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Dans la bulle de Valérie Plante

Dans la bulle de Valérie Plante
Photo Agence QMI, Sarah Daoust-Braun

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L’« incident » du discours donné in English only par la mairesse de Montréal n’est pas clos. Valérie Plante s’en est peut-être excusée, mais elle l’a fait plusieurs heures après coup. Comme quoi son comportement lui avait tout d’abord semblé être parfaitement justifié.

Pis encore est la manière dont elle s’est excusée. Multipliant les explications alambiquées, le constat est incontournable. Comme je l’écrivais hier, sa nonchalance envers le français trahit son incapacité troublante à bien saisir la pleine dimension politique et identitaire de la langue officielle du Québec.

À preuve, pour s’« excuser », Mme Plante nous a servi une épaisse tartinade de justifications centrées sur son « moi ». Ce qui, tristement, fait fi de son propre rôle de mairesse de la seule métropole de langue française en Amérique.

Surprise ?

Se disant étonnée par les réactions courroucées, elle ajoutait ceci, qui était fort révélateur : « Oui, surprise parce que c’est tellement un oubli bête. J’étais fâchée contre moi au final. Après, j’ai réalisé que je n’ai pas fait mon allocution en français, que je n’ai pas suivi mon texte. Mon texte était en français ».

Dans la catégorie « politicien/politicienne dans sa bulle », le premier prix lui revient sans l’ombre d’un doute. En se disant « surprise », Mme Plante prouve d’office qu’elle avait trouvé tout à fait normal le fait de donner un discours en anglais seulement.

En qualifiant le tout d’« oubli bête », elle banalise carrément son geste. Ce faisant, elle confirme son indifférence envers le français. « J’étais fâchée contre moi-même au final », dit-elle. Bref, comme si l’incident était aussi anodin que de se tromper de salle. Merde ! J’ai oublié de parler français... Ah ben, coudonc...

Le plus atterrant se trouve néanmoins ici : « Après, j’ai réalisé que je n’ai pas fait mon allocution en français, que je n’ai pas suivi mon texte. » Donc, pour que la mairesse de Montréal se souvienne d’une de ses principales responsabilités – soit de faire rayonner la langue française –, il lui faut un texte pour le lui rappeler ?

Bouton collé

Lorsqu’elle improvise, Mme Plante se laisserait donc aller à son premier réflexe personnel. Dans ce cas-ci, celui de parler en anglais seulement pour l’unique raison de l’avoir fait en coulisses tout juste avant son discours. Elle l’a d’ailleurs précisé elle-même : une fois sur scène, son « bouton est resté collé » à l’anglais. On en perd son latin.

Sur le fond des choses, la situation est pourtant sérieuse. Mme Plante ne semble toujours pas avoir compris à quel point l’avenir de la langue française au Québec se joue et se jouera à Montréal.

Placé à nouveau en concurrence frontale avec l’anglais dans des milieux de travail de plus en plus bilinguisés, le français a besoin de dirigeants politiques conscients de l’urgence de la situation. Des dirigeants surtout capables d’agir pour contrer cette même tendance préoccupante.

Le nouveau premier ministre du Québec portera une partie majeure de cette mission. La mairesse de Mont-réal, aussi. Or, jusqu’à maintenant, sur ce terrain existentiel Mme Plante a malheureusement beaucoup déçu.