/weekend
Navigation

État de choc dans la famille

État de choc dans la famille
Photo courtoisie, Jean Luc Bertini/Pasco

Coup d'oeil sur cet article

Journaliste à Elle et chroniqueuse littéraire pour France 2 et France Inter, la Française Olivia de Lamberterie a pris la plume pour raconter, avec beaucoup d’émotion et de sincérité, la vie, les problèmes de santé mentale et le suicide de son frère Alex, un créatif employé chez Ubisoft à Montréal.

Son essai, récemment récompensé par le prix Renaudot, raconte comment elle et ses proches ont vécu ces événements dramatiques, d’un côté et de l’autre de l’océan Atlantique.

Son frère, aux prises avec de graves problèmes de santé mentale, a mis fin à ses jours en octobre 2015.

Interviewée après son passage au Salon du livre de Montréal, où de nombreuses personnes sont allées à sa rencontre et ont partagé des témoignages émouvants, Olivia de Lamberterie était heureuse d’avoir rencontré autant de gens.

« C’est toujours très touchant d’avoir des lecteurs qui viennent vous voir, parce que le livre a fait une résonnance avec leur propre histoire. Notamment, je pense à une dame montréalaise dont la fille s’est suicidée. Une des choses qui me bouleverse le plus, c’est quand les gens me disent : “Vous avez mis des mots sur ce que nous n’arrivions pas à dire.” Vraiment, ça me touche beaucoup. »

SUJET TRÈS TABOU

Elle ignorait, avant d’écrire ce livre, que le suicide était encore un sujet très tabou, du moins en France, ajoute-t-elle.

L’écrivaine a mis des mots sur une situation insupportable, sur une peine insupportable, sur l’impuissance des familles.

« On ne peut pas comprendre. J’ai un réseau d’hypothèses sur ce qui a poussé mon frère à faire ce geste. Mais je pense vraiment que c’est quelque chose qui est de l’ordre d’une souffrance morale, et quelque chose qui nous dépasse. Nous, vivants, bien portants, qui ne sommes pas passés par là, vraiment, c’est impossible à appréhender. »

« La mort de mon frère m’a plongée dans un état de sidération et de chagrin, dont je n’imaginais même pas que ça existait. Il fallait respecter son acte et toute tentative d’interprétation serait quand même assez vaine », partage-t-elle.

« Les dommages collatéraux sont immenses, et tout ce que je souhaite, c’est que mon frère, où qu’il soit, ne souffre plus. La douleur morale prenait toute la place et faussait la vision qu’il avait de sa propre existence. »

COLÈRE

Olivia de Lamberterie a ressenti beaucoup de colère à l’endroit des médecins, qui n’ont pas vu la profondeur de la douleur de son frère.

« Je ne vais pas me mettre à hurler contre les médecins qui n’ont pas fait ce qu’il fallait, mais il y a quand même une question qui se pose, là. »

Dans son essai, elle parle de ses allers-retours entre Paris et Montréal, des visites à l’hôpital, de la tragédie et du choc subi par la famille. Écrire sur le sujet lui a fait revivre toutes ces émotions.

« Il y a des jours où c’était très difficile. Mais je trouvais que la mort tellement tragique de mon frère lui volait sa vie. Et que c’était comme s’il était mort deux fois. Or, je voulais dire que mon frère avait eu une vie belle, riche. C’était un homme très aimant, très aimé. Il avait été généreux avec les gens. »

Depuis la sortie du livre, de nombreuses personnes qui l’ont connu ont communiqué avec elle pour partager les bons souvenirs qu’ils avaient d’Alex.

« Je voulais raconter mon frère flamboyant, vivant, généreux, enthousiaste, créatif. C’était très important pour moi qu’on se rappelle ça aussi. »

  • Olivia de Lamberterie est Française.
  • Elle est journaliste à Elle, chroniqueuse littéraire sur France 2 et France Inter, et correspondante pour Radio-Canada.
Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lamberterie, Éditions Stock – 254 pages
Photo courtoisie
Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lamberterie, Éditions Stock – 254 pages