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Les affaiblis

GEN-MARIAGE-HELLS-ANGELS
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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La CAQ n’avait pas aussitôt déposé son projet de loi sur le cannabis que des opposants brandissaient le spectre de nouveaux clients qui enrichiraient le crime organisé. Justin Trudeau le premier a exprimé cette crainte dans les minutes qui ont suivi.

Il s’agissait essentiellement d’un rappel de l’objectif central de la légalisation : affaiblir le crime organisé en lui coupant l’herbe sous le pied. Le crime organisé, vivant largement des profits de la drogue, se retrouverait appauvri et affaibli par la légalisation.

Ceux qui ont répété ces arguments avec la même conviction au cours des derniers jours ont raté un épisode d’actualité le week-end dernier. Le mariage d’un membre important des Hells Angels ne présentait pas trop l’image d’une organisation qui vient de recevoir un coup destructeur de Justin Trudeau.

Rarement on a vu un groupe criminalisé faire un tel étalage de faste et de force, en plein centre-ville de Montréal. Une vraie démonstration de confiance et de richesse au vu et au su de tous. Voilà la réalité bien concrète d’un groupe qu’on a dit être en train d’affaiblir durant cette année de la légalisation du cannabis !

Je ne suis pas naïf, je comprends bien qu’on ne vide pas les poches d’une telle organisation en un mois. Et que notre SQDC ne leur arrachera pas tout le marché dès les premières semaines, surtout dans un contexte de rupture de stock.

Du vent !

Il n’en demeure pas moins que tout ce qui a été dit sur l’affaiblissement du crime organisé n’était que du vent pour faire mieux passer la légalisation comme la solution à un problème, plutôt que comme une idéologie. En réalité, les groupes criminalisés sont en croissance, en déploiement sur le territoire, et ils le font sans gêne.

Le crime organisé apparaît assuré de continuer à profiter des activités illicites dans la rue. De surcroît, le gros crime organisé semble aussi sûr de pouvoir ramener une partie de ses avoirs financiers par la porte arrière dans la production légale de marijuana.

Paradis fiscaux

La loi fédérale permet que des compagnies à numéro inscrites dans les paradis fiscaux investissent massivement dans l’industrie du cannabis. Les amendements proposés par les sénateurs pour forcer la divulgation de l’identité des investisseurs ont été rejetés. D’ailleurs, à peu près tous les médias qui font des enquêtes ont mis à jour des cas d’investissements douteux dans les compagnies impliquées.

Nous pouvons discuter de santé publique, de qualité de produit ou de santé du cerveau dans le cadre de l’étude du projet de loi du ministre Carmant sur le cannabis. Mais lâchez-moi l’affaiblissement du crime organisé ! Les jeunes de 18 à 21 ans représentent une goutte d’eau dans l’océan de la force et de la richesse des groupes criminalisés.

Si des élus veulent vraiment affaiblir les groupes en question, il faudra se montrer sérieux en matière d’effectifs policiers et d’outils à leur disposition. Lorsque Serge Ménard avait créé l’escouade­­­ Carcajou dans les années 1990, nous avions vu du courage.