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Québec craindrait un vrai débat sur le cannabis

Selon des sources, la CAQ tente de limiter le nombre d’experts qui témoigneront à l’étude du projet de loi

La CAQ, dont le ministre Lionel Carmant, « s’entête » à refuser d’ajouter des spécialistes de la santé publique, selon des sources.
Photo d'archives, Simon Clark La CAQ, dont le ministre Lionel Carmant, « s’entête » à refuser d’ajouter des spécialistes de la santé publique, selon des sources.

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Le gouvernement caquiste tente de limiter le nombre d’experts opposés à la hausse de l’âge de la consommation du cannabis à 21 ans qui témoigneront à l’étude du projet de loi sur le cannabis, a appris le Bureau d’enquête de plusieurs sources.

Les partis politiques ont commencé à négocier afin de définir la liste d’intervenants que l’Assemblée nationale entendra en janvier.

Le cannabis divise les experts. D’un côté, il y a les médecins cliniciens qui s’inquiètent des risques du cannabis pour le cerveau et appuient la mesure de Québec. Le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, est lui-même neurologue pédiatrique.

Liste d’invités

De l’autre, d’autres médecins et experts, en santé publique cette fois, croient qu’il faut maintenir l’âge de la consommation à 18 ans afin de s’assurer que les jeunes qui consomment du cannabis aient accès à des produits contrôlés et à des programmes d’éducation.

« Le gouvernement veut juste se faire confirmer qu’il fait le bon choix et ne veut pas entendre les opinions inverses », dénonce la porte-parole de l’Association de la santé publique du Québec (ASPQ) Émilie Dansereau-Trahan.

Selon la liste d’invités dont Le Journal a obtenu copie, les élus caquistes veulent entendre l’Association des neurologues, la Fédération des médecins spécialistes, les médecins omnipraticiens, les médecins psychiatres, les spécialistes en médecine d’urgence, de même que la Fédération des comités de parents.

Lorsque le gouvernement a déposé son projet de loi le 5 décembre, il se vantait dans un communiqué d’avoir l’appui de tous ces groupes.

Commission « bidon »

Plusieurs autres pro-21 ans s’ajoutent à cette liste, dont une chercheuse en psychiatrie neurobiologique, l’Association québécoise des programmes pour premiers épisodes psychotiques ou encore le Conseil québécois sur le tabac et la santé.

« Pour l’instant, cette liste n’a pas d’allure », peste Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’UdeM et spécialiste de la prévention de la toxicomanie.

« Ça manque vraiment de chercheurs en santé publique. C’est une commission bidon », ajoute-t-il. Plusieurs intervenants, confidentiellement, nous ont confié partager ce point de vue.

Certains pro-18 ans sont toutefois conviés à la commission : l’Institut national de santé publique du Québec, de même que Serge Brochu, directeur scientifique à l’Institut universitaire des dépendances.

Plusieurs témoins opposés à l’interdiction du cannabis dans les lieux publics ne se trouvent toujours pas sur la liste ; la Ville de Montréal et l’Association des propriétaires, notamment.

Les négociations se poursuivent, mais des sources bien au fait de celles-ci indiquent que la CAQ « s’entête » à refuser d’ajouter des spécialistes de la santé publique.

Questionné par Le Journal, le gouvernement dit avoir confiance qu’un terrain d’entente sera trouvé où « l’ensemble des orientations [pourront] s’exprimer ».

« Nous invitons tous les partis à poursuivre les négociations de bonne foi », a affirmé Marc-André Gosselin, responsable des communications du leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette.