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Éducation sexuelle: directrice menacée par des parents «agressifs»

Ils s’opposent aux contenus d’éducation à la sexualité

Éducation sexuelle: directrice menacée par des parents «agressifs»
Photo Dominique Scali

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Des directeurs d’école doivent gérer les pressions de parents « agressifs » qui veulent exempter des groupes d’enfants des programmes d’éducation à la sexualité, une « tentative d’intimidation » inacceptable et inutile selon le ministre.

Une directrice d’école a récemment été encerclée par une dizaine de pères en colère qui voulaient l’enjoindre d’exempter leurs enfants du futur programme, raconte Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissements (AMDÈS).

«Elle a eu peur», dit Mme Bourdages, qui préfère toutefois ne pas identifier l’école pour ne pas jeter d’huile sur le feu.

L’anecdote est évoquée dans une lettre interne envoyée aux membres de l’AMDÈS en novembre dernier et que le Journal a réussi à obtenir.

«De grâce, si cela vous arrive ou que vous en êtes témoin, n’hésitez pas une seconde à faire appel au 911», peut-on lire dans la lettre.

Pas d’exemption religieuse

Ce genre de «tentative d’intimidation est inacceptable», a réagi le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge en entrevue au Journal quand il a été informé de l’incident.

Surtout que ces pressions risquent de ne rien donner. Les contenus d’éducation à la sexualité sont censés être de retour cet hiver dans toutes les écoles et pour les élèves de tous les niveaux à raison de 5 à 15 heures par année.

Le précédent ministre Sébastien Proulx avait annoncé que des parents pourraient demander une exemption pour leur enfant s’ils peuvent justifier que cela porte atteinte à des droits garantis par les chartes canadiennes et québécoises, comme la liberté de religion. Après avoir reçu une déclaration sous serment des parents, la décision reviendrait à la direction de l’école.

Or, cette procédure n’est pas celle que compte appliquer le gouvernement Legault. Selon nouveau ministre Roberge, la décision ne reviendra plus aux directions, mais au ministère.

 «Et je vous le dis tout de suite : ce sera très très rare [...] Je pense que tous les élèves du Québec ont le droit d’être protégés et informés», dit M. Roberge.

Des élèves pourraient y être soustraits si le contenu peut leur causer un tort psychologique, par exemple s’ils ont eux-mêmes subi des violences sexuelles, précise le ministre. Mais il n’envisage pas de permettre les exemptions pour motifs religieux.

Risque de contestation?

Le gouvernement risque toutefois de se retrouver avec une contestation judiciaire en vertu des chartes, prévient Marwah Rizqy, porte-parole de l’opposition officielle  en matière d’éducation.

«Ce n’est pas pour rien que mon collègue Sébastien Proulx, qui est avocat, avait inclus [ce motif d’exemption]».

Reste que la première étape est de bien communiquer le programme, souligne la députée de Saint-Laurent. Elle se souvient elle-même avoir reçu de l’éducation sexuelle à l’école quand elle était jeune. Ses deux parents étant de confession musulmane, ils avaient rencontré le directeur et avaient ainsi pu mieux comprendre le but du cours, raconte-t-elle.

«Flottement»

Mais c’est justement cette communication avec les parents qui est ardue dans le contexte de «flottement» actuel, explique Hélène Bourdages. 

Le Journal publiait hier que bon nombre de directeurs font face à un manque de profs volontaires pour parler de sexualité. Plusieurs doutent maintenant du réalisme de l’échéancier annoncé par le ministre Proulx et maintenu par le ministre Roberge.

Or, même Mme Rizqy, du Parti libéral, commence à remettre en question l’échéancier établi par son gouvernement.