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L’ex-président du conseil d’administration d’Hydro-Québec a refusé de dévoiler ses dépenses

Ses frais de fonction ont doublé en quatre ans pour s’élever à 40 000 $ en 2018

Michael Penner
Photo d’archives Nommé par les libéraux en 2014, Michael Penner a quitté ses fonctions après l’élection du nouveau gouvernement caquiste.

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L’ex-président du conseil d’administration d’Hydro-Québec, Michael Penner, a tenté d’empêcher la diffusion d’un document montrant que ses dépenses de fonction ont doublé depuis 2015, a appris notre Bureau d’enquête.

M. Penner a quitté ses fonctions il y a un mois en affirmant qu’il ne faisait plus confiance au président-directeur général de la société d’État, Éric Martel. Il avait également dénoncé son manque de transparence.

Les tensions ont été vives entre eux au cours des derniers mois. Les critiques de M. Martel contre Apuiat, un projet éolien appuyé par le gouvernement précédent, ont mené M. Penner à le museler, l’été dernier.

Quelques jours avant la démission de M. Penner, nous avions transmis à Hydro-Québec une demande d’accès à l’information au sujet de ses dépenses de fonction.

Alors qu’elle s’apprêtait à répondre, la société d’État a reçu une mise en demeure de M. Penner, le 4 décembre.

« La demande était de suspendre la transmission de la réponse », a expliqué hier le porte-parole Louis-Olivier Batty.

Des « erreurs »

Une deuxième mise en demeure a aussi été transmise le 4 décembre à notre Bureau d’enquête.

L’avocat Julien Lussier, représentant M. Penner, affirmait que son client venait d’apprendre le jour même que les informations avaient été envoyées par Hydro-Québec, ce qui n’était toutefois pas le cas.

« Les chiffres qui vous ont été transmis, en plus de contenir des erreurs, ne sont accompagnés d’aucune explication et ne sont pas replacés dans leur contexte », écrivait l’avocat.

M. Lussier prévenait également que son client allait exiger d’Hydro-Québec « le retrait immédiat de la réponse ».

Dans l’intervalle, il demandait de « ne rien publier » de ces informations qui « pourraient causer un préjudice important à la réputation de notre client ».

Hydro-Québec a répondu à notre demande d’accès le vendredi 7 décembre, soit trois jours après les mises en demeure de M. Penner.

Les chiffres obtenus indiquent que ses dépenses ont doublé, en quatre ans, pour atteindre 40 095 $ cette année.

Seuls les dix premiers mois de 2018 sont comptabilisés, M. Penner ayant annoncé sa démission le 5 novembre dernier.

Montants inchangés

Hydro-Québec soutient que « les montants fournis sont demeurés inchangés », malgré l’intervention de M. Penner. « On retrouve une différence mineure au niveau de la présentation », a dit M. Batty.

Selon le porte-parole, seule une dépense de 6560 $, comptabilisée dans les frais de repas, a été déplacée.

Elle a plutôt été inscrite dans la catégorie « autres », accompagnée de la mention « activité de planification stratégique du conseil d’administration ».

À titre de comparaison, Monique Leroux, présidente du CA d’Investissement Québec, n’a dépensé que 11 429 $ au cours des deux dernières années.

Dépenses de Michael Penner

Il plaide une « erreur administrative »

L’ex-président du CA d’Hydro-Québec, Michael Penner, plaide une « erreur administrative » pour expliquer la hausse de ses dépenses de fonctions.

Les frais engagés par M. Penner étaient de 19 909 $, en 2015. Ils étaient du même ordre en 2016, soit 22 434 $. Ils ont atteint 40 095 $ pour les dix premiers mois de 2018, avant sa démission le mois dernier.

Selon M. Penner, ses dépenses pour 2015 auraient dû être plus élevées en raison d’une erreur qui l’a empêché de réclamer 10 000 $.

« Mes dépenses ont été anormalement basses en 2015, et ce, en raison d’une erreur administrative par laquelle j’ai omis de soumettre quelque 10 000 $ de dépenses », a-t-il répondu par courriel à notre Bureau d’enquête.

Séminaire de deux jours

M. Penner a déclaré qu’il avait « confiance » que les informations présentées par Hydro-Québec à notre Bureau d’enquête soient les bonnes.

« Je n’ai pu que sommairement réviser les pièces justificatives au soutien de l’information qui vous a été transmise par Hydro-Québec », a-t-il dit.

Quant à la somme de 6560 $ dont il a contesté l’affectation au poste budgétaire de ses repas, M. Penner soutient qu’il s’agit d’un séminaire de deux jours pour 14 membres du conseil d’administration et 10 hauts dirigeants de la société d’État.

« C’est à cette erreur que nous faisions allusion », a-t-il dit.

Le « coût total » de cette activité, incluant les honoraires de consultants, avait été porté à sa « carte de crédit Hydro-Québec », a-t-il indiqué.

M. Penner a affirmé qu’il n’avait pas d’objection à la publication de ses dépenses après ces modifications, « si vous estimez que celles-ci peuvent être d’intérêt public ».

Déplacements en taxi

Nommé en 2014 par le précédent gouvernement libéral, M. Penner a réclamé des dépenses totales de 124 357 $ durant son mandat.

Près de la moitié de cette somme, soit 55 296 $, a été consacrée à des déplacements en avion.

M. Penner n’a pu donner leur nombre, mais il a assuré qu’ils étaient tous faits à la demande d’Hydro-Québec, notamment lors de sommets sur les changements climatiques ou de missions des premiers ministres.

Concernant ses déplacements en taxi, qui s’élèvent à 3335 $ en 2018, M. Penner souligne qu’il a renoncé à une voiture de fonction avec chauffeur.

« Le déplacement en taxi s’avère une option nettement moins coûteuse », a-t-il expliqué.

Selon Hydro-Québec, M. Penner a effectué 45 déplacements en taxi en 2017, et 39 en 2018.

— Avec la collaboration de Marie-Christine Trottier