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Guenilles solidaires

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Photo Simon Clark

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La session parlementaire est déjà terminée. Passée comme un coup de vent, mais aussi passée dans l’indifférence presque complète.
 
Après quelques jours de travaux parlementaires, que retenons-nous de cette mini session intensive ? 
 
Le pari raté de Catherine Dorion
 
Depuis le soir même de son élection, Catherine Dorion a fait parler beaucoup plus par son choix vestimentaire que par ses propos. 
 
Celle qui porte pourtant un discours essentiel, différent, profondément humain et extrêmement bien articulé n’a pas réussi à faire passer le message qu’elle voulait.
 
Victime d’elle-même, de ses propres choix et de sa volonté incontrôlable de se retrouver au centre de l’attention, Catherine Dorion a personnifié tous les clichés qu’on lui prédisait pendant la dernière semaine.
 
Plusieurs analystes, moi comprise, s’attendaient à ce que madame Dorion fasse un effort juvénile pour s’habiller « hors normes » pour son entrée au Salon bleu. Il nous aura fallu attendre quelques jours, puisque c’est pour prononcer son allocution en réponse au discours du budget qu’elle a mis le paquet en se présentant en t-shirt. 
 
Dans son texte sur le Huffington Post, Sophie Marcotte suggère que finalement, le problème se trouve dans l’œil de l’observateur et non dans l’image qu’il perçoit.
 
Madame Marcotte croit que le discours prononcé par Catherine Dorion bouleverse tant que le Québec refuse (consciemment ou non) de s’y attarder. 
 
Mais Catherine Dorion avait la parole au Salon bleu. Elle détenait, en cet instant, le pouvoir de prononcer une allocution qui serait entendue de tous. Son piège, elle se l’est tendu elle-même dans les jours précédant son allocution. Depuis son élection, Catherine Dorion a choisi de faire parler d’elle plutôt de que de laisser parler ses idées. Aujourd'hui, plus personne ne l'écoute.
 
Crier au loup
 
Le pire dans tout ça, c’est que le choix vestimentaire de madame Dorion ce jeudi était un choix tout à fait à propos. Mais ça, personne n’en a parlé. On n'a pas souligné non plus que madame Dorion avait aussi un veston au Salon bleu, veston qu'elle a porte sur l'épaule dans l'image en vignette et qu'elle a porté par dessus son t-shirt pour le reste des travaux.
 
Porté dans la foulée d’un article du Journal où on voyait madame Dorion en camisole, tuque et Dr Martens, le t-shirt où on voit le nom de Patrice Desbiens n’a pas fait parler pour les bonnes raisons.
 
Parce que porter un t-shirt c’est une chose, mais choisir de porter le nom d’un poète contemporain et le faire en guise de solidarité avec les Franco-Ontariens, dans le cadre d’une allocution portant sur la culture, c’est autre chose. 
 
Ce geste symbolique aurait dû avoir un impact significatif, mais comme dans l’histoire de l’enfant qui criait au loup, personne n’y a prêté attention.
 
On a tellement déjà jasé des fringues des solidaires qu’on ne se demande même plus si elles ont une réelle signification.
 
Avions-nous vraiment besoin d’un code ?
 
Dans une perspective plus large, les observateurs ont traité du décorum à l’Assemblée nationale. À cet effet, on oublie de dire que des codes vestimentaires, tacites ou explicites, existent aussi dans la fonction publique, dans les grandes entreprises et dans la plupart des écoles secondaires. 
 
Même si la culture du veston-cravate et du tailleur pour dames tend à disparaître, on s’entend généralement pour réserver les jeans pour le vendredi dans les entreprises traditionnelles. On évite aussi majoritairement la tuque et la casquette dans les classes et les bureaux.
 
L’Assemblée nationale doit dépoussiérer ses codes, parfois archaïques, mais elle se voit aujourd’hui obligée de créer un code explicite là où il n’y en avait pas. Pourquoi ? Pour encadrer des dérives possibles que laissent entrevoir les choix d’une minorité de Qsistes qui mobilisent l’attention avec des sujets futiles en poussant les limites du raisonnable, comme des enfants gâtés.
 
En ce qui concerne Sol Zanetti, je mets tout le monde au défi de trouver que son veston sport, son jeans de ville et ses espadrilles neuves n’étaient pas à leur place au parlement. Sa tenue était soignée et appropriée, même si elle ne sortait pas de chez un grand couturier.
 
L’enjeu avec madame Dorion, c’est qu’elle joue avec les limites, parce qu'elle adore être le centre d’attention. Bien des artistes cherchent à tout prix à être aimés, à se sentir observés, à faire parler, direz-vous ? Fort probablement. 
 
Mais quand on porte un message aussi important que celui livré jeudi par Catherine Dorion, il faut aussi comprendre que, souvent, la parole suffit.
 
Souhaitons qu’au retour de la pause du temps des fêtes, les Qsistes aient calmé leurs ardeurs vestimentaires et qu’on puisse, enfin, s’intéresser réellement aux messages qu’ils portent.