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Les leçons de l’affaire Rozon

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Quand j’ai su hier que dans au moins quatre cas, le DPCP avait décidé de ne pas porter d’accusation contre Gilbert Rozon, je me suis dit qu’il y avait des gens au Québec qui devaient faire un examen de conscience. Ceux qui ont déclaré Rozon coupable sur toute la ligne avant même qu’il ait eu droit à une défense pleine et entière. Ceux qui ont réclamé sa tête sur la simple base d’allégations.

S’il y a une leçon à tirer de l’affaire Rozon, c’est bien de réitérer l’importance de la présomption d’innocence.

LE TRIBUNAL POPULAIRE

Avant de déclarer qu’Untel est un prédateur sexuel, avant de dire « je vous crois » à de présumées victimes, avant de réclamer la mort médiatique d’un individu, il faut attendre que la justice suive son cours.

Quand j’ai commencé en journalisme, on utilisait toujours le conditionnel pour parler de faits qui n’avaient pas été prouvés. « Untel aurait agressé Unetelle », « Untel aurait volé de l’argent à Untel ».

Dans le cas de Rozon, le conditionnel a pris le bord... comme dans bien d’autres cas d’allégations d’inconduite sexuelle.

Dimanche, au gala Les Olivier, Anaïs Favron a fait une blague aux deux animateurs, laissant entendre que la dernière fois que deux hommes ont coanimé un gala à Radio-Canada, l’année suivante il ne restait qu’un animateur et que l’autre était en prison...

Hmmm, si elle faisait référence au duo Wauthier-Salvail, c’est un cas de « fake news » .

En mai, La Presse rapportait les propos d’une féministe française qui, en croisant Rozon lors d’une visite à Montréal, s’était exclamée : « Il n’est pas en taule, celui-là ? ».

Non Madame, au Québec, on ne met pas en prison des gens qui n’ont pas été trouvés coupables.

Mais bon, en cette ère de #metoo, il semble qu’on peut allègrement varloper des réputations, traîner des gens dans la boue.

Les hommes sont présumés coupables. Et plus ils sont puissants, plus ils sont présumés coupables.

Ce lynchage public basé sur de simples allégations me fait peur. On détruit des carrières, des empires, des familles en claquant des doigts.

À l’avenir, à la prochaine « affaire X », il faudra que les médias se gardent une gêne, en attendant que justice soit rendue.

D’ailleurs, j’ai toujours eu un malaise avec la dénomination que les présumées victimes se sont donnée pour leur recours collectif au civil. Je respecte le fait qu’elles se définissent elles-mêmes comme « Les Courageuses ». Mais devons-nous, aussi, les appeler ainsi ?

Si Gilbert Rozon s’était donné à lui-même le surnom « L’Irréprochable », est-ce que tous les journalistes l’auraient appelé ainsi ?

DE JIAN À GILBERT

On aurait dû collectivement retirer des leçons de l’affaire Jian Ghomeshi. Quand le célèbre animateur de radio de la CBC a été l’objet de plaintes d’inconduite sexuelle, son procès s’est fait sur la place publique. Il a été lynché dans les médias sociaux.

Et même quand il a été blanchi par les (vrais) tribunaux, toute une horde de critiques ont continué à le traiter comme s’il avait été trouvé coupable !

On dénonce souvent la hargne des médias sociaux. Mais ce qui nous guette tous, qu’on soit sur Twitter ou pas, c’est de nous transformer en tribunal populaire.