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QS débat des signes religieux en cachette

QS débat des signes religieux en cachette
Photo Joël Lemay

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Pour éviter d’avoir l’air d’être un parti «divisé», Québec solidaire a choisi d’expulser les médias durant un débat sur la question des signes religieux lors de son conseil général dimanche à Montréal.

«Je crois qu’à la différence d’autres partis, on n’a pas l’étiquette d’un parti divisé qui se fait des chicanes, on a l’image d’un parti qui établit des consensus en assemblée et qui permet d’avoir un message plus clair, c’est pour ça que je suis pour le huis clos médiatique», a justifié Philippe Jetten-Vigeant, ex-candidat et militant de QS.

Les solidaires ont largement voté pour un huis clos et ont expulsé les reporters de la salle. Il n’est pas inhabituel que les partis politiques se réservent des moments où les membres peuvent discuter à l’abri du regard des médias, mais il est plutôt rare que des militants demandent aux journalistes de quitter alors qu’il était prévu que ceux-ci puissent assister aux débats.

Québec solidaire profitait de son conseil général ce week-end pour lancer une réflexion sur l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique. QS doit rafraîchir sa position sur la laïcité en mars prochain.

Des militants se sont toutefois opposés au huis clos, en vain. «Je ne veux pas donner de la marge de manœuvre aux médias, qui vont dire qu’encore une fois le Politburo... Je ne veux pas que QS ait l’air d’un parti qui débat en vase clos sur un débat aussi important», a déploré Stéphane Morin, militant dans la circonscription de Gouin.

La direction du parti a assuré qu’elle n’était pas en faveur de cette décision, mais qu’il s’agit d’un choix démocratique. «Il y a des gens qui souhaitent discuter sans que leurs propos se ramassent à la une des bulletins de nouvelles. Il faut respecter la décision», a dit le leader parlementaire Gabriel Nadeau-Dubois.

Rappelons que deux camps s’affrontent au sein de Québec solidaire : les «inclusifs» et les tenants d’une laïcité plus ferme.

La position actuelle du parti date de 2013 et se colle au consensus Bouchard-Taylor, soit l’interdiction des signes religieux pour les juges, les gardiens de prison et les policiers. Lise Boivin, coordonnatrice du Collectif de la laïcité de Québec solidaire, propose plutôt l’interdiction totale des signes religieux pour tous les fonctionnaires. Elle s’appuie sur un «sondage récent» qui révèle que 50 % des sympathisants de QS sont favorables cette mesure.

Les «solidaires pour un Québec inclusif» distribuent de leur côté un dépliant qui souligne que «la droite identitaire instrumentalise et déforme le concept de laïcité». Pour eux, c’est l’État qui doit être laïque, et pas ses employés.

Le document de travail propose une série de «questions» pour alimenter la réflexion des militants. Les voici :

  • «Québec solidaire adhère au principe de laïcité. Comment ce principe doit-il être appliqué dans un contexte de pluralisme et de lutte aux discriminations?»
  • «Sur ce débat hautement controversé et diviseur, quelle attitude devrait avoir Québec solidaire en tant que parti de gauche, féministe, indépendantiste et interculturaliste?»
  • «La position de compromis contenue dans la Charte de la Laïcité déposée à l’Assemblée nationale par Françoise David et inspirée directement de la recommandation de la commission Bouchard-Taylor au sujet du port de signes religieux, est-elle toujours pertinente? Depuis la publication de ce rapport et le dépôt du projet de loi en question, la conjoncture a évolué. Cette position doit-elle être réaffirmée ou modifiée?»
  • «En ce qui a trait aux règles encadrant les vêtements couvrant le visage, comment concilier accès aux services publics et la nécessité d’identification inhérente à la prestation de certains services?»
  • «Dans un Québec qui se diversifie de plus en plus, comment être sensible à la peur de la perte d’identité ou du retour du religieux, tout en tenant compte du déficit d’appartenance vécu par certains? Comment favoriser le désir d’inclusion et la défense de valeurs communes?»