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Unir le Québec

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PHOTO JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS

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Le premier ministre Legault, dans le cadre de la rencontre des premiers ministres des provinces et territoires avec Justin Trudeau, a fermé la porte au projet Énergie Est qui ferait passer un pipeline sur le territoire québécois pour transporter le pétrole de l’Ouest vers le Nouveau-Brunswick. Malgré l’ouverture qu’il manifestait pour ce projet alors qu’il était dans l’opposition, monsieur Legault a entendu les voix québécoises qui se lèvent de toutes parts contre ce projet et il a donné suite aux récriminations. Nous pourrions espérer qu’il en fasse autant pour la mise en œuvre de ses promesses électorales.

J’ai quelques amis qui m’ont signalé que le chef de la CAQ est maintenant plus à l’écoute qu’au moment où, comme président de la CSQ, j’ai eu à traiter avec lui. Son comportement lors de la rencontre avec les premiers ministres a reflété cette mutation du personnage ressentie par mes proches connaissances. J’ose espérer que sa transformation rejaillira sur ses collaborateurs, à commencer par son leader parlementaire qui ne cesse de répéter qu’ils font ce qu’ils ont promis en campagne électorale. Il aurait intérêt à se rappeler que les deux tiers de la population québécoise ne voulaient pas du menu caquiste. Il devrait plutôt s’employer à bonifier les propositions de son parti en collaboration avec d’autres partis ou institutions représentatives de citoyens.

Bien que la session parlementaire ait été courte, le gouvernement caquiste s’est empressé de déposer trois projets de loi qui manifestent surtout de l’activisme et de la courte vue. Un peu de modestie et de consultation auraient permis de réduire les critiques qui s’annoncent autour de ces projets de loi et la satisfaction d’un plus grand nombre de citoyens à l’égard des intentions gouvernementales soutenant ce menu législatif. Pour un parti qui souhaite réformer le mode de scrutin en introduisant la proportionnelle qui forcera les partis à convenir d’alliance dans l’enceinte parlementaire, il aura manqué une excellente occasion de pratiquer la concertation parlementaire. La CAQ a préféré laisser Simon Jolin-Barrette jouer les matamores.

À sa décharge, l’expérience de ce parti à la gouvernance est toute récente et nous pouvons espérer que le temps lui permettra de trouver ses repères. Toutefois, le gouvernement devrait anticiper le ras-le-bol ou la rage populaire qui sont habituellement le fruit de segments de population se sentant ignorés par les décideurs. Notre régime parlementaire qui permet à un parti d’amasser une majorité de sièges avec un vote populaire minoritaire favorise le clientélisme électoral et une proportion plus grande de laissés-pour-compte. Cela explique que nous retrouvions constamment des taux d’insatisfaction dépassant les 70% à l’égard des gouvernements qui se sont succédé.

La colère des oubliés ne s’est pas exprimée au Québec de la même façon qu’en France, ces jours-ci, mais nous ne sommes pas à l’abri de telles rébellions sociales si l’intérêt d’un plus grand nombre de citoyens n’est pas pris en considération. Plutôt que de répéter ad nauseam que la CAQ fait ce qu’elle a dit qu’elle ferait, les ténors du parti devraient faire ce qu’une majorité de citoyens souhaite leur voir faire!