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Immorale, la péréquation?

Quebec bashing
Photo d'archives Le chef du United Conservative Party de l’Alberta, Jason Kenney

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Dans nos pages, on promet un « choc des idées ». De celui-ci jaillit la lumière, comme chacun le sait.

Or, mon sympathique collègue et partenaire de coqueron (c’est ainsi que nous qualifions le « studio » de QUB radio à Québec), Jonathan Trudeau, m’a donné le goût du choc cette semaine !

Traitant de la péréquation, du fait que le Québec allait en recevoir quelque 13 milliards de $, il a qualifié notre État de « BS de luxe », de « Bougon ».

Comble de l’ingratitude, quand les autres « se tournent vers nous pour nous demander de l’aide », nous prenons l’argent et les envoyons promener.

Référendum de Kenney

Mon collègue tient le même discours que de nombreux Albertains. Dont le chef du United Conservative Party de cette province, Jason Kenney, qui a fait la promesse de tenir un référendum afin de renégocier les conditions de la péréquation.

Puisqu’il est grandement en avance dans les intentions de vote et qu’il délogera probablement la néo-démocrate Rachel Notley le printemps prochain, M. Kenney pourrait réaliser sa promesse dès 2019.

Ça promet pour les débats au sein du Dominion. Ceux-ci pourraient prendre une tournure constitutionnelle, puisque la péréquation, pratiquée depuis longtemps, a été consacrée dans la loi des lois lors du coup de force de Pierre Elliott Trudeau de 1982.

À l’article 36, on peut lire : « Le Parlement et le gouvernement du Canada prennent l’engagement de principe de faire des paiements de péréquation propres à donner aux gouvernements provinciaux des revenus suffisants pour les mettre en mesure d’assurer les services publics à un niveau de qualité et de fiscalité sensiblement comparables. »

Ciment

Voilà un élément à souligner à l’ami « Jo » (et non Ju) Trudeau. La péréquation fait partie de « l’entente » de base de cette fédération. On l’a même déjà désignée comme un « ciment » de celle-ci.

On le voit bien dans l’article 36 : ce n’est pas l’Alberta et les autres provinces qui font un « chèque au Québec », mais le gouvernement fédéral. Bref, ce sont les contribuables de partout dans le Dominion qui paient pour la cagnotte de la péréquation.

Y compris ceux du Québec. Comme dans le fromage, il y a donc « un petit peu de nous autres » dans le montant que l’on reçoit.

Tout cela était bien expliqué dans un fascicule du ministère des Finances du Québec (MFQ) en annexe au budget 2011-2012. La péréquation, pouvait-on lire, a pour objectif de « réduire les écarts de capacité fiscale entre les provinces ».

L’Alberta, par exemple, a une capacité fiscale plus grande que le Québec. En plus, elle ne l’utilise pas totalement : des impôts bas, pas de taxe de vente.

« Si elle décidait d’appliquer le taux de taxation moyen des dix provinces, elle obtiendrait des revenus substantiels », pouvait-on lire dans le fascicule du MFQ. Et en 2018, elle n’aurait pas de déficit.

Le Québec, lui, a choisi d’utiliser beaucoup plus sa capacité fiscale — au demeurant plus faible — et de se payer des programmes sociaux généreux.

Aider

Mais je reviens à l’affirmation de mon collègue chroniqueur. Il faudrait « aider » nos partenaires provinciaux qui sont dans une mauvaise passe. Ne fait-on pas déjà un peu notre part en acceptant sans trop rechigner qu’une partie de nos impôts servent à Justin Trudeau pour acheter un oléoduc ?

Faudrait-il en plus réclamer la renaissance du projet Énergie Est, un projet que TransCanada a rejeté pour des raisons économiques ?

Au reste, lorsque le marché des hydrocarbures allait bien, dopait le dollar canadien (il est passé de 2002 à 2011 de 0,64 $ US à 1,01 $ US), cela avait un effet important sur l’économie d’ici, fondée sur l’exportation.

Et à l’époque, les provinces de l’Ouest ont en plus obtenu que dans l’évaluation de la « capacité fiscale » moyenne, on ne tienne compte que de 50 % des revenus provenant des ressources naturelles. Ce n’est pas un peu Bougon, ça ?

Le carnet de la semaine

DORION ET LA MODE

En fin de semaine, lors du Conseil national de QS, l’ancien candidat de Québec solidaire dans Lafontaine, David Touchette, s’est fendu d’une sortie remarquée contre la « provocation » — c’est son mot — vestimentaire des élus Catherine Dorion et Sol Zanetti. Disant travailler lui-même dans le domaine, M. Touchette a ajouté : « Il y a énormément de personnes dans l’industrie de la mode, des stylistes, des designers, qui cherchent une visibilité. » Les élus devraient à son sens s’habiller « propre » et exposer des produits québécois.

LES BONS EMPLOIS DE LEGAULT

Pendant la campagne, François Legault n’a cessé de répéter : « Notre priorité, c’est de créer des emplois payants, de trouver des gens qui vont se former pour prendre ces emplois. » Le Devoir nous apprenait cette semaine que dans les officines caquistes, les chefs de cabinet étaient mieux payés que ceux du gouvernement Couillard. Plus de la moitié d’entre eux touchent la somme maximale fixée dans une directive, soit 156 043 $ par année. De manière non surprenante, le PQ a raillé sur Twitter : « Legault avait promis de créer des emplois payants... Il avait oublié de spécifier que c’était pour ses directeurs de cabinet. »

CARMANT A APPRIS

Le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, a appris à la dure que lorsqu’on est ministre, on ne bonifie pas ses budgets comme ça, à l’improviste. Sur Twitter, samedi dernier, il avait écrit : « Nous allons injecter plus de 25 M$ dans la prévention, l’éducation et l’intervention chez les jeunes de 6 à 21 ans. » Un intervenant lui a alors demandé si c’était un montant supplémentaire par rapport à ce qui est prévu dans la loi, 25 millions par année. Le nouveau ministre a répondu par l’affirmative. Il a tenté de maintenir la ligne lundi, évoquant un montant supplémentaire pour tout le mandat, mais a dû se rétracter le lendemain.

La citation de la semaine

« Si on veut être indépendants... dans le sens large du mot... il faut créer de la richesse au Québec »

– François Legault, premier ministre du Québec, en entrevue à TVA jeudi