunité.   

On ne peut qu’espérer que les seules traces des logiciels propulsés par le Vidéoway soient toujours stockées quelque part dans un entrepôt de Vidéotron. J’imagine la scène un peu comme à la fin du film Indiana Jones et les Aventuriers de l’Arche Perdue.   

  

En 2019, Vidéoway aura 30 ans. Ce serait l’occasion parfaite pour Vidéotron de faire quelque chose pour souligner cet anniversaire. N’importe quoi.   

  

Je m’inscris sur la liste d’attente (imaginaire) pour faire l’achat d’un Vidéoway Classic Mini.   

  

Suis-je seul?   

 

Brèves

 

 

 

Pèse sur start est le volet geek du Sac de chips.

On aborde les jeux de consoles, d'ordinateurs et mobiles ainsi que les sports électroniques, les gadgets voire même les jeux de table de façons aussi sérieuse que ludique!

Voici d'ailleurs le plus récent épisode...

  • Finalement, pour nous contacter par courriel, cliquez ici.

AUSSI À VOIR