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L’humour en 2018, 1ère partie : Les géants

La fin de l'année est synonyme de bilan... en humour aussi.

Les choses pas logiques, Maude Landry qui a remporté l’Olivier dans la catégorie capsule ou sketch radio humoristique de l’année lors de la 20e édition du gala Les Olivier le dimanche 9 décembre 2018. JOËL LEMAY/AGENCE QMI. JOËL LEMAY/AGENCE QMI
Joël Lemay / Agence QMI Les choses pas logiques, Maude Landry qui a remporté l’Olivier dans la catégorie capsule ou sketch radio humoristique de l’année lors de la 20e édition du gala Les Olivier le dimanche 9 décembre 2018. JOËL LEMAY/AGENCE QMI. JOËL LEMAY/AGENCE QMI

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Pour les prochaines semaines, je vous offre un bilan de 2018 en plusieurs parties. 

Parce qu’il est bon de prendre un petit temps d’arrêt et de constater comment la dernière année a amené son lot de surprises, et ce, dans plus d’une arène de l’humour. 

Qu’il soit question d’entreprises de l’humour, d’artistes en émergence, de nouveaux concepts et de trucs dépassés, chose certaine, dire que 2018 a été une grosse année est un euphémisme. 

Alors, on « part ça fort », comme on dit, et commençons par nous attarder aux « géants ». 

Un monde bipolaire ?

Au cours des 12 derniers mois, nous avons vu le groupe Juste pour rire / Just for Laughs passer des mains de Gilbert Rozon à celles d’un triumvirat constitué de Bell, evenko et ICM Partners. 

Et tout dernièrement, on apprenait que Quebecor devenait actionnaire minoritaire chez ComediHa! Fest. Il ne faut pas oublier que Quebecor a également donné un bon coup de main à la première édition du Grand Montréal Comédie Fest. 

Faut-il pour cela commencer à considérer le monde de l’humour pris dans une rivalité entre grandes entreprises médiatiques ? Est-ce que notre industrie est maintenant guidée par des intérêts qui ne lui appartiennent pas ? 

Cette semaine, un journaliste de La Presse canadienne a posé la question à quelques observateurs et acteurs de l’industrie. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une méconnaissance du milieu.  

C’est vrai que c’est facile, quand on comprend plus ou moins bien les tenants et aboutissants d’un phénomène, d’en faire une lutte à finir entre deux clans. 

Le capitalisme et le communisme. 

Les Alliés et l’Axe du mal. 

L’Occident contre l’Orient. 

Les bons et les méchants. 

Dans tous les cas, une vision bipolaire échappe toute une gamme de détails, contextes, circonstances, expériences, histoires, moments et personnes clés.  

Le monde n’est ni noir ni blanc. L’expression « 50 nuances de gris » n’est pas née d’une suite de livres à succès.  

En fait, réduire l’industrie de l’humour québécoise à une rivalité incessante entre Juste pour rire et ComédiHa!, entre Bell/evenko et Québécor est une insulte à tous les autres investisseurs de l’industrie. 

Parce que l’humour ne fonctionne pas seulement selon les désirs de deux groupes

Laissez-moi vous offrir un exemple parlant né il y a moins d’une semaine. 

L’entreprise qui est sortie grande gagnante des Olivier dimanche soir dernier n’est ni Juste pour rire, ni ComediHa!. Il s’agit du groupe Phaneuf. 

L’entreprise a remporté le titre de maison de gérance de l’année et a vu une superbe brochette de ses artistes repartir avec des prix importants : spectacle d’humour meilleur vendeur (Louis-Josée Houde, Préfère novembre), spectacle d’humour de l’année (François Bellefeuille, Le plus fort au monde), auteur de l’année / spectacle d’humour (Louis-Josée Houde, avec François Avard, Préfère novembre), metteur en scène de l’année (François Bellefeuille et Marie-Christine Lachance, Le plus fort au monde), numéro d’humour de l’année (Simon Gouache, Le crossfit), découverte de l’année (Maude Landry), capsule ou sketch radio humoristique de l’année (Maude Landry, Les choses pas logiques), Olivier de l’année (François Bellefeuille).  

Bien sûr, les succès des entreprises de l’humour au Québec ne se résument pas à la soirée des Olivier, et Juste pour rire / Just for Laughs a passé une année assez spéciale, mais cela n’enlève rien à tous les autres joueurs de l’écosystème. 

L’industrie de l’humour compte plus de 135 entreprises qui naviguent en tant que maisons de production, de gérance, d’agence de spectacle, de relations publiques et, parfois, une combinaison de plusieurs titres. 

Aucune entreprise ne vit indépendamment des autres. Une maison de production en télévision fait affaire avec plus d’une maison de gérance. Les festivals font appels à des artistes qui évoluent avec plusieurs producteurs et agents différents. 

L’objectif de tout ce beau monde est de travailler, d’avoir des contrats et, à la fin de la journée, payer ses employés et investir dans de nouveaux projets. 

Non, l’industrie de l’humour ne se résume pas à deux grands groupes. 

Et, en cette ère de renégociation des règles, de l’éclatement de plusieurs conventions, je note beaucoup plus d’alliances entre les joueurs. 

Des alliances parfois de courte durée, certes, mais des alliances tout de même.  

Mais n’empêche, est-ce que les médias vont vouloir s’imposer ? 

L’industrie de l’humour doit déjà beaucoup aux médias. 

Sans eux, pas de diffusion de talent. Pas de boulot pour la plupart de ses artistes, auteurs, metteurs en scène, agents, gérants et producteurs. 

Si l’humour n’occupait que les salles de spectacles, elle serait loin d’être aussi forte. 

Et ce n’est pas les nouveaux deniers de grands groupes médiatiques qui changeront la donne. 

N’oublions pas que les médias ont tout autant besoin de l’humour. Ce sont leurs émissions humoristiques qui attirent les plus grandes audiences et la loyauté des auditeurs. Ce sont les publicités comiques qui ont le plus de succès. 

2018 a vu l’arrivée des médias dans la prise de risque financière de l’industrie là où la magie se crée, plus seulement dans la diffusion. J’ose espérer qu’ils comprennent comment notre industrie de l’humour est imaginative et créative, en pleine effervescence et prête à prendre encore plus de place autour du globe. 

En fait, je crois que c’est justement pour ça qu’ils y investissent.