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[PHOTOS] Voici 10 curiosités pour les 125 ans du Château Frontenac

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C’est il y a 125 ans aujourd’hui que le Château Frontenac ouvrait ses portes au public d’ici et d’ailleurs. On a tout dit, ou presque, de cet hôtel. La Société historique de Québec vous propose de découvrir, ou de redécouvrir, 10 curiosités, événements ou personnages intéressants qui ont jalonné l’histoire de l’hôtel dont la légende veut qu’il soit le plus photographié au monde.

1. Un site prestigieux 

Le site sur lequel s'élève le Château Frontenac possède une longue et riche histoire.  

En effet, dès 1620, Samuel de Champlain y fait édifier le fort Saint-Louis, à l’intérieur duquel sera construite la résidence du gouverneur à partir de 1647.  

Lieu de pouvoir sous les régimes français et anglais, les châteaux et forts Saint-Louis côtoient le château Haldimand, édifié par le gouverneur du même nom dans les années 1780.  

L’incendie du château Saint-Louis en 1834 rendra possible l’aménagement de la terrasse Durham, aujourd’hui Dufferin. 

Vue du futur site du Château Frontenac montrant le château Haldimand, à gauche, vers 1860, Musée McCord, VIEW-24730.0
Vue du futur site du Château Frontenac montrant le château Haldimand, à gauche, vers 1860, Musée McCord, VIEW-24730.0

2. Un concurrent à éliminer 

En janvier 1892, William Cornelius Van Horne, le président du chemin de fer Canadien Pacifique, explore quelques sites à Québec, dont l’emplacement du château Haldimand, en vue d’y édifier un hôtel.  

Il n’est pas le seul à vouloir doter la capitale d’un établissement prestigieux.  

En effet, il fait face à la Fortress Hotel Company, qui s’active depuis plusieurs années dans ce but.  

Qu’à cela ne tienne, Van Horne rencontre les dirigeants de la compagnie rivale, vraisemblablement pour les dissuader de poursuivre leur projet.  

Il se montre apparemment convaincant, car, à peine deux semaines plus tard, les actionnaires de la Fortress Hotel Company votent en faveur de la dissolution de leur entreprise!   

Vue prise durant les travaux de construction du Château Frontenac, vers 1893, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560 S2 D2 P075644
Vue prise durant les travaux de construction du Château Frontenac, vers 1893, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560 S2 D2 P075644

3. L’influence architecturale d’un Québécois  

Chargé de produire les plans du Château Frontenac, l’architecte américain Bruce Price s’inspire de plusieurs sources pour imaginer le bâtiment qui popularisera le style château.  

L’une d’entre elles est Eugène-Étienne Taché, qui avait soumis une proposition résolument d’inspiration médiévale dans le cadre du projet de la Fortress Hotel Company.  

Dans la composition du Château Frontenac, Price retient notamment du projet de Taché l’emploi de tourelles et la forme de la toiture. 

Sketch Plans – Fortress Hotel, Eugène-Étienne Taché, 1890, BAnQ, Fonds Eugène-Étienne Taché, tiré de France Gagnon-Pratte et Éric Etter, Le Château Frontenac, Québec, Éditions Continuité, 2018 (1993), p.3.
Sketch Plans – Fortress Hotel, Eugène-Étienne Taché, 1890, BAnQ, Fonds Eugène-Étienne Taché, tiré de France Gagnon-Pratte et Éric Etter, Le Château Frontenac, Québec, Éditions Continuité, 2018 (1993), p.3.

4. Une mystérieuse pierre 

Au-dessus de l’arche qui surplombe la voie d’accès au Château Frontenac se trouve une pierre mystérieuse de couleur rouge.  

Il s’agit de la Croix de Malte, qui avait été d’abord installée par le gouverneur Montmagny sur le château Saint-Louis en 1647.  

Égarée lors du réaménagement de l’édifice sous Frontenac, la pierre avait été retrouvée un siècle plus tard puis intégrée au château Haldimand.  

L’artefact fut placé au-dessus d’une porte piétonne du Château Frontenac puis transféré à son emplacement actuel dans les années 1920. 

Vue de la Croix de Malte ornant le passage piétonnier au Château Frontenac vers 1900. Quartier Vieux-Québec - Place Terrasse-Dufferin - Château Frontenac, vers 1900, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560, S1, P991
Vue de la Croix de Malte ornant le passage piétonnier au Château Frontenac vers 1900. Quartier Vieux-Québec - Place Terrasse-Dufferin - Château Frontenac, vers 1900, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560, S1, P991

5. L’art de contourner une voie de circulation  

Construit initialement en forme de fer à cheval, le Château ne s’étend pas au-delà de la rue des Carrières.  

Les possibilités d’agrandissement sont alors, en principe, limitées.  

La direction de l’hôtel contourne le problème en faisant édifier en 1909 une aile enjambant la rue des Carrières tout en laissant les véhicules circuler sans entrave sur cette voie.  

Cette solution élégante est à nouveau employée au début des années 1920 lorsque l’aile Saint-Louis est construite en bordure de la rue du même nom pour enjamber également la rue du Trésor.  

De nos jours, ces rues traversent toujours le Château Frontenac. 

Vue de l’aile Mont-Carmel en construction vers 1909. On remarque le passage permettant aux véhicules de circuler sur la rue des Carrières. Château Frontenac en construction, ca 1909, AVQ, Fonds Jean Cimon, P023-1-N031083
Vue de l’aile Mont-Carmel en construction vers 1909. On remarque le passage permettant aux véhicules de circuler sur la rue des Carrières. Château Frontenac en construction, ca 1909, AVQ, Fonds Jean Cimon, P023-1-N031083

6. L’héritage architectural de Bruce Price 

Les travaux d’agrandissement du Château exécutés entre 1920 et 1924, au cours desquels la fameuse tour centrale est édifiée, nécessitent la démolition d’une partie du bâtiment original imaginé par l’architecte Bruce Price.  

Ce qui reste du bâtiment d’origine est détruit en janvier 1926 lors d’un incendie qui provoque des dommages de l’ordre de plus d’un million de dollars, une fortune pour l’époque.  

Heureusement, la direction du Château décide de reconstruire l’aile incendiée selon les plans d’origine, préservant ainsi l’héritage architectural de Price. 

Vue de l’aile Riverview incendiée en janvier 1926. Quartier Vieux-Québec - Place Terrasse-Dufferin - Château Frontenac - Incendie, 1926, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560, S2, D2, P117652-1
Vue de l’aile Riverview incendiée en janvier 1926. Quartier Vieux-Québec - Place Terrasse-Dufferin - Château Frontenac - Incendie, 1926, BAnQ, Fonds J. E. Livernois Ltée, P560, S2, D2, P117652-1

7. Trois conférences au Château 

On sait que le Château Frontenac accueille à deux reprises, en 1943 et en 1944, le président Franklin Roosevelt et le premier ministre Winston Churchill dans le cadre de conférences qui visent à coordonner l’action militaire des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale.  

Tout l’édifice est alors réquisitionné.  

Même Maurice Duplessis est contraint de quitter le Château qui lui sert de résidence.  

Une troisième conférence, beaucoup plus méconnue mais tout de même importante, se tient au Château en octobre 1945 : il s’agit de la conférence pendant laquelle l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est mise sur pied. 

Photo protocolaire des participants à la Conférence de Québec en 1943. Mackenzie King, Franklin D. Roosevelt, and Winston Churchill with senior American and British military officers on the terrace of the Citadel during the Quebec Conference, 1943, BAC, Fonds Office national du film du Canada, C-001700
Photo protocolaire des participants à la Conférence de Québec en 1943. Mackenzie King, Franklin D. Roosevelt, and Winston Churchill with senior American and British military officers on the terrace of the Citadel during the Quebec Conference, 1943, BAC, Fonds Office national du film du Canada, C-001700

8. Une antichambre du pouvoir  

Parmi les nombreux visiteurs de marque à séjourner au Château, on compte bon nombre d’hommes politiques.  

Plus qu’une résidence temporaire, le Château est un lieu de travail et de réunion pour ceux-ci.  

Dès 1894, Wilfrid Laurier inaugure une longue tradition de rencontres politiques à se dérouler au Château derrière les portes closes.  

Maurice Duplessis est sans doute le résident le plus connu parmi nos anciens premiers ministres, car il occupe pendant plusieurs années la suite 1107 située dans la tour centrale.  

Paul Sauvé, Antonio Barrette et Daniel Johnson, qui lui succéderont à la tête de l’Union nationale, résideront dans la même chambre.  

Article relatant un incident survenu au Château Frontenac à la suite de la victoire électorale Maurice Duplessis en 1936. « Déclaration énergique de M. Duplessis », L'Illustration nouvelle, vol VII, no 14 (27 août 1936), p.2
Article relatant un incident survenu au Château Frontenac à la suite de la victoire électorale Maurice Duplessis en 1936. « Déclaration énergique de M. Duplessis », L'Illustration nouvelle, vol VII, no 14 (27 août 1936), p.2

9. De grands chefs pour un grand château  

Plusieurs grands chefs, qui ont contribué à la réputation du Château, se sont succédé depuis 1893.  

On connaît évidemment Jean Soulard.  

Le nom de Louis Baltera est moins connu.  

Pourtant, ce dernier, originaire d’Italie, est recruté pour succéder au chef Henry Journet en 1910 alors qu’il n’a que 24 ans.  

Il demeurera aux commandes des cuisines du Château jusqu’en 1954.  

De son propre aveu, le repas le plus difficile à préparer avait été celui servi au roi George VI et à sa suite lors de leur passage à Québec en 1939.  

Ce repas avait notamment nécessité le désossement de plus de 2000 pièces de volaille. 

Louis Baltera en mars 1939. Wikipédia
Louis Baltera en mars 1939. Wikipédia

10. Une nouvelle aile pour les 100 ans du Château  

Après la reconstruction de l’aile incendiée en 1926, la silhouette du Château demeure immuable pendant plus de 65 ans.  

À la veille du centenaire de l’établissement, le Canadien Pacifique (CP), alors toujours propriétaire, engage de fortes sommes pour restaurer le vieil édifice et construire une nouvelle aile.  

Habilement dissimulée, celle-ci est érigée à l’arrière du Château.  

On y aménage notamment un centre de conditionnement physique, une piscine et une terrasse. L’aile est nommée en l’honneur de Claude Pratte, un administrateur de la chaîne hôtelière du CP. 

Vue aérienne du Château Frontenac permettant d'observer, à gauche, l'aile Claude-Pratte et sa terrasse. Google Maps.
Vue aérienne du Château Frontenac permettant d'observer, à gauche, l'aile Claude-Pratte et sa terrasse. Google Maps.

Un texte de Jérôme Ouellet


Sources  

  • FERLAND, Catherine. Les "petits oiseaux blancs de l’île d’Orléans " à la table du Château Frontenac. Catherine Ferland historienne, 25 février 2018. 
  • GAGNON-PRATTE, France et Éric ETTER. Le Château Frontenac. Québec, Éditions Continuité, 2014 (1993), 113 p. 
  • GAUMOND, Michel. Le Château Frontenac : une origine méconnue. Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, no. 33 (1993), p. 15-19.  
  • KALMAN, Harold D. The Railway Hotels and the Development of the Château Style in Canada. Victoria, University of Victoria Maltwood Museum, 1968, 47 p. Coll «Studies in architectural history», no 1  

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