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Bordel informatique: Éric Caire veut «tasser» les incompétents

Le ministre ne réclame toutefois plus une enquête publique

Le nouveau ministre de la Transformation numérique, Éric Caire, croit qu’il peut lui-même régler le bordel informatique.
Photo Jean-François Desgagnés Le nouveau ministre de la Transformation numérique, Éric Caire, croit qu’il peut lui-même régler le bordel informatique.

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Après avoir exigé à répétition une commission d’enquête sur les dérapages informatiques alors qu’il était dans l’opposition, Éric Caire a changé d’idée maintenant qu’il est ministre responsable de ce dossier. Il promet tout de même de faire le grand ménage. 

Pas besoin d’enquête publique. Il assure qu’il pourra à lui seul faire la lumière sur le bordel informatique des 15 dernières années, a expliqué le ministre Caire dans le cadre d’une entrevue avec notre Bureau d’enquête.      

**Réécoutez l'échange corsé entre Éric Caire et Antoine Robitaille, sur QUB radio.  

 

François Legault lui a donné le titre de ministre de la Transformation numérique avec le mandat explicite de faire le ménage dans la gestion des contrats publics informatiques.       

Pendant des années, Éric Caire a répété qu’une commission d’enquête était nécessaire afin de trouver les causes des multiples fiascos informatiques comme le Dossier Santé Québec (DSQ), SAGIR (solutions d’affaires en gestion intégrée des ressources) et RENIR, le projet de radiocommunication d’urgence dont notre Bureau d’enquête révélait un autre dérapage la semaine dernière.       

En 2014, François Legault lui-même avait réclamé une commission d’enquête. Maintenant au gouvernement, lui et M. Caire ont changé d’idée.       

«J’ai demandé à mes fonctionnaires de me faire des briefings sur chacun de ces dossiers-là. Je veux savoir ce qui s’est passé. Où sont les problèmes et comment on les corrige», a expliqué Caire dans le cadre d’une entrevue avec notre Bureau d’enquête.       

«Ce que les Québécois veulent savoir, c’est ce qu’on fait à partir de maintenant pour que ça ne se reproduise plus jamais. Ces questions-là, je vais toutes y répondre», certifie-t-il, signalant qu’il ne «peut pas réparer le passé».       

RENIR, SAGIR, DSQ 

Vendredi dernier, notre Bureau d’enquête a révélé que rien ne va plus avec RENIR, un système qui devait être fonctionnel en 2008. Non seulement les coûts vont atteindre le milliard, mais la SQ a aussi suspendu la migration depuis mars.       

«Ç’a été mal planifié. Quand des incompétents font de la mauvaise planification, ça donne RENIR, ça donne SAGIR et ça donne le DSQ, a déploré Éric Caire. À court terme, il faut déployer RENIR à 100 %.» Il compte sur un nouveau VP, Guy Rochette, pour y arriver d’ici 2020.       

Relations tendues 

Il avoue que les relations de travail avec ses employés étaient tendues à son arrivée.       

Sur les banquettes de l’opposition, Éric Caire ne mâchait pas ses mots à l’endroit des fonctionnaires du Centre de services partagés du Québec (CSPQ), réclamant des congédiements et une «vérification interne». Il avait promis de faire rouler des têtes au CSPQ. Ce travail, il avait déjà été fait avant l’élection de la CAQ, avoue le ministre. «Je vais rendre hommage à Robert Poëti. Il les a tassés.»       

Il aura néanmoins ses fonctionnaires à l’œil, insiste-t-il. «Si vous répétez deux fois la même erreur, vous allez me trouver sur votre chemin, parce que, là, vous devenez des incompétents. Et, si, à la fin de l’année, vous faites plus d’erreurs que de bons coups, vous êtes des incompétents, a-t-il affirmé de nouveau. Mais, si, à la fin de l’année, vous avez fait plus de bons coups, vous êtes un bon gestionnaire et je vais vous appuyer à 100 %.»       

À l’UPAC de voir       

Éric Caire dit comprendre que plusieurs dans la population réclament une enquête sur ces dérives informatiques qui ont coûté des milliards aux contribuables. «La seule façon de poursuivre ces entreprises-là, c’est s’il y a eu de la fraude», a indiqué le nouveau ministre. «Moi, je veux m’assurer qu’il n’y a pas eu de malversation, et ça, c’est l’UPAC qui s’en occupe [...] Est-ce qu’il y a des enquêtes présentement? Peut-être», a soutenu M. Caire, rappelant du même souffle que l’UPAC est indépendante.       

«Je veux rassurer la population, il y a beaucoup de mauvaise gestion. Mais, la vérité, c’est qu’il n’y a pas grand-chose que tu peux faire, a affirmé Éric Caire. Un fraudeur, tu peux faire quelque chose. Mais quand c’est un mauvais gestionnaire qui a signé le contrat, l’entreprise ne lui a pas mis un fusil sur la tête.»        

Vers la reconnaissance faciale?       

Le ministre de la Transformation numérique voit très grand. Il désire créer des «citoyens numériques». Un espace virtuel pour la reconnaissance faciale et vocale qui aidera les Québécois à se connecter dans un seul environnement numérique. Un lieu où ils auront accès à tous les services. «Il faut amener un ministère qui utilise encore les fax vers un gouvernement qui est au bout du pouce. Un gouvernement qui, par reconnaissance faciale ou par reconnaissance verbale, te permettra de t’authentifier et d’entrer dans le site gouvernemental», précise-t-il. «Je t’ai identifié une fois, et la donnée, elle est sécurisée. Tu deviens un citoyen numérique.»          

Projet de «start-up» gouvernementale       

Éric Caire espère que son projet de «start-up» gouvernementale sera sur les rails d’ici quatre ans. Il veut convaincre les meilleurs de venir travailler pour l’État en revoyant complètement la structure de travail. «On va lâcher le paravent brun et on va travailler dans des environnements de travail qui sont modernes, qui sont adaptés à ce qui se fait aujourd’hui», explique-t-il, soulignant vouloir offrir des horaires flexibles et des salaires compétitifs. «Je veux développer une “start-up” du gouvernement en matière de transformation numérique [...] Pourquoi on n’irait pas chercher des gens de chez Amazon qui aimerait travailler chez nous? Il ne faut pas oublier une chose : le gouvernement du Québec, c’est la plus grosse entreprise au Québec. Et des défis, il y en a», dit-il.